Portugal : la Belle verte, un futur habitable ?

Partis de France à vélo depuis 4 mois pour notre projet Cyclolenti, nous sommes arrivés au Portugal où nous allons à la découverte des éco-projets qui fleurissent un peu partout. Aujourd’hui, nous atterrissons sur La Belle Verte, référence à la planète écologique et libertaire décrite par Coline Serreau dans son film du même nom (1).

Notre destination est à 500 mètres d’altitude, sur le massif de Monchique. Dans une jolie vallée, en suivant un chemin escarpé, des traces de vie humaine apparaissent : une maisonnette style maison de Hobbit (2), un jardin potager, puis une cabane en bois, des toilettes sèches, un ruisseau qui alimente un réseau d’eau, des bacs à compost, une maison de terre et paille en construction... « Bonjour ! » Voici Walter, Marie et leurs enfants Samuel, Mélissa et Nathalie qui ont surgi de nulle part. Ils sont arrivés ici il y a bientôt quatre ans après avoir vécu dans plusieurs éco-villages et communautés qui ne les satisfaisaient pas complètement. Les valeurs principales de leur projet, nommé « La Belle Verte », sont la simplicité volontaire, la décroissance, l’authenticité émotionnelle, l’écologie conséquente, la solidarité active et le partage. Ils ont acheté deux hectares de terrain boisé sur lesquels court un petit torrent et ils ont commencé par planter des arbres fruitiers, réaliser un potager et enfin des habitations éco-construites. Lors de notre séjour, nous participons à l’extension de la maison en « superadobe » avec la technique du « splatch ».

Eco-construction en superadobe

La technique de construction « superadobe » a été inventée par l’architecte iranien Nader Khalili : des sacs remplis de terre principalement, de sable ou autres matériaux, en fonction des ressources disponibles localement, sont empilés les uns sur les autres pour former les murs de la maison voire même le toit. Ce type de construction est simple, rapide, peu coûteux et chacun peut personnaliser son habitation du point de vue de la forme, des dimensions, etc. À la Belle Verte, ils ont utilisé des sacs de jute (en provenance de Agrijute-Dumarché à Grenoble) de 50 cm de largeur à vide, ce qui donne finalement des murs de 42 cm de large. La terre, qu’ils ont fait livrer chez eux, vient de sites de construction des alentours de Monchique (gratuite, seul le transport est à payer). Walter conseille de tester la terre pour vérifier que les quantités de sable et d’argile sont adaptées : par exemple, trop de sable donne un mauvais maintien des murs. Une fois les matériaux réunis, la première étape consiste à remplir les sacs de terre sèche (plus légère donc facile à manipuler). Ensuite, ils sont mis en position pour former un premier rang et arrosés le soir afin qu’ils s’imbibent d’eau pendant la nuit ; le lendemain, ils sont compressés puis ils doivent alors sécher, pendant une journée s’il y a du soleil sinon davantage, avant de poser le rang suivant. Le coût en auto-construction d’une maison en « superadobe » est d’environ 200€/m² pour le matériel et 250€/m² avec les finitions incluses telles que la peinture, le plancher, etc.

Splatch

Le splatch est encore moins coûteux car il consiste simplement en un mélange de terre et de paille que l’on entasse pour monter les murs, il n’y a donc pas de frais liés à l’achat des sacs : compter entre 100€/m² et 150€/m² en auto-construction. Par contre, cette technique est un peu plus longue et laborieuse que celle de la superadobe : il faut préparer un bain avec la terre et l’eau et attendre plusieurs heures que la terre s’imbibe, ensuite il faut rajouter la paille et mélanger en piétinant (le volume de paille est environ égal à celui de la terre, mais il n’y a jamais trop de paille car elle porte la maison, l’argile est le liant). Pour des murs de 40 cm d’épaisseur, chaque jour nous rajoutions une couche d’environ 10 cm (pas plus car sinon le mur se bombe). Il faut attendre presque 24h pour qu’une couche soit sèche avant de la recouvrir de la suivante. De plus, il ne faut pas que le mélange terre/paille sèche trop vite sinon le mur se fissure…

Ker-Terre

À La Belle Verte, une autre petite habitation existe déjà : la ker-terre construite par Marie. Il s’agit d’une maison très simple et très chaleureuse réalisée en terre et herbes, selon la technique d’Evelyne Adam (3). La ker-terre coûte deux fois moins cher que la technique de la superadobe, par contre la construction prend presque deux fois plus de temps. Le mélange est constitué également de terre, paille et eau. L’ensemble des deux ker-terres de La Belle Verte (diamètres 3,6m et 3m) a coûté 3000 € (auto-construite bien entendu !).
Les murs de la ker-terre et de la maison superadobe/splatch ont été recouverts à la chaux hydraulique à l’extérieur et à la chaux aérienne à l’intérieur. La chaux est un matériau naturel, elle laisse respirer les murs et permet à l’humidité de s’évacuer. Il est très agréable de vivre dans ces habitations en terre, il y fait frais l’été et l’hiver elles gardent la chaleur. Walter, Marie et leurs enfants ont choisi des formes très harmonieuses pour leurs habitations et à peine passé le pas de la porte nous nous y sentons bien.

Se former à l’éco-construction

Pour se former, il y a plusieurs livres (4) et de nombreux sites internets, mais nous pouvons témoigner que nous apprenons davantage en participant à des chantiers tout au long de notre voyage (5). Pour devenir éco-constructeur il n’y a pas de secret : il faut mettre les mains dans la boue ! Walter et Marie ne sont ni des architectes ni des professionnels de l’éco-construction de métier. N’hésitez pas à contacter les membres de La Belle Verte pour participer à leurs nouveaux projets ou bien devenir l’un d’eux, ils sont ouverts pour accueillir de nouveaux habitants.

Tiphaine et Marco

Avec la collaboration des membres de La Belle Verte