Ligne éditoriale

Silence porte un projet de transformation de la société dans le sens de la décroissance et de l’écologie sociale.
La revue explore les alternatives concrètes et cherche à aborder tout sujet non seulement sous l’angle écologique et décroissant, mais aussi au regard du féminisme, du post-colonialisme, de la non-violence, etc.

Les alternatives au cœur

Les alternatives sont le cœur battant de Silence. Chaque numéro en propose une moisson : alternatives à la ville ou aux champs, de toutes tailles et tous types d’activités : transports doux, écoles pas comme les autres, agricultures paysannes, habitats partagés, énergies villageoises, épiceries auto-gérées, ZAD, lieux de solidarité avec les personnes migrantes, ressourceries, ateliers associatifs... et quantité d’autres. Nous misons d’abord sur le changement par le bas, par le faire, par la reconquête de zones d’autonomie, de partage et de convivialité.
Silence a également à cœur de cultiver les débats d’idées, les réflexions théoriques, les élaborations d’utopies qui contribuent aux débats de l’écologie politique.

Résister à la résignation

Les alternatives offrent des exemples inspirants et réveillent la conviction que d’autres vies sont encore possibles. Dans les mauvaises nouvelles du monde, nous nous efforçons toujours de trouver les ferments de la mobilisation. Silence relaie aussi largement les luttes, les résistances, les désobéissances, tous les mouvements qui permettent de sortir de l’acceptation passive et de s’émanciper. Grands projets inutiles et imposés, réformes consistant à tout privatiser, lois au service des pouvoirs économiques ou criminalisant la solidarité : chaque refus ravive la détermination collective à ne pas laisser le champ libre aux puissant·es. Pour agir, Silence fait le choix de la non-violence comme stratégie et comme éthique d’action, pour agir sans (se) détruire. La non-violence comme résistances aux logiques guerrières, comme force de non-coopération face aux injustices établies, comme recherche de cohérence entre les fins et les moyens, comme apprentissage de la coopération plutôt que de la compétition.

La décroissance comme rupture

La décroissance affirme la radicalité des changements à opérer. Elle s’enracine dans le constat que nous vivons sur une planète aux ressources limitées, sur laquelle une croissance illimitée est illusoire. Le verdissement du capitalisme (développement durable, économie circulaire et autres « consommation responsable ») ne résoudra pas les problèmes actuels liés au réchauffement climatique, à l’aggravation des inégalités sociales, à l’emballement du capitalisme. Il s’agit de rompre avec la course délétère à la croissance : produire moins et consommer moins pour que tout le monde sur la planète puisse mieux vivre. Il s’agit de réfléchir aux moyens de sortir d’un modèle qui accule à des emplois nuisibles, qui conduit à l’aberration de l’obsolescence programmée, à l’innovation perpétuelle, à l’incessante pression publicitaire et à un « tout numérique » faussement virtuel. Nous promouvons au contraire la sobriété énergétique et technologique, des formes d’économies locales décentralisées, le « small is beautiful », les biens communs qui échappent aux logiques marchandes, les bonheurs de la simplicité choisie.

La justice sociale indissociable de l’écologie

L’écologie sociale insiste sur le caractère inséparable des causes sociales et écologiques. À l’échelle de la planète, le désastre écologique est causé avant tout par les plus riches et accable d’abord et surtout les pluspauvres. Les injustices économiques se doublent désormais des injustices climatiques. Au sein de nos sociétés capitalistes, les populations sont victimes de logiques identiques qui détruisent à la fois les forêts et les services publics, produisent à la fois des objets à jeter et des salarié·es à licencier.
La proposition de la « simplicité volontaire » n’est donc en rien une précarité ou une relégation sociale subie, mais le choix d’un mode de vie sobre en conscience et sans contrainte. Consommer moins, mais aussi répartir mieux.

Décloisonner les luttes

Les aliénations combattues par Silence ne sont pas seulement d’ordre économique. Car ce sont les mêmes rapports de domination qui sont à l’œuvre dans tous les domaines : dominations des riches sur les pauvres et du Nord sur les Suds mais aussi des hommes sur les femmes, des êtres humains sur les animaux et la nature, des adultes sur les enfants, des majorités sur les minorités, qu’elles soient ethniques, religieuses, sexuelles ou autres. Il n’y aura pas de reconstruction écologique sans justice sociale, mais pas non plus sans reconsidération de nos rapports sociaux dans tous les sens du terme. Silence s’attache donc à décloisonner, relier les enjeux fragmentés des différentes luttes, dé-hiérarchiser, faire circuler les énergies d’une cause à l’autre.

Un média indépendant, participatif et ouvert aux débats contradictoires

Nous ouvrons nos pages à des opinions diverses, parfois contradictoires. Sur fond d’une vision partagée du monde, des options divergentes peuvent être défendues et nous n’avons pas vocation à trancher sur tout. Par ailleurs, média militant et engagé, Silence n’a aucune prétention à être « neutre » ou « objectif ». C’est un média libre, sans pub, mais aussi participatif et collectif, dont la plupart des textes sont écrits par des bénévoles.

Le choix de l’écriture inclusive

Silence a fait le choix de l’écriture inclusive. Nous croyons que l’idée que « le masculin est universel » est l’une des formes de la domination patriarcale dans la langue française. Nous pensons que cela n’est pas anodin et nous voulons expérimenter dans nos pages des manières plus égalitaires de dire les choses, qui ne soient pas le véhicule inconscient de manières de pensée sexistes. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à féminiser certains noms et à utiliser quand il le faut le point médian.

Un plaisir à créer ensemble d’autres horizons

Enfin, et c’est le plus important peut-être : l’aventure de Silence dure depuis plus de 35 ans parce que nous prenons un plaisir toujours renouvelé à créer ensemble cette revue et à la partager ! Silence, c’est aussi ces étoiles dans les yeux à l’idée de partager des découvertes inspirantes, ce désir d’un avenir tissé de liens plutôt que de biens marchands, cette émotion de recevoir la revue et de découvrir des horizons inédits. Vous l’avez compris, il y a un peu de magie dans le chaudron !

On parle de Silence

« Continuer à faire entendre d’autres voix, et ouvrir d’autres voies »

Michel Bernard, co-fondateur de la revue et rédacteur

« Les grands médias, propriétés des multinationales et des marchands d’armes, essayent de nous convaincre qu’il n’est pas possible de faire autrement. Il existe pourtant de nombreuses alternatives, souvent partielles et locales. Il est important de les mettre en avant, de les aider à se rencontrer et de faire ainsi progresser un mouvement de bas en haut. Agir localement et penser globalement contre toutes les formes de destruction de la planète, dialoguer par des entretiens, des débats, raconter par des reportages pour enrichir nos relations humaines, c’est le but d’une revue comme Silence. Continuer à faire entendre d’autres voix et ouvrir d’autres voies, cela demande beaucoup de travail et cela a un coût. Pour garantir l’indépendance d’une revue, celle-ci doit bénéficier de démarches actives : aide à la diffusion, aide à la rédaction... C’est que j’ai fait bénévolement pendant les dix premières années de la revue, puis comme salarié pendant 25 ans, puis de nouveau comme bénévole. »

« Une union des luttes avec délicatesse »

Pinar Selek, militante et sociologue de Turquie, exilée en France, auteure entre autres de Parce qu’ils sont Arméniens et du roman La maison du Bosphore.

« Silence, c’est l’union du féminisme, de la non-violence et de l’écologie sociale. Je ne vois pas un autre groupe qui réunit avec la même délicatesse les luttes qui me sont chères. C’est aussi une association anti-système, qui essaie de ne pas reproduire, dans son fonctionnement et dans son mode de diffusion, la destruction de la nature ou le sexisme qu’elle dénonce dans ses pages. »

« Un rôle irremplaçable et fédérateur dans le paysage écologique »

Serge Latouche, économiste, professeur émérite de l’université Paris-Sud, et auteur notamment de Le pari de la décroissance et de Vers une société d’abondance frugale.

« La revue Silence, dont l’un des titres de gloire, et non des moindres, est d’avoir été à l’origine du mouvement porteur du projet de la décroissance, devenu aujourd’hui un sujet de débat au niveau international, joue un rôle irremplaçable et fédérateur dans le paysage écologique. A côté des revues L’écologiste et Nature et Progrès ou du site Reporterre, elle maintient fidèlement la tradition de l’écologie politique tout en constituant une source d’information précieuse sur une foule d’initiatives concrètes. »

« Une culture politique »

Geneviève Azam, économiste, Conseil scientifique d’Attac, auteure notamment de Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance, et avec Françoise Valon, de Simone Weil, l’expérience de la nécessité (Les précurseurs de la décroissance).

Avec ténacité, la revue Silence rend visible une approche écologique du monde et de la Terre. Elle m’accompagne depuis sa création et suite à un abonnement de notre département d’économie à l’université Toulouse-Mirail, elle a nourri des générations d’étudiants. On y trouve à la fois une approche sensible du monde et de notre relation à la Terre, avec des récits foisonnants d’engagements dans des expériences alternatives, et les débats théoriques qui traversent l’écologie politique. Loin d’une écologie technicienne et des illusions du verdissement de la croissance, elle fait de l’écologie et de l’approche écologique une culture politique.