Dossier Alternatives

Le Bistrot Lab’ : expérimenter les multiples facettes de la proximité

Martha Gilson

Issu d’un engouement collectif, le café associatif, culturel et solidaire Le Bistrot Lab’ a ouvert ses portes à Coësmes en mars 2022. Retour sur la construction d’un café de village avant tout convivial et fédérateur.

Fiche d’identité :
Lancé en mars 2022 — Coësmes : 1 500 habitant·es – Association collégiale loi de 1901 créée en 2017 — 3 salarié·es, 70 bénévoles — Horaires : mercredi et jeudi 11 h 30-14 h et 17 h-21 h, vendredi et samedi 11 h 30-14 h et 18 h 30-23 h, dimanche 14 h- 14 h

« Quand je suis arrivé à Coësmes en 2015, le dernier bistrot fermait ses portes alors qu’il y en avait une quarantaine 40 ans plus tôt, se souvient Sylvain, un des initiateurs du projet. Là, tout d’un coup, il n’y en avait plus. La mairie avait envie de faire des choses mais c’était compliqué. Il fallait qu’un collectif s’empare d’un projet. » Ce sont donc six personnes, en grande partie du village, qui constituent alors en collectif pour réfléchir à la création d’un café multiactivités.

Chantiers participatifs et bistrot itinérant

Première étape du projet : trouver des finances. « Le Bistrot Lab’ a reçu le soutien de la communauté de communes, du centre communal d’action sociale (CCAS), du département, de la région, etc. Les deux premières années ont été consacrées à faire des dossiers de subventions, se souvient Sylvain. Mais ces aides n’ont servi que pour le lancement. Aujourd’hui, on répond à des appels à projets pour des animations mais l’objectif est que la vie du bar n’en dépende pas à terme. »
Le lieu qui a servi de base à la construction du bistrot était auparavant une habitation, mais encore auparavant un bar-cordonnerie. « Le bâtiment a été trouvé par l’architecte du village, qui a proposé ses services pour la réhabilitation », explique Caroline, coordinatrice du projet et chargée de production des animations. Le CCAS a racheté le bâtiment en septembre 2019. « Il en a d’ailleurs financé les travaux en raison de la très forte composante sociale et intergénérationnelle des activités organisées par l’association. En effet, avant même son ouverture effective, le Bistrot Lab’ proposait déjà toutes les semaines des ateliers numériques pour les senior·es », précise le recueil Un café s’il vous plaît !.
C’est en grande partie grâce à la mise en place de chantiers participatifs et à de nombreux engagements bénévoles que le Bistrot Lab’ a pu voir le jour. Ces années d’expérimentation, avant l’ouverture, ont aussi permis de fonder un collectif et d’en tester le fonctionnement. Depuis 2018, le projet était par ailleurs testé dans sa version itinérante et proposait boissons et petite restauration lors de festivals ou de marchés.

« Un café comme celui-ci rayonne sur 20 km autour »

Le bistrot a pour ambition de fédérer les nombreuses initiatives déjà présentes sur le territoire. « Aujourd’hui, il y a quasiment 70 bénévoles, trois salarié·es, c’est un bistrot qui vit, qui amène des personnes très différentes, s’enthousiasme Sylvain. J’ai rencontré des personnes que je n’avais jamais vues, qui sont juste des personnes qui ont besoin de boire un verre et d’avoir du monde autour. Ce sont des personnes parfois assez seules chez elles, et cela vient recréer du lien. » Par ailleurs, la diversité des animations proposées encourage la diversité des publics. Les ateliers de soutien numérique attirent des personnes plutôt âgées. En parallèle, le bistrot accueille et soutient une commission jeune pour les 15-25 ans. « Cette commission est pleinement autonome sur son budget, sur les activités qu’elle souhaite mener, et occupe une salle à l’étage, explique Sylvain. Après, il y a une partie de la population qui ne vient pas, c’est souvent les mêmes que ceux qui sont réfractaires aux projets collectifs, et il est difficile d’inverser cette tendance. Il y a derrière un enjeu politique, une méconnaissance, et des conflits individuels. » « C’est encore en train de se construire, mais on a déjà une programmation bien constituée, complète Caroline. Des ‘bistrots bidouilles’, des ateliers philo-art pour les enfants, des moments jeux de société ou d’échec, un concert par mois, une jam session, etc. Un café comme celui-ci, de type solidaire et culturel, rayonne sur 20 kilomètres alentour. En Bretagne, on trouve un café associatif tous les 20 ou 30 km. Après, il y a la clientèle habituelle, de proximité. »

« On veille les uns sur les autres pour que tout se passe bien »

« Un café solidaire est, par essence, à l’écoute de son public, en mesure de laisser les habitants — et qui veut —proposer des animations pour devenir acteur du lieu, explique Caroline. Le café est ouvert, c’est un lieu de transmission bienveillant. Par exemple, tous nos sirops sont locaux et à prix libre. On est un lieu qui propose un espace et du temps pour se rassembler et réfléchir ensemble à nos modes de consommation et, plus largement, aux manières de peser sur les politiques locales, de se mettre ensemble pour avoir un véritable pouvoir sur ce qui se passe autour de chez nous. »
Cette question de la bienveillance se retrouve particulièrement vis-à-vis de l’alcool. « Quand on est un café associatif, on ne vend pas des sucettes, on vend de l’alcool donc on a une mission qui est aussi au-delà du café traditionnel, explique Caroline. On veille les uns sur les autres pour que tout se passe bien, que les gens restent en bonne santé, et qu’on ne devienne pas un lieu d’autodestruction ou de destruction de la cellule familiale. Quand quelqu’un déborde, on lui propose un café gratuit, un soft gratuit. On va voir cette personne, on l’isole du reste du groupe, on parle gentiment, et on lui explique que ce qu’on veut, c’est rester un lieu d’accueil. Ce qu’on essaie de transmettre, c’est qu’on tient à cette personne et que ça nous embête de la voir dans cet état-là, qu’on n’aimerait pas avoir à lui fermer les portes. Pour les fois suivantes, on peut par exemple proposer deux bières au maximum, et puis toute la carte de softs. On discute toujours collectivement pour faire évoluer nos outils. »

L’art de gérer un collectif et de changer un fût de bière

Loin d’être avare de ses expérimentations, le Bistrot lab’ propose une formation, gratuite intitulée « J’apprends à tenir un bistrot ». À destination de personnes désirant se lancer dans la mise en place d’un café collectif, il y a une formation par an, qui comprend cinq modules. La formation complète propose des connaissances techniques sur les règles d’hygiène ou le changement d’un fût de bière, mais aussi sur la gestion d’un collectif, avec des outils de communication non violente et d’éducation populaire, des informations sur les risques psychosociologiques liés à l’alcool et à la drogue, etc. Cette transmission permet d’utiliser le lieu comme laboratoire d’expérimentation. Selon Caroline, « c’est aussi le devenir du lieu de pouvoir transmettre nos expériences collectives et nos savoir-faire. »

Martha Gilson

Le Bistrot lab’, 1, rue des Ardoisières, 35134 Coësmes, tél. : 06 13 61 56 84, www.bistrotlab.fr

Les deux encadrés sont des synthèses de reportages parus dans Un café s’il vous plaît !

Un Café des possibles réinvente le commerce de proximité
À Guipel, Le Café des possibles a été ouvert en 2018 par trois porteurs de projet. La SCIC fonde son activité sur quatre piliers : une épicerie, un restaurant, un bar et une programmation culturelle. Comme un juste retour aux sources, ce commerce est installé dans les locaux d’une ancienne épicerie. Une salle de restaurant adaptée aux concerts jouxte une réserve et la cuisine. Chaque midi, les client·es peuvent venir déguster des plats bio et locaux. « L’idée, c’est de créer un lieu de vie en milieu rural pour lutter contre le phénomène de ‘dortoirisation’ de la campagne. Nous travaillons en circuit court au maximum », raconte Yves, un des salariés. La SCIC compte une centaine de sociétaires. « Le conseil coopératif se réunit une fois par mois. On peut discuter d’orientations politiques mais aussi des horaires d’ouverture. On parle aussi des finances ou de projets à moyen terme, comme le réagencement des locaux », explique Virginie, représentante des personnes morales et privées au sein du conseil coopératif.
Le Café des possibles, 9 place François Duine, 35440 Guipel, tél. : 09 72 80 91 61, www.ucdp.bzh

Le Barnadette, le café du village
À l’origine du Barnadette, le café associatif de Chanteloup, il y a une association, Les Petits Liens, et deux ami·es, Loïc Le Bihan et Nathalie Meurisse. Leur projet ? Créer de la vie et du lien dans le bourg. Pour construire leur projet, ils se tournent vers l’équipe d’un autre café collectif, le Bar’Zouges. « Leur commune est d’une taille équivalente à la nôtre et, chez eux aussi, il y avait encore un café traditionnel en activité. Comme le Bar’Zouges existait depuis deux ans, ils avaient déjà de l’expérience », raconte Loïc. Une fois le projet écrit, une réunion publique est organisée. Le succès est immédiat, puisque 35 personnes rejoignent d’emblée l’aventure. Mais l’association bute sur la question du lieu. C’est à cette époque, en 2018, que Bernadette, doyenne de Chanteloup, décède. L’association a un coup de cœur ou plutôt un coup de foudre pour sa maison en centre-bourg : « On cherchait un lieu qui ait une âme. » La famille de la défunte, quant à elle, est séduite par le projet, qui rend un bel hommage à Bernadette, très impliquée dans la vie associative locale. Le projet aboutit avec l’aide de la mairie qui rachète la maison, finance les travaux et met le local à disposition de l’association. Inauguré en septembre 2019, le café, avec sa salle d’une cinquantaine de mètres carrés et sa grande terrasse, accueille désormais des animations très diverses : ateliers de langues, généalogie ou couture, escape game, théâtre, concerts, soirées jeux, mais aussi formations ou encore un marché de Noël. Toutes les activités sont proposées et portées par les bénévoles ou par les autres associations du territoire, qui peuvent également disposer du lieu. Le Barnadette, 2 place de la Mairie, 35150 Chanteloup, lebarnadette@gmail.com

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