Éditorial Environnement

Pour un moratoire sur la conquête spatiale

Martha Gilson

La conquête spatiale est présentée comme une des plus grandes avancées du 20e siècle. Véritable phénomène de société, c’est un marqueur des découvertes scientifiques et technologiques. La conquête spatiale entretient aussi intimement le mythe d’espaces et de ressources infinies, d’un ailleurs merveilleux et d’explorations sans fin. Les limites de la planète Terre ne seraient plus alors un problème : il suffirait de se déplacer sur une autre planète, de coloniser d’autres galaxies.
Cette image est fausse, et dangereuse. À trop vouloir se rapprocher du soleil, l’humanité risque surtout de se brûler les ailes.
Si la recherche spatiale a contribué à documenter le dérèglement climatique, la critique de l’industrialisation et du productivisme précède largement le développement des satellites. Ce n’est pas grâce à la recherche spatiale que la prise de conscience des dégâts environnementaux liés aux activités humaines et industrielles a eu lieu. Que ce soit pour la recherche publique ou un caprice de milliardaires, la conquête spatiale pollue.
Le 26 juin 2019, plusieurs chercheu·ses de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse publiaient dans le journal Libération une tribune dans laquelle ils et elles interpellaient l’astronaute français Thomas Pesquet pour lui demander de renoncer à la conquête spatiale, considérant que la véritable urgence se situe sur Terre : « Il n’y a aucune urgence à quitter la Terre, mais nous devons vite trouver comment y rester dans des conditions de vie décentes pour tous. L’astronaute doit publiquement se prononcer contre l’exploration spatiale, car, comme il l’a déclaré, il n’y a pas de ‘plan B’ face à l’urgence climatique ». Plus concrètement, il est temps de poser un moratoire sur le tourisme spatial ou la conquête de Mars. Ce dossier explore les multiples facettes des dégâts de la conquête spatiale... tout en redonnant sa poésie au ciel étoilé.

Martha Gilson

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