Le nucléaire est aussi une énergie intermittente

Le jeudi 17 juin 2021, à 11 h, le réacteur nucléaire Bugey 2 s’est arrêté fortuitement. En quelques minutes, 866 MW disparaissent du réseau électrique. Ceci correspond alors à 1,6 % de la production électrique totale et équivaut à l’arrêt simultané de 433 éoliennes de 2 MW fonctionnant à pleine puissance… un tel arrêt simultané étant quasi impossible. Une telle perte de puissance sur le réseau électrique est très problématique pour le maintien de la qualité de l’électricité distribuée (creux de tension, variation de fréquence...) et peut conduire à des coupures, surtout en période de forte consommation.

Ce type d’intermittence de la production nucléaire est totalement imprévisible contrairement à une bonne part des intermittences des parcs éoliens ou photovoltaïques, qui s’anticipent en relation avec les prévisions météorologiques. Ces indisponibilités fortuites totales ou partielles sont assez fréquentes. Depuis janvier 2021, le réacteur Bugey 2, qui a redémarré le 15 février 2021 après 13 mois d’arrêt, a connu quatre autres arrêts fortuits : 
- le 17 février 2021 : arrêt total lors de la phase de redémarrage du réacteur, avec perte de 104 MW pendant 12 heures ;
- le 19 avril 2021 : arrêt partiel avec perte de 631 MW pendant 10 heures ;
- le 29 mai 2021 : arrêt total avec perte de 897 MW pendant 2 jours ;
- le 22 juillet 2021 : arrêt partiel avec perte de 720 MW pendant 3 heures.
Ces arrêts fortuits concernent aussi les autres réacteurs du site nucléaire du Bugey (1).
Dans toute la France, des réacteurs sont concernés
Chaque année, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) indique le nombre de ces arrêts dans ces rapports annuels sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France. Ils sont assez nombreux chaque année (2). (...) Globalement, avec plus de 3 arrêts de réacteurs par mois, il est difficile de qualifier l’énergie nucléaire d’énergie disponible en permanence, d’autant qu’il faut ajouter à ces arrêts fortuits les arrêts planifiés pour rechargement du combustible, maintenance et visites décennales. Lorsqu’EDF écrit « Le nucléaire permet de fournir de l’électricité à tout moment de la journée et de l’année. » (1), c’est un peu optimiste et cela ne se vérifie que parce qu’il y a plus de réacteurs nucléaires en fonctionnement que nécessaires à la production électrique de la France. Cependant, lors des arrêts fortuits de réacteurs, si la consommation électrique est importante, RTE (Réseau de transport d’électricité) est souvent obligé de faire appel à l’effacement d’industriels – le transporteur RTE peut demander à des entreprises volontaires d’interrompre momentanément leur consommation – ou à la mise en service de centrales thermiques au gaz. Ces arrêts fortuits sont en fait des arrêts d’urgence en automatique suite à un dysfonctionnement important. 
(...) Par ailleurs, comme tout arrêt de réacteurs, ces arrêts fortuits accroissent les rejets d’effluents chimiques et radioactifs. L’intermittence des réacteurs nucléaires est bien moins propre que celle des éoliennes ou des champs de panneaux photovoltaïques.
En conclusion, l’énergie nucléaire est bien aussi une énergie intermittente et les arrêts fortuits d’un réacteur de 900, 1 300 ou 1 450 MW sont assez fréquents et ont un fort impact sur la stabilité du réseau électrique géré par RTE.
Joël Guerry, Stop Bugey
Extrait d’un article paru dans La Gazette nucléaire, n° 295. 
(1) 4 à 6 arrêts pour chacun des réacteurs Bugey 3, 4 et 5, entre janvier 2020 et juillet 2021 (Ndlr).
(2) Entre 18 et 51 arrêts par an entre 2014 et 2020 (Ndlr).