Agir pour construire la paix

La guerre, l’industrie de l’armement, etc., sont constitutifs de la construction des États impérialistes. La mobilisation citoyenne pour davantage de justice sociale passe aussi, et surtout hors des temps de guerre, par une lutte contre le militarisme.

Plus que l’opposition à des guerres ponctuelles, c’est à toute une logique « du temps de paix » qu’il est important de s’attaquer, comme l’expliquait Andrée Michel, pionnière de la sociologie féministe et antimilitariste (voir encadré). Ses analyses montrent que le militarisme implique une politique de l’emploi à l’échelle de pays entiers et renforce aussi les dominations de genre à l’intérieur de la société, ainsi que les rapports néocoloniaux.
La mobilisation contre le militarisme et en faveur des alternatives politiques à la violence des armes prend des visages multiformes.

Créer du débat démocratique autour des questions militaires

« Sans mobilisation citoyenne, il n’y aurait pas eu d’avancées comme le traité sur l’interdiction des mines antipersonnel, celui sur les bombes à sous-munitions ou, plus récemment, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires », rappelle Patrice Bouveret, de l’Observatoire des armements. Celui-ci invite chacun·e à organiser dans sa région des débats, séances de cinéma, expositions pour alimenter le débat. Il conseille également d’écrire au ou à la député·e ou sénat·rice de sa circonscription, ou de la rencontrer. « Ces élu·es sont nos représentant·es et doivent rendre compte de leur mandat. Interpellons-les sur leur positionnement envers des questions comme le contrôle parlementaire des transferts d’armements, l’élimination des armes nucléaires ». Autre piste : se renseigner sur les industries d’armement existantes dans sa région pour faire un travail d’enquête, d’interpellation et de mobilisation spécifique à ce sujet. Ce sont parfois les aides financières distribuées par les communes, régions, etc. qui soutiennent des industries liées à l’armement. Les habitant·es ont leur mot à dire et peuvent le faire savoir aux élu·es et aux institutions.

Décrypter les logiques de guerre et promouvoir les alternatives non-violentes

À Saint-Junien, dans la Haute-Vienne, un collectif local organise chaque année le festival Foutez-nous la paix !, rendez-vous d’éclairage sur les guerres et surtout de réflexion et d’action pour la paix. Chaque année, fin septembre, le MAN coordonne dans plusieurs groupes locaux la Quinzaine de la non-violence et de la paix pour approfondir une thématique différente à chaque fois. Le mouvement propose aussi des formations, des soirées-débat, des actions, publie des livres et monte des expositions pour faire connaître les outils de la non-violence, les alternatives au militarisme pour se défendre collectivement et transformer la société.
Des organisations comme l’Union pacifiste, affiliée à l’Internationale des résistant·es à la guerre, s’engagent pour le soutien aux objecteurs de conscience dans le monde.

Et vous, comment agissez-vous pour vous opposer à la guerre et pour construire la paix ? Envoyez-nous vos témoignages et vos réflexions.

Guillaume Gamblin

Pour aller plus loin :

• Les coordonnées de l’Observatoire des armements, du MAN, de l’Union pacifiste, de l’ICAN sont données plus haut dans le dossier.
• Internationale des résistant·es à la guerre (IRG/WRI), 5 Caledonian Road, London, N1 9DX, Royaume-Uni. https://wri-irg.org/fr.
• Festival Foutez-nous la paix, Saint-Junien fouteznouslapaix@mailo.com
• Alternatives non-violentes, revue trimestrielle, c/o Mundo-M, 47 avenue Pasteur, 93100 Montreuil, www.alternatives-non-violentes.org.
• Faire marcher les femmes au pas ? Regards féministes sur le militarisme mondial, Cynthia Enloe, Solanhets, 2016, 312 p.

Résister à Eurosatory, l’hypermarché du meurtre
Du 13 au 17 juin 2022, après une édition 2020 annulée pour cause de pandémie, Eurosatory, le salon de l’armement, est de retour : tapis rouge et tenue correcte exigée pour venir vendre des tanks, des véhicules blindés, des mitrailleuses, des avions de combat, des grenades et toutes sortes d’appareils de surveillance ou d’armes dernier cri. Le commerce des armes continue son essor et il s’installe pour cinq jours à Villepinte, près de Paris.
C’est la grand-messe des marchand·es d’armes, une sorte d’hypermarché où des responsables politiques et militaires internationaux, parfois accusés de violation des droits humains, viennent tester, choisir et acheter des armes, létales ou non. Tout cela sous l’œil bienveillant du gouvernement français, qui entend bien continuer à exporter de plus en plus d’armes : + 59 % d’exportations françaises dans le monde entre 2012-2016 et 2017-2021 (SIPRI, 2021).
Parmi ces visit·euses et exposant·es, on se demande si les entreprises russes, dont le matériel est aujourd’hui utilisé en Ukraine, seront présentes elles aussi. C’était le cas en 2016 et 2018, malgré l’embargo de 2014. Pour la France, c’est aussi le moment d’accueillir ses plus fidèles clients, parmi lesquels on retrouve l’Arabie Saoudite (premier importateur d’armes françaises entre 2010 et 2019), l’Égypte, le Qatar et les Émirats arabes unis. En tant que troisième plus gros exportateur d’armes au monde, la France utilise Eurosatory comme une vitrine aseptisée pour continuer à vendre ses armes et son matériel de répression en passant outre les questionnements sur le respect des droits humains et la paix (1).
Nous devons nous mobiliser contre Eurosatory et faire savoir au gouvernement français que nous refusons l’organisation d’un salon qui vend du matériel contribuant à la mort de civils et qui nous met tous et toutes en danger. Rassemblons-nous le 12 juin à 14 h sur la place de la République, à Paris, pour dire non à Eurosatory ensemble, la veille de l’ouverture du salon.

Alice Privey
chargée de recherche à Stop Fuelling War
Stop Fuelling War (Cessez d’alimenter la guerre), Centre Quaker International, 114 rue de Vaugirard, 75006 Paris, stopfuellingwar.org/fr, info@stopfuellingwar.org.

Andrée Michel, allier féminisme et antimilitarisme
Pionnière des recherches sur les femmes, la famille, la guerre et la paix, Andrée Michel, l’une des premières sociologues françaises à avoir analysé le complexe militaro-industriel, s’est éteinte le 8 février 2022, à l’âge de 101 ans. Ses travaux intellectuels et ses engagements sont marqués par une forte dimension internationale. Conjuguant recherche scientifique et engagement personnel, Andrée Michel participe à des luttes historiques. Lors de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, elle devient « porteuse de valises ». Puis elle s’implique dans le Mouvement de libération des femmes, notamment au travers du Planning familial. Contre la guerre en Irak, en 1990, elle rejoint le Bateau des femmes arabes pour la paix. Membre active du mouvement Résistance internationale des femmes à la guerre, elle fonde en 1990 le réseau Citoyennes pour la paix. À l’âge de 93 ans, elle porte activement « l’appel des 52 marraines » en faveur de la création d’un tribunal pénal international pour la République démocratique du Congo afin de dénoncer les viols de centaines de milliers de femmes en tant qu’« arme de guerre ».