Éditorial Alternatives

La décroissance par le « faire »

Guillaume Gamblin

Face à la pénurie mondiale d’énergies fossiles et de matières premières, face aux émissions de CO2 de nos sociétés industrielles, les technoscientistes s’engouffrent comme à leur habitude dans la promesse des high tech, censées résoudre tous ces maux par davantage de technologies de pointe.

D’autres, depuis le début du 20e siècle (1), davantage porté·es vers l’écologie, la sobriété et l’autonomie, explorent, à rebours de cette logique, les potentialités des « low tech ». Ces « basses technologies » nécessitent peu de matériaux et d’énergie, sont appropriables, économes et librement partagées.
Fours solaires, poêles de masse, meubles, habitat, matériel agricole etc., les ateliers d’autoconstruction et les associations se multiplient, témoignant d’un véritable engouement.

Alors que certains réseaux décroissants sont davantage portés sur les débats intellectuels et politiques, il semblerait que les basses technologies soient en quelque sorte la porte d’entrée vers la décroissance par son versant technique et manuel, « la décroissance par les mains ».

Mais au-delà d’un catalogue de modes d’emploi et d’ateliers de bricolage, les basses technologies sont-elles également porteuses d’un projet écologique, social, politique ? Au-delà de réponses individuelles ou microcollectives, sont-elles pertinentes pour agir à l’échelle de la société dans son ensemble, des infrastructures collectives ? Peuvent-elles répondre aux enjeux des ressources mondiales ?

Cette réflexion sur les dimensions et les horizons politiques des basses technologies semble nécessaire pour échapper à la récupération par le marché, à la mode du « faire soi-même » (dans son coin et sans changer le système), qui est devenu un créneau commercial à part entière venant simplement s’ajouter au mode de vie consumériste, loin de s’y substituer.

Les basses technologies sont-elles un projet décroissant, émancipateur et collectif ?

Guillaume Gamblin

(1) Le mouvement pour les « techniques appropriées », qui existe depuis 1925, s’est inspiré de Gandhi, Ivan Illich, Ernst Friedrich Schumacher, etc.

Silence existe grâce à vous !

Cet article a été initialement publié dans la revue papier. C'est grâce à vos abonnements et à la vente de la revue que nous pouvons continuer à proposer des alternatives à la société consumériste et destructrice actuelle. Sans publicité, sous forme associative, notre indépendance et notre pérennité dépendent de votre engagement humain et financier !

S'abonner Faire un don Participer

Disponibilité