Article Climat Paix et non-violence

Désobéissance civile pour le climat

Guillaume Gamblin

Charlotte Secco, chercheure associée à l’Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des conflits, a réalisé un mémoire sur « La désobéissance civile dans le cadre des mobilisations pour le climat ». Cet article reprend de manière synthétique les points principaux de cette recherche.

Silence : Dans votre mémoire vous étudiez particulièrement deux mouvements engagés pour le climat : Alternatiba et Extinction Rebellion. Il semble tous deux avoir des identités et des visées proches. Qu’est-ce qui les rapproche et qu’est-ce qui les distingue, en termes de culture militante, de positionnements, d’objectifs et de stratégies ?

Charlotte Secco : L’objectif d’Alternatiba et d’ANV COP21 (groupe créé pour les actions de désobéissance civile) est très clair : respecter les accords de Paris signés lors de la COP21. Pour atteindre ces objectifs, ils ont fait le choix de l’action non-violente. Le procédé est défini dans leur manuel de présentation (1). Alternatiba fonctionne par cooptation. Le système de prise de décision est donc assez opaque. Pour y accéder, il faut être considéré·e comme personne de confiance, ce qui garantit la confidentialité des actions, confidentialité nécessaire à leur réussite.
Les objectifs d’Extinction Rebellion sont définis dans leurs 4 revendications (2) et leur stratégie d’action doit respecter 10 principes (3). Ils souhaitent opérer un changement radical de la société afin de respecter toutes les formes du vivant. Le système d’organisation est également plus horizontal. Chacun·e peut avoir accès à la prise de décision. Cette ouverture peut rendre le processus décisionnaire plus complexe et le consensus d’action non-violent plus difficile à respecter.

Comment ces mouvements et leurs activistes se positionnent-ils par rapport à la non-violence, dans leurs discours et dans leurs pratiques ?

Le choix de l’action non-violente est apparu comme davantage stratégique qu’idéologique ou philosophique au sein des deux collectifs. Très peu de personnes sont des adeptes convaincu·es de la non-violence.
Cependant, cette modalité d’action est plus inclusive que toute forme d’action violente car chacun·e peut y participer. C’est également un choix stratégique et médiatique qui permet de toucher plus facilement l’opinion publique. Ensuite, c’est un choix réellement politique. Se revendiquer comme non-violent·e, c’est refuser l’usage de la violence et donc dénoncer toutes les formes de violences, symboliques et physiques, dont l’État fait preuve.
S’engager dans ces collectifs signifie devoir respecter le consensus non-violent, que ce soit physiquement ou verbalement, contre qui que ce soit. La détérioration de matériel fait l’objet d’un débat et dépend du consensus de chaque action.

Quels sont les profils et les trajectoires des personnes qui composent ces deux mouvements ?

Les profils sont assez divers concernant les militant·es, bien qu’il s’agisse d’un public assez jeune (20–35 ans). L’âge moyen des militant·es s’explique notamment par l’utilisation d’outils numériques que maitrise d’avantage une tranche plus jeune de la population. L’engagement représente également un investissement personnel important qui n’est pas à la portée de tout le monde.
Dans les deux collectifs, on remarque une population importante de « novices », c’est-à-dire de personnes peu ou pas politisées à la base. Beaucoup des personnes rencontrées ont commencé par changer leur comportement en se mettant au zéro déchet et/ou au végétarisme. Cependant, les gestes individuels leurs ont vite parus insuffisants au regard de la situation climatique actuelle. C’est ainsi que beaucoup d’entre elles et eux sont passé·es à l’action collective.
Il existe aussi une tranche de militant·es plus expérimenté·es qui a déjà un parcours militant important. Ainsi, les deux mouvements proposent énormément de formations (stratégiques et théoriques) afin que chaque personne soit la plus autonome possible dans son militantisme.

En quoi selon vous le choix de la non-violence est-il lié à la défense de l’écologie ?

Le choix de l’action non-violente et plus précisément de la désobéissance civile semblait tout indiqué pour la défense de l’écologie. En raison de l’état de nécessité défini dans le code pénal qui stipule que l’on peut engager une action illégale « pour sauvegarder un intérêt supérieur », mais également au nom du principe de précaution qui indique qu’on ne doit pas attendre d’obtenir une certitude scientifique pour entreprendre des changements en cas de dommages irréversibles. La désobéissance civile trouve donc une justification légale. L’état d’urgence climatique amène à contourner la lenteur des démarches législatives trop lentes au regard de la situation climatique (4).
D’un point de vue éthique, l’action non-violente permet également de s’extraire du cercle vicieux de la violence. Les militant·es agissent contre la destruction du vivant et la société néo-libérale qui en est responsable. Cette société est perçue comme violente et il s’agit de ne pas reproduire ses mécanismes afin de ne pas tomber dans les mêmes écueils.

(1) Voir le « Livret d’accueil Alternatiba / ANVCOP21 », sur calameo.com.
(2) Voir « Nos revendications » sur extinctionrebellion.fr.
(3) Voir « Nos principes » sur extinctionrebellion.fr.
(4) Voir Hayes G. et Ollitrault S., « Contester », in La désobéissance civile, Presses de Sciences Po, 2013.

Alternatiba, https://alternatiba.eu
Extinction Rebellion, https://extinctionrebellion.fr.
Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits (IRNC), 14 rue des Meuniers,
93100 Montreuil, www.irnc.org.

Les 4 revendications formulées par Extinction Rebellion sont : • La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet. • La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée. • L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant. • La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.

Livret d’accueil Alternatiba et ANV COP21
« Alternatiba et ANV COP21 sont 2 mouvements citoyens, créés en 2013 et 2015, sous la forme de réseaux décentralisés de groupes locaux autonomes. Les 2 mouvements, partiellement jumelés, visent à relever le défi climatique en contribuant à faire émerger un mouvement de masse, à la fois radical et populaire, non-violent et déterminé. »

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