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Les voitures SUV roulent à contresens de l’histoire

Gaspard D’Allens

En 2018, si les SUV avaient été une nation, ils auraient été à la septième place parmi les plus gros pollueurs. Ces véhicules aux allures de 4x4 émettent chaque année dans le monde 700 mégatonnes de CO2, soit autant que le Royaume-Uni et les Pays-Bas réunis.

Apparu à la fin des années 2000 de l’autre côté de l’Atlantique, le terme désigne une nouvelle génération de voitures individuelles plus énergivores, plus lourdes et moins aérodynamiques : le « Sport Utility Vehicle », qui veut littéralement dire en français « véhicule utilitaire à caractère sportif ». Sa carrosserie rutilante ressemble à celle d’un véhicule tout terrain mais le SUV est principalement utilisé en ville, où il est devenu une marque de distinction et l’apanage des classes sociales supérieures.
Aujourd’hui, plus de 200 millions de SUV circulent dans le monde et la tendance n’est pas à la décroissance. Avec ces mastodontes de 2,5 tonnes, c’est toute la logique du capitalisme ostentatoire qui repart pour un tour. En 2008, en France, les SUV représentaient seulement 5 % des ventes. Douze ans plus tard, après un matraquage publicitaire, leur part de marché est passée à 41 % des ventes. Leur nombre a été multiplié par huit en une décennie.
Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, les SUV ont constitué durant ces dix dernières années la deuxième source d’augmentation des émissions de CO2 dans le monde, après le secteur de l’énergie, mais avant l’industrie lourde, le secteur des transports routiers ou même de l’aviation. Selon le WWF, ces dix dernières années, en France cette fois-ci, les 4,3 millions de SUV mis en circulation représentent la deuxième source de hausse des émissions de CO2, juste derrière le secteur aérien. En moyenne, ces véhicules consomment 15 % de plus qu’une voiture standard et émettent 20 % de CO2 supplémentaires. Ils pèsent 200 kilos de plus que les voitures classiques.

Publicitaires, politiques et industriels

Trois raisons structurelles expliquent cette situation : l’effet de mode alimenté par la publicité, l’absence de régulation du gouvernement et le choix industriel des constructeurs automobiles. L’essor du SUV est lié aux battages médiatiques et commerciaux menés depuis dix ans par une armée de communicant·es. Une étude a montré que le budget total de la publicité automobile en 2018 représentait 3,3 milliards d’euros en France, soit l’équivalent du budget TER de l’ensemble des régions. Pour chaque voiture vendue, un peu plus de 1 500 euros sont dépensés en publicité.
Encore récemment, le gouvernement a enterré l’idée de la fin de la publicité pour les véhicules polluants comme les SUV.
De manière générale, les SUV sont bien plus rentables pour les constructeurs. Leur prix à l’achat est plus élevé que celui d’un véhicule classique. Peugeot l’a vite compris en se positionnant rapidement sur ce segment : le constructeur affiche aujourd’hui des taux de marge record.
Gaspard d’Allens

Texte initialement publié sur Reporterre

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