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Mesure et démesure des villes de Thierry Paquot

Michel Bernard

Dans le débat sur la décroissance et la nécessité de se donner des limites, il y a la place des villes. Existe-t-il une taille à ne pas dépasser pour avoir des villes résilientes, conviviales, égalitaires ? Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, nous entraîne dans un vaste état de la question en partant des réflexions des Grecs et des Romains, jusqu’aux auteurs contemporains. Les idées sur la taille des villes divergent énormément, mais on peut retenir la conclusion de Lewis Mumford : pour qu’une ville dispose de tous les équipements nécessaires à la vie d’une région (hôpitaux, université, théâtre…), il faut un minimum de l’ordre de 30 000 personnes. À l’inverse, au-delà d’une certaine taille, la ville devient contre-productive (embouteillages, pollution, zonages, inégalités…) et toujours selon cet auteur, la limite serait de l’ordre de 500 000 personnes. Autant dire que de nombreuses mégalopoles en France (17 actuellement) et dans le monde ont déjà atteint leur seuil de contre-productivité.
Thierry Paquot ouvre ensuite le débat pour une réflexion plus large. D’une part, une ville ne peut être pensée sans le territoire qui l’entoure, ne serait-ce que parce que l’on vient à la ville pour bénéficier des services qui y sont spécifiques, mais aussi parce que la ville dépend de son entourage pour sa nourriture et l’élimination de ses déchets. L’idée de bio-régionalisme semble une bonne idée pour redéfinir des territoires autour des villes. Enfin, l’auteur suggère de développer la recherche faite autour de la topophilie, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas quantifiable dans une ville, ce qui relève des émotions : comment on prend racine dans un quartier, pourquoi on fait toujours les mêmes parcours, etc.
Après avoir montré comment les auteurs futuristes se sont toujours trompés en parlant de l’avenir des villes, il conclut l’ouvrage en s’essayant à l’exercice : « La France n’existe plus comme État-nation, ses cent et quelques biorégions sont fédérées au sein d’une vaste Europe constituée également de biorégions (un millier ?) ». Cette Europe se voit confier la gestion des transports, le rail étant le moyen de transport sur les longues distances. L’agroécologie et l’agroforesterie ont remodelé les paysages, l’architecture uniforme a disparu, les centres commerciaux également, l’économie relocalisée a permis de redéployer tout un artisanat. Les valeurs d’autonomie et d’amitié sont primordiales. On veut maintenant « mieux et non pas plus ». La décroissance dans l’entraide. Stimulant. MB
Éd. CNRS, 2020, 316 p., 22 €

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