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La ferme qui guérit des addictions

Marie Astier, Mathieu Génon

À la Bergerie de la Berdine, située près de Saint-Martin-de-Castillon dans le Vaucluse, il n’y a pas besoin de prévenir, pas de dossier préalable. L’accueil est gratuit. Il suffit de toquer à la porte.

La fondatrice de l’association, Josiane, s’est installée sur ce pan de montagne en 1973. Le hameau en ruines et les terres attenantes ont été achetés grâce à des aides publiques. Puis les murs ont été patiemment remontés.
L’association possède 70 hectares et compte 75 chambres destinées à accueillir les personnes en grande difficulté. « 95 % souffrent d’une addiction à la drogue ou à l’alcool, ou sortent de prison », indique Anna Milliard. L’idée de Berdine, c’est « reconstruire les murs pour se reconstruire soi-même », résume-t-elle.
Une totale abstinence est demandée aux résident·es. Ils et elles n’ont même pas droit aux médicaments qui servent de substituts. Seule la cigarette reste autorisée. Une sorte de coupure avec l’entourage est aussi imposée. Internet et téléphone sont proscrits. L’isolement apparaît comme un moyen de préserver momentanément les résidents d’une société qui les a malmené. « Le seul moyen de correspondance autorisé est la lettre », détaille Anna. Il n’est pas non plus permis d’avoir une voiture. La première « sortie » est autorisée au bout de six mois. Bien sûr, il est possible de partir pour ceux qui ne souhaitent pas respecter ces règles.

« On propose un travail qui nourrit, qui donne envie de vivre »

Dans les bâtisses en pierre, outre des chambres et appartements, on trouve l’intendance, des bureaux, des sanitaires, la bibliothèque, la fromagerie. Un bâtiment en paille regroupe les logements des plus vieux et des personnes malades. Un autre îlot regroupe différents ateliers – menuiserie, électricité, services techniques – mais aussi la boulangerie et un atelier de poterie.
« Pour chaque atelier, un résident est responsable », précise Thierry. Les bâtiments de la ferme, labellisée bio, abritent chèvres, moutons, poules, cochons et tracteurs. En contrebas, une grande serre et un champ dédié au maraîchage. Le tout est vendu au marché.
S’occuper la tête et les mains quand le manque se fait trop ressentir, reprendre confiance en soi : en prenant soin du territoire, du lieu, de la communauté, les résident·es se soignent eux et elles aussi. « Ici on propose un travail qui nourrit, qui donne envie de vivre », insiste la fondatrice.
À la mi-journée, résident·es, salarié·es, bénévoles se rejoignent à « l’espace de vie ». « Il n’y a pas de hiérarchie », raconte Gérard, 72 ans. Les résidents sont à tour de rôle responsables pendant un mois de la coordination de la communauté et doivent accueillir les nouveaux, gérer les conflits. « La vie ici ne coûte rien. Souvent, ils repartent avec un petit pécule pour redémarrer », explique Anna.
« Deux de mes trois enfants sont nés ici », nous apprend Nadine, 52 ans. « Avec mon compagnon, on était à fond dans la came ». Ils sont restés cinq ans. Nadine est revenue à Berdine il y a seulement quelques jours : « Cela fait des années que je suis suivie par un centre d’addictologie. Mais les centres m’ont rendue addict à d’autres produits. Ici ce sont les autres qui nous aident. On décroche sans substitut. Le substitut, c’est le travail, le repos, le soutien des autres ».
Marie Astier et Mathieu Génon

Article initialement publié sur Reporterre

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