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Au Pays basque, les paysan·nes ont créé leur chambre d’agriculture alternative

Chloé Rebillard

Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG – chambre d’agriculture basque - en euskara, la langue basque) est une association pour aider les paysan·nes créée en 2005. Endossant le même rôle qu’une chambre d’agriculture départementale sans pour autant être reconnue comme un office public, elle encourage une politique agricole différente de celle des chambres officielles. Une vingtaine de personnes sont employées par la structure, qui vient de fêter ses quinze années d’existence.

Son slogan : « Pour une agriculture paysanne et durable au Pays basque ». Au Pays basque, la taille des exploitations agricoles est deux fois plus petite que la moyenne française et la densité de paysan·nes y est plus importante qu’ailleurs. Une spécificité que EHLG a à cœur de maintenir.

Un chemin semé d’embûches

Lorsque Roquefort société, rachetée depuis par Lactalis, qui achetait le lait de brebis, principale production agricole au Pays basque, a baissé ses prix, les éleveu·ses ovins basques décidèrent de changer de crémerie : plutôt que de prendre le chemin du productivisme et de l’intensification, comme le préconisait la chambre d’agriculture départementale, ils et elles choisirent de garder les races rustiques de brebis bien adaptées à leurs montagnes mais moins productives que la lacaune.
Ont suivi la création de plusieurs structures, un groupement foncier agricole (GFA) pour le rachat des terres, puis le syndicat ELB (Rassemblement des paysans du Pays basque) a vu le jour en 1982, issu d’une scission au sein de la FDSEA, seul syndicat agricole existant alors. Le 15 janvier 2005, EHLG vit le jour sous le statut associatif. Plainte au pénal, perquisitions, convocations, menaces sur les communes qui leur attribuaient des subventions, l’État français n’épargna pas la jeune structure. Cependant, l’État a perdu tous les procès.
Désormais normalisée, la structure travaille dans un contexte plus serein. Une partie de son financement vient des subventions versées par la région Nouvelle-Aquitaine, l’Agence de l’eau, le département des Pyrénées-Atlantiques ou le gouvernement basque espagnol. Mais 20 % de son budget provient toujours de dons privés.

Une chambre ouverte à tou·tes

Les agricult·rices qui poussent la porte d’EHLG peuvent se faire accompagner pour une formation, un diagnostic, une (re)conversion, une transmission de ferme, etc.
L’assemblée plénière de l’association regroupe des personnes de la société civile, d’associations environnementales, des consommat·rices. C’est aussi le pari d’EHLG : tou·tes ceux et celles qui s’intéressent à l’agriculture ont leur place dans le fonctionnement.
Depuis la création d’EHLG, les paysan·nes organisent Lurrama, le salon de l’agriculture paysanne à Biarritz, un moment privilégié pour montrer au reste de la société, notamment les citadin·es, les pratiques agricoles menées dans les fermes. Pour Iker Elosegi, coordinateur de EHLG, leur réussite la plus évidente est là : « Le lien avec les autres citoyens est gagné. Lurrama et nous y sommes pour beaucoup. »

Chloé Rebillard

Contact : Euskal Herriko Laborantza Ganbara, Zuentzat 64220 Ainiza Monjolose, tél. : 05 59 37 18 82, laborantza.ganbara@ehlgbai.org, https://ehlgbai.org/fr

Article initialement paru sur Reporterre

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