Chronique Chronique Jai Jagat 2020 Jai Jagat Paix et non-violence

Palabre sous l’arbre

Chaque journée de marche est jalonnée de pauses, instants bénis des marcheu·ses. Ces arrêts font l’objet de moments silencieux ou d’échanges, de rencontres aussi et de chants. Les muscles se détendent et les langues se délient, certains regards se font lointains, comme pris de fatigue, les gourdes d’eau passent de main en main. On recherche l’ombre et la tranquilité. L’arbre est ce lieu choisi, source d’énergie et de paix. Souvent on y trouve un autel dédié à une divinité, l’arbre alors devient sacré et peut-être aussi la parole...

La pause parfois se prolonge lorsque l’un·e d’entre nous est invité·e à se présenter. C’est alors que les personnalités se dévoilent avec humilité, en vérité. Des vies formant un groupe de trente-cinq Indiennes et Indiens, originaires de plus de 17 états d’Inde, et d’une quinzaine de femmes et d’hommes, venus d’ Argentine, Canada, Kenya, Nouvelle-Zélande, Espagne, France et Suisse. Pour quelque temps parfois, nous rejoignent des personnes du Mexique, Equateur, Salvador, Philippines, Indonésie, Afrique du Sud ou Royaume-Uni. Activistes de toute nationalité, militant·es d’Ekta Parishad, acti·ves et éudiant·es, jeunes et moins jeunes, issu·es de communautés gandhiennes pour certain·es, villageoi·ses et citadin·es. Se révèlent autant d’expériences qu’il y a de personnes, riches de leur parcours de vie, engagées dans cette longue route où chaque pas est empreinte de Paix et fait cheminer intérieurement.
Ce moment de relâche peut être aussi un temps de réflexion sur la lutte non-violente. Le maître-mot : comprendre avant d’agir. Là encore, les témoignages de marcheurs illustrent la théorie, et les actions de Ghandi, Martin Luther King ou Mandela s’invitent dans les débats. L’enseignement constitue une part importante de cette année de marche.
Et puis c’est également ce jour où nous avons rendez-vous près de Jhiriya, dans le Madhya Pradesh, avec une tribu Pardi, d’origine nomade. A l’ombre d’un arbre majestueux, un chant sorti d’un coeur rassemble femmes, enfants, hommes de la communauté et marcheu·ses. Vient le temps des mots. Au centre du cercle est planté un drapeau de Jai Jagat, bâton de parole. Une jeune femme s’en saisit et exprime avec force les injustices dont est victime sa communauté : pas d’accès à la terre ni aux ressources de la forêt, menaces d’expulsion, pour certain·es pas d’identité reconnue. Les visages graves et les regards durs reflètent colère et désespoir. Ces revendications lancées avec intensité résonnent dans les coeurs et les esprits. Des jeunes engagé·es dans la marche sont invité·es à réagir. La force de la communauté et la richesse de sa culture lui permettront d’affronter les institutions pour défendre ses droits et retrouver toute sa dignité. Suite à cette discussion, suivra une visite de leur lieu de vie.
Ces rencontres donnent tout leur sens à la marche. Après avoir salué l’arbre, réflexions et inspirations se poursuivent quand les corps se déploient pour reprendre la route.
La palabre sous l’arbre s’achève pour aujourd’hui.

Isaline et Véronique

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