Article Nucléaire

Où irez-vous en cas d’accident nucléaire ?

Coordination Stop Bugey

Nos voisins européens s’inquiètent du risque d’accident nucléaire et des conséquences. Le danger ne viendrait pas nécessairement de la centrale nucléaire la plus près de chez soi. Cet article présente ce que pourraient être les conséquences d’un accident dans la centrale nucléaire du Bugey (Ain).

Des scientifiques suisses ont modélisé les retombées d’un accident majeur survenu dans une des 4 centrales nucléaires suisses et à la centrale du Bugey dans l’Ain. Dans l’ensemble, les 9 réacteurs des centrales étudiées sont vieux (50 ans pour Beznau I, 40 ans pour ceux du Bugey), d’une conception obsolète et les matériaux sont fragilisés. Les quantités de radioactivité qu’ils rejetteraient en cas d’accident majeur se situent entre celles des accidents de Fukushima et de Tchernobyl.
La simulation a porté sur le rejet de 32 radionucléides, leur transport atmosphérique et leur dépôt sur les sols. Les effets sur la santé ont été estimés à partir des doses efficaces (1) collectives engagées, en Sievert (Le Sievert est l’unité utilisée pour donner une évaluation de l’impact des rayonnements sur l’humain.). Trois types d’impact sanitaire ont été étudiés : les cancers, les maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, maladies vasculaires cérébrales), les autres maladies non cancéreuses (génétiques, respiratoires et digestives, endocriniennes, mentales, immunitaires, stérilité…).

Météo, facteurs humains… la difficile anticipation des risques

L’aléa météorologique joue un rôle important dans la définition du dommage. Sans prendre en compte les cas les plus extrêmes, on peut avoir 20 fois plus de victimes d’un jour à un autre. Les méthodes d’analyse des autorités de contrôle, que ce soit l’IFSN (Inspection fédérale de la sécurité nucléaire) en Suisse ou l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) en France, ne prennent pas en compte le facteur humain dans ce qu’il a de négligent, de malveillant ou de violent.
En suivant la méthode historique d’évaluation des risques – qui est aussi celle des assureurs – la probabilité d’un accident majeur pour l’ensemble des 9 réacteurs répartis dans cinq centrales est, sur une période de 50 ans, d’environ 0,8 % (et il s’établit à 0,4 % si le calcul se limite au parc des 5 réacteurs suisses). En un mot, le risque d’un accident nucléaire majeur est ‘’probable’’. Le calcul intègre les accidents historiques dont certains furent provoqués par des négligences et/ou malveillances.

Environ 24 millions d’habitant·es contaminé·es

En cas d’accident dans un des réacteurs étudiés, entre 16,4 et 24 millions d’habitant·es, en moyenne, seraient affecté·es par une contamination radioactive non négligeable à forte (2). Entre 27 500 et près de 68 500 personnes souffriraient de cancers radio-induits ou de maladies cardiovasculaires radio-induites. Du côté de la protection d’urgence, le nombre de personnes susceptibles de recevoir une dose élevée (≥100 millisieverts) est tel – 110 000 à 268 000 – que la protection civile, en Suisse comme en France, serait incapable de réagir de manière préventive pour mettre à l’abri les personnes les plus exposées.
Le nombre de personnes qui devraient être évacuées et réinstallées sur le long terme – du fait de la persistance de la radioactivité – se situerait en moyenne entre 250 000 et 500 000 personnes, ce qui serait ingérable. En outre, la superficie totale des pâturages et des terres cultivées qui ne seraient plus disponibles pour au moins une récolte, et probablement pour quelques années voire davantage, se situerait entre 16 000 et 37 000 km² en Europe. Dans les situations les plus critiques il y aurait plus de 70 000 cas de maladie graves radio-induites en Europe dont 73 % en France. Plus de 470 000 personnes devraient être évacuées des zones contaminées.

Ces modélisations nous rappellent que l’on ne peut être nulle part en sécurité et que les dépôts radioactifs les plus importants peuvent se situer à mille kilomètres de l’accident.

Coordination Stop Bugey

Découvrir l’institut Biosphère
Frédéric-Paul Piguet et Pierre Eckert, ancien directeur de l’Office Fédéral de Météorologie et de Climatologie (MétéoSuisse), présenteront la méthodologie de cette étude et ses résultats, dont ceux relatifs à la centrale du Bugey, lors d’une conférence au salon Primevère, à Lyon, le 7 mars 2020. Vous pourrez y découvrir les cartes comme celles publiées ici. Des modélisations, sur la base des situations météorologiques réelles de chaque jour de l’année 2017, des données démographiques et des différentes couvertures du sol, donnent des résultats effrayants à découvrir aussi dans la publication de l’Institut sur internet : https://www.institutbiosphere.ch

(1) Une dose biologique très utilisée en radioprotection, qui sert à évaluer l’exposition d’une personne individuelle aux rayonnements.
(2) Les chiffres des impacts sanitaires et les personnes à déplacer sont les valeurs moyennes pour la centrale la moins impactante d’une part (Beznau), et la plus impactante d’autre part (généralement Goesgen). Rappelons que pour Bugey en France, on ne prend en compte qu’un seul réacteur accidenté alors qu’il y en a quatre encore en service et qu’une cause externe pourrait bien causer un accident sur tous les réacteurs simultanément comme à Fukushima.


Frédéric-Paul Piguet, Docteur en sciences de l’environnement à l’Institut Biosphère (Genève), a coordonné une équipe pluridisciplinaire pour modéliser les retombées d’un accident majeur survenu dans une des 4 centrales nucléaires suisses et à la centrale du Bugey dans l’Ain. Cette étude prend en compte 365 situations météorologiques réelles, une pour chaque jour de l’année 2017.

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