Livre du mois Essais

Le bonheur était pour demain de Philippe Bihouix

Michel Bernard

Philippe Bihouix nous invite à relire les grandes prédictions des futurologues depuis le siècle des Lumières, et c’est assez savoureux ! Malheureusement, en l’an 2000, les voitures ne volent pas et le nombre d’humains qui sont sortis de l’attraction terrestre est aujourd’hui encore de moins de 100. Quant au transhumanisme, il rappelle que depuis des siècles, on essaie de trouver comment empêcher la calvitie et que l’on n’a toujours pas de solution...
Cette vision du monde imprègne toutefois la mouvance écologiste, avec nombre de partisans des énergies propres que seraient éoliennes et capteurs solaires. L’auteur rappelle que pour disposer de cette énergie, il faut des matériaux qui vont devenir de plus en plus rares. Les énergies renouvelables pas plus qu’internet ne sont « dématérialisées ».
Évidemment comme ces discours volontaires sont mis en défaut, ils se renouvellent sans cesse car pour beaucoup de scientifiques, sans ces visées utopiques, le risque est grand que les crédits disparaissent. Les médias suivent, toujours avides de « nouveautés » et le plus souvent sans esprit critique.
Il pose des questions sur notre manière d’agir : faut-il avoir un discours radical, mais inaudible par le plus grand nombre ou adopter des positions plus pragmatiques, mais qui s’avèrent inefficaces (rappelant la démission de Nicolas Hulot). Il s’interroge sur l’énergie que nous dépensons dans des alternatives comme les territoires en transition, lesquels ne semblent pas empêcher le business de se poursuivre « as usual ».
Il en arrive à la conclusion que le plus important est le changement de notre imaginaire, lequel seul peut permettre d’entraîner une majorité suffisamment rapidement pour redresser la barre. C’est-à-dire aller vers une société où il y a moins de consommation, des objets durables, avec des technologies plus simples (comme il l’expliquait déjà dans son précédent ouvrage L’Âge des low tech).
Un livre qui par sa pédagogie et son humour permet d’aller loin dans les réflexions et ouvre de nombreuses pistes pour l’avenir du mouvement écologiste. À lire en priorité. MB
Éd. Seuil / coll. Anthropocène, 2019, 366 p., 19 €

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