Alternatives

Face à l’effondrement, militer à l’ombre des catastrophes de Luc Semal

Michel Bernard

Le réchauffement climatique, la fin du pétrole, l’érosion de la biodiversité produisent chez les écologistes un discours catastrophiste. Cela n’a pourtant rien de nouveau : dans les années 1970, les premiers débats mettaient déjà en avant le risque de la fin de l’humanité. Mais il y a une différence avec les écrits d’il y a 50 ans : à l’époque, on projetait la crise écologique dans le futur, alors qu’aujourd’hui les signes de l’effondrement sont perceptibles par tout le monde et les jeunes générations risquent fort de voir changer la société de manière.
Luc Semal, politiste, décortique dans ce livre les discours politiques écologistes, et plus particulièrement ceux de deux mouvements nés simultanément en France et en Grande-Bretagne : celui de la décroissance et celui des villes en transition. Il montre que militer ne peut se faire en dehors d’un contexte social, professionnel, familial. Une personne engagée adapte son discours pour supporter ses propres incohérences et doit faire un effort de pensée pour réfléchir à l’après-croissance. Il développe des approches psychologiques intéressantes utilisées par les initiatives de transition.
Le discours catastrophiste se construit notamment avec des exemples de crises antérieures, que cela soit d’anciennes civilisations ou plus récemment le rationnement en Grande-Bretagne pendant la Deuxième Guerre mondiale ou le blocus de Cuba dans les années 1990. Cela permet d’imaginer que, malgré l’importance de la crise, il soit possible d’envisager une descente en douceur vers une société de l’après-croissance basée sur une sobriété heureuse. 
L’auteur pousse la réflexion très loin, citant de très nombreuses études, mais en prenant garde de rester parfaitement lisible. Résultat : il nous propose, dans la suite des initiatives de transition, des moyens d’agir dans le domaine politique. C’est donc, malgré le titre, un livre optimiste.
Éd. PUF, 2019, 360 p., 22 €

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