Alternatives Chronique de Reporterre Pollutions industrielles

En Isère, Gilets jaunes et villageois·es dénoncent la pollution de Lactalis

Arnaud Bertrand, Jérôme Houard

10 heures, samedi 16 février 2019. Une file de gilets fluo converge non loin de la fromagerie de L’Étoile du Vercors, propriété depuis 2011 du leader mondial du lait, Lactalis. L’opération, rendue publique, a suffisamment été prise au sérieux par la direction de l’usine pour qu’elle décide de suspendre son activité — entre 46 000 et 58 000 litres de lait traités par jour.
La fromagerie, créée en 1942 et qui emploie 147 salarié·es, est l’un des points de ralliement isérois en ce 14e acte de mobilisation des Gilets jaunes. Motif de la contestation : les effluents que l’usine déverse dans l’Isère, résidus de lait et substances chimiques de désinfection. Une pollution qui perdure depuis plusieurs décennies malgré le combat des élu·es loca·les. Selon la Direction départementale du territoire, L’Étoile du Vercors rejette chaque année dans la rivière l’équivalent des eaux usées d’une ville de 8 000 à 10 000 habitants.

« Plus de poissons, moins de poisons »

Ils et elles sont une centaine de Gilets jaunes, du coin et des départements voisins, à avoir quitté leurs ronds-points pour cette journée d’action. Dans une ambiance bon enfant, les premiers tractages commencent. Objectif : mettre l’accent sur un dossier qui empoisonne une commune et une région autant que redonner un souffle nouveau à la contestation. « Il faut se battre au niveau local, explique Julien Terrier, à l’origine de cette initiative, cibler des entreprises comme Lactalis aujourd’hui et dénoncer ces pratiques. »
« Au début du mouvement, on a été présenté·es comme opposé·es à l’écologie alors que c’est une de nos batailles ! On veut une société, une agriculture humaine et respectueuse de l’environnement, pas des lobbies », lancent Katy et Patrick, Gilets jaunes drômois·es.
Au cœur du dossier, le traitement des eaux. En 2011, la station intercommunale d’assainissement sortait de terre au prix de 22 millions d’euros. Aujourd’hui, elle est sous-utilisée et tourne à 40 % de son potentiel de traitement selon le syndicat mixte d’assainissement pour la Bourne et la Lyonne Aval. Alors que l’entreprise voisine s’est raccordée sans sourciller, L’Étoile du Vercors s’y refuse, Lactalis souhaitant construire une station d’épuration autonome. Et ce, même si les canalisations de la station publique ont été prolongées devant sa porte. De quoi faire entrer dans une colère froide Nathalie, voisine de l’usine depuis 14 ans : « Je ne comprends pas que nous soyons obligé·es de payer notre raccordement à la station publique et pas Lactalis. »

Article repris du site Reporterre : https://reporterre.net/En-Isere-Gilets-jaunes-et-villageois-denoncent-la-pollution-de-Lactalis

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