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Résister à la militarisation

Patrice Bouveret

Dans la région lyonnaise, entre 1967 et 1984, un groupe d’action, le Garm, s’illustre de manière créative et spectaculaire contre la militarisation de la société.

Le 31 janvier 1971, le grand public apprend par les médias nationaux un coup d’éclat du Groupe d’action et de résistance à la militarisation (Garm). Pour dénoncer l’armement atomique, quelques militant·es ont pénétré clandestinement et se sont volontairement laissé arrêter au cœur du poste de commandement de la force de frappe nucléaire du Mont-Verdun, près de Lyon. L’année suivante, à la même date, ils renouvellent l’intrusion. Entre temps, le Garm a réuni 4 000 personnes dans une marche allant de Lyon au Mont-Verdun, suivie d’une fête antimilitariste.

Au service de toutes les résistances à l’armée

Qu’est que ce groupe, capable d’actions audacieuses, spectaculaires et teintées d’humour, et susceptible de rassembler des foules ? Le Garm s’est constitué en 1967 autour d’un noyau de militant·es aguerri·es dont les convictions étaient, de manière prépondérante, pacifistes, non-violentes, chrétiennes et/ou socialistes. D’emblée le groupe a affirmé le caractère politique de ses actions illégales comme « un signe de refus de la société et du système qui, en fabriquant des armes et des bombes, fabrique des morts en sursis et des pauvres dès aujourd’hui ». Le mouvement s’est enrichi de l’esprit libertaire de Mai 68 et de l’arrivée de nombreu·ses jeunes. Il a systématiquement abordé tous les aspects de la politique de défense et a pratiqué et soutenu de nombreuses formes d’opposition à cette dernière, en France et à l’étranger. Ses actions et ses analyses ont été largement, notamment pour l’extrême-gauche, le moteur de nouvelles pratiques et réflexions critiques à propos de l’armée.
Le Garm s’engage contre les interventions néocolonialistes de l’armée française, contre le complexe militaire scientifique et industriel et en particulier les ventes d’armes, contre le nucléaire civil, contre l’extension des terrains militaires comme celui du Larzac. Il s’oppose à l’embrigadement du service militaire et défend les droits des soldat·es, il soutient les objecteurs et objectrices de conscience de plus en plus politisé·es et en butte aux obstacles que le gouvernement dresse contre la libéralisation du service civil. Il milite pour l’abolition des bagnes et de la justice militaire. Il lutte aux côtés des insoumis·es, des déserteu·ses et de tou·tes les réfractaires à l’armée. Les manifestations, les grèves de la faim et les procès sont incessants.

Solidarité avec les luttes internationales

Le Garm est solidaire des luttes internationales : en soutien aux objecteurs et objectrices espagnol·es, une marche rallie Genève à la frontière espagnole via Lyon, Joan Baez offre le cachet de son concert à Lyon, le Garm bloque un train en gare de Valence… Pour protester contre les ventes d’armes françaises au Pakistan en guerre contre l’Inde, un cheval de frise est dressé en centre-ville le 28 octobre 1971 pour barrer la route au ministre de la Défense en visite à Lyon. Pendant la guerre au Viêt-Nam, le consulat des USA est envahi en janvier 1973 et un drapeau nazi est accroché sur la façade. Le Garm coordonne un boycott national de la firme ITT complice du coup d’état chilien.
Parallèlement à ses actions, le Garm mène des études et une réflexion sur la politique de défense qui ne distingue plus le temps de guerre et le temps de paix et permet de mobiliser ou réquisitionner militaires et civil·es, sous la même autorité et avec les mêmes obligations. Il dénonce les accords Hernu-Savary qui militarisent l’éducation. Certains de ses militant·es animent de nombreux débats publics et publient des livres (Les Bagnes de l’armée française, La France militarisée, Les Juges kaki) et éditent des périodiques (Lettre des objecteurs puis Objection).
Les derniers combats du Garm seront contre l’implantation de missiles nucléaires américains et soviétiques en Europe, les « Euromissiles », et le surgénérateur Superphénix à Malville au début des années 1980.

L’héritage du Garm aujourd’hui

Un demi-siècle après la création du Garm, le service national est suspendu (jusqu’à quand ?), les tribunaux militaires ont été supprimés. L’armée ne mérite plus d’être traitée d’armée de guerre civile ni de briseuse de grève. Mais ses opérations extérieures, souvent inefficaces, entraînent un chaos social source de nouveaux conflits et de déplacements de migrant·es rejeté·es avec un cynisme criminel. Elles ouvrent la voie au florissant commerce des armes peu regardant sur la nature du régime et les pratiques des clients.
Dans la filiation du Garm, l’Observatoire des armements, centre d’expertise et de documentation indépendant créé à Lyon en 1984 par trois anciens militants du Garm, agit pour la démilitarisation Il alimente le débat public et s’implique dans la reconnaissance des victimes des essais nucléaires et l’opposition aux exportations d’armements. Il est partie prenante de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), lauréat 2017 du Nobel de la paix.

Maurice Balmet, Patrice Bouveret, Guy Dechesne, Jean-Michel Lacroûte, François Ménétrier, Mimmo Pucciarelli


L’Atelier de création libertaire publie à l’automne 2018 Résister à la militarisation, un livre d’environ 300 pages relatant l’histoire du Garm et rédigé par le Centre de documentation et de recherche sur les alternatives sociales et l’Observatoire des armements. On peut le commander en envoyant à l’Observatoire des armements, 187, montée de Choulans, 69005 Lyon, un chèque de 18 € (retrait sur place) ou de 22 € (envoi postal).

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