Vestiges rénovés du colonialisme : les sels de Salins du Midi

De la Camargue au Sahel tunisien, en passant par l’Espagne et l’Italie, et jusqu’au bord du fleuve Saloum au Sénégal, la multinationale française Salins du Midi gère un gigantesque business du sel. Depuis plusieurs années, des journalistes, des économistes et des parlementaires tunisien·nes ont révélé que Cotusal, filiale tunisienne de Salins du Midi, bénéficie toujours des conditions d’une convention imposée en 1949 par la France au moment de la colonisation. L’Ambassade de France et ses réseaux, qui furent des soutiens indéfectibles du régime de Ben Ali et de ses clans, ont toujours favorisé la présence des nombreuses entreprises françaises de ce type grâce à la corruption. L’amiral Jacques Lanxade, ancien chef d’État major à l’époque où l’armée française s’illustrait par sa complicité dans le génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994, et les massacres génocidaires de la population musulmane par les Serbes en Bosnie en 1995, a fini sa carrière comme ambassadeur à Tunis de 1995 à 1999. Et il a aussi été administrateur de Cotusal au moins jusqu’en 2011. Norbert de Guillebon, directeur général de Cotusal, est le président en Tunisie des conseill·ères du commerce extérieur français, rattaché à l’Ambassade. Des centaines de milliers de tonnes de sel tunisien sont exportées chaque année de Tunisie, alors que la convention de 1949 fixe toujours à « 1 franc par hectare et par an » la redevance scandaleuse que la multinationale paye à la Tunisie.

Exploitation des richesses contre souveraineté
Dans un contexte où les mouvements sociaux tunisiens réclament de plus en plus la pleine souveraineté du peuple sur les richesses naturelles, le ton monte contre Cotusal. Une commission parlementaire réclame l’annulation des contrats. Si le gouvernement tunisien ne prend aucune décision avant octobre 2019, la convention de 1949 sera automatiquement reconduite jusqu’en 2059... Au même moment, en mai 2018, à quelques milliers de kilomètres, à Kaolack, 300 journaliers et journalières étaient licenciées par la société Salins du Sine-Saloum, filiale de Salins du Midi au Sénégal, elle-même coloniale. Alors que leurs conditions de travail, assimilées à de l’esclavage, sont révélées, la mairesse de Kaolack dénonce une entreprise qui exploite les richesses et dispose de larges privilèges fiscaux.

La recherche du plus grand profit
Selon un document interne de la holding Unisel, qui chapeaute les sociétés rattachées à Salins du midi, les bénéfices de la multinationale s’élèvent à près de 20 millions d’euros en 2017. Hubert François, le nouveau patron, déclare ouvertement sa stratégie qui consiste à maximiser la production dans les filiales africaines. Et si le sel africain est surtout utilisé pour le déneigement, Salins du Midi, toujours à la recherche du plus grand profit, commence à conditionner du sel tunisien dans des boites La Baleine. De plus, depuis quelques années, la multinationale distribue ses boîtes sur de nouveaux marchés : Chine, Russie, Singapour, Japon. Pendant ce temps, en France, les effectifs du groupe ont été réduits par centaines, déclenchant plusieurs grèves. En effet, Salins du Midi diminue ses activités et met la priorité sur des produits à forte valeur ajoutée, comme la fleur de sel, ou en développant du tourisme de luxe. On voit dans ces mécanismes capitalistes comment des privilèges coloniaux qui se sont maintenus cherchent ensuite à se renforcer.


Une chronique de : Survie, 47 avenue Pasteur, 93100 Montreuil, https://survie.org