Alternatives

Bienvenue dans l’âge du vélo militant

Danièle Garet

Selon les époques, le vélo a occupé diverses fonctions, associé à différentes valeurs. Après une brève période du vélocipède comme excentricité d’aristocrates dandys, le vélo transformé en bicyclette devient à la fin du 19e siècle un loisir bourgeois. Une « forme d’équitation moderne » qui ne réserve plus la vitesse aux seuls cavaliers et aux seules cavalières.

Au cours du 20e siècle, la chute de son prix en fait l’instrument de la circulation populaire, vers les usines, bureaux et magasins. Il accompagne les congés payés et permet la célébration de cette grande fête populaire qu’est le Tour de France, dans l’admiration du couple homme-machine, de la vitesse et des valeurs d’effort, de courage.

À partir des années 1960, les classes travailleuses accèdent à leur tour à l’automobile et le vélo se démode. Cependant, par une complète inversion des perceptions et des valeurs, depuis les années 1970, le vélo séduit à nouveau... mais désormais pour sa lenteur ! On en découvre les vertus écologiques, il se décline en cyclo ou bi-cross et autre mountain-bike. Des pratiques « vertes », plus hédonistes, mais encore souvent compétitives et individualistes.

Or, après ces trois « âges » du vélo (1), un quatrième semble advenir : celui du vélo militant. C’est en tout cas ce que suggèrent les tours militants à vélo qui font l’objet de notre dossier. Des pratiques résolument collectives, engagées, mettant la machine au service des rencontres humaines, valorisant le partage et la convivialité. Machine douce, déjà véhicule et emblème des aspirations écologiques et décroissantes, le vélo fait son entrée dans le répertoire de l’action militante tout terrain. DU VTT au VMTT ?

Danièle Garet

(1) L’esquisse de ces trois âges du vélo emprunte à Philippe Gaboriau, « Les trois âges du vélo en France », revue Vingtième siècle, 1991

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