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En Italie, la Zad de Mondeggi cultive le bien commun

Clara Lesbros, Mathias Rollot

Depuis quatre ans, les occupant·es de la ferme de Mondeggi, près de Florence, expérimentent l’autogestion et la défense du territoire comme « bien commun ».

En toute proche périphérie de Florence, Mondeggi Bene Comune est un territoire appartenant depuis les années soixante à la métropole florentine. 200 hectares, dont 22 hectares de vigne, douze mille oliviers et six bâtisses historiques du 18e siècle. Hélas, sa mauvaise gestion a entraîné au fil des décennies des dettes publiques importantes, et une liquidation de la société de gestion. Le lieu, abandonné, s’est sérieusement dégradé, jusqu’à ce que les pouvoirs publics décident de le vendre au plus offrant — des multinationales de l’alcool ou de l’hôtellerie, dont le projet est de transformer la zone en un parc rentable. C’était sans compter sur l’action citoyenne locale, qui refuse la marchandisation du paysage souhaitée par les institutions publiques.
Sur ce territoire tout proche de Florence, l’occupation illégale dure depuis 2014. La lutte est politique : Mondeggi est un « bien commun » qu’il est hors de question de laisser aux intérêts privés, à la spéculation immobilière et au tourisme de luxe.

Une école agricole improvisée

Tandis qu’une vingtaine de personnes habitent en permanence le lieu, ce sont plus de deux cents militant·es qui s’occupent du site. Celui-ci est aujourd’hui régi par deux niveaux décisionnels. Une assemblée habitante, constituée d’environ 40 personnes, qui décide collectivement de tout ce qui relève de la vie quotidienne ; et une assemblée territoriale plus large, à laquelle participent tou·tes les activistes et citoyen·nes voisin·es qui désirent prendre part à l’occupation.
L’engagement s’inscrit avant tout dans une pratique agricole des lieux. Au fil des années, les savoir-faire traditionnels se sont transmis à l’ensemble des occupant·es par le biais d’une école agricole conviviale : entretenir les arbres, travailler la terre ou produire de l’huile d’olive. Une véritable école biorégionaliste, entièrement improvisée mais particulièrement efficace.
Ainsi des « parcelles » de 35 oliviers ont été créées, et sont entretenues en autogestion complète. Et sur la seule année 2017, une cinquantaine de parcelles ont été viabilisées. La majeure partie de la production est vouée à l’autoconsommation.

« C’est une forme d’impôt concret »

Quoiqu’illégal, l’entretien de ce patrimoine culturel vivant est une manière, pour les militant·es, de légitimer leur occupation.
« D’une certaine façon, en travaillant ici, nous payons nos impôts. C’est juste que ce que nous avons à offrir est d’une autre nature que financière : au lieu de donner de l’argent à l’État pour qu’il construise des autoroutes, nous offrons de notre temps, de nos savoir-faire et notre énergie pour remettre en état ce territoire, ses terres et ses bâtiments, rendre la terre cultivable et les plantations productives, viabiliser les constructions et en faire des lieux habitables à nouveau, et cela, au bénéfice de tous. C’est une forme d’impôt concret et directement appliqué, voilà tout ».
Malgré l’incertitude quant à l’avenir du mouvement militant, la vente du site et les décisions politiques et judiciaires en cours, un sentiment de satisfaction émerge de Mondeggi.
Et puis, si l’occupation n’est toujours pas reconnue par les autorités publiques, la police a toutefois refusé par deux fois d’intervenir pour déloger les occupant·es.

En partenariat avec : www.reporterre.net

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