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Pour se protéger des crues, une solution : coopérer avec la nature

Maxime Lerolle

Les inondations de début 2018 prouvent encore une fois les limites du tout-béton. Les digues, les bassins artificiels de rétention, les berges bétonnées ont certes leur utilité, mais elles coûtent cher, pour des résultats souvent mitigés. Et si le bon sens consistait à retrouver des « solutions vertes » pour vivre avec l’eau ?

« Utilisons la nature comme un élément structurant dans l’aménagement du territoire », dit Marc Barra, écologue à Natureparif, l’Agence régionale pour la nature et la biodiversité en Île-de-France. Après les inondations de 2016, Natureparif a rédigé une brochure vantant les solutions vertes dans la prévention et la limitation des crues. Le texte s’appuie notamment sur l’exemple de la vallée de la Bièvre. Située au sud de Paris, cette communauté de communes a transformé ses trois bassins artificiels en points d’eau permanents, à la capacité de rétention d’eau plus importante. Le système a fait ses preuves en mai 2016 : contrairement aux autres cours d’eau régionaux, la Bièvre demeura contenue par ces bassins naturels.
Chargée de mission au sein du réseau Milieux aquatiques de France nature environnement (FNE), Lorraine Levieuge ne tarit pas d’éloges sur le rôle des zones humides. « Ce sont de véritables éponges naturelles, qui jouent un rôle primordial face aux inondations ».
Dans les Hauts-de-France, l’Union syndicale d’aménagement hydraulique du Nord a libéré fin 2015 une zone d’expansion des crues de la Borre Becque, un affluent de la Lys. Cette vaste tourbière laisse libre cours au débordement de la rivière, qui dès lors n’affecte plus autant les communes situées en aval.

Vers des villes-éponges

Mais qu’en est-il des villes où d’aussi grandes zones humides paraissent irréalisables ? Comme le relève Lorraine Levieuge, « l’imperméabilisation des sols urbains par les constructions fait qu’en cas de pluie, l’eau ne peut pas s’infiltrer comme elle le ferait de façon naturelle, et va ruisseler, ce qui aggrave les phénomènes d’inondation ». Cependant, Marc Barra ne désespère pas : « En espace urbain dense, il faut démultiplier les petits gestes de reconquête du sol : rouvrir un pied d’arbre, creuser une mare, végétaliser une toiture… Pris individuellement, ils ont peu de valeur, mais mis bout à bout, ils permettent d’atteindre une masse critique en ce qui concerne l’absorption et le ralentissement des eaux. À terme, il faut faire des villes-éponges ! »
Rennes dispose d’ores et déjà d’une telle masse critique. Le projet « Végétalisons nos murs et nos trottoirs » a conquis près de quatre kilomètres linéaires de murs, et absorbe le surplus d’eau lors des intempéries.
Toutefois, pas de prévention en ville sans coordination avec la campagne. La destruction des zones agricoles accentuant les inondations en imperméabilisant les sols, la politique de lutte contre l’étalement urbain devient primordiale.
Si Marc Barra espère un changement de réglementation en vue d’interdire l’imperméabilisation des sols, il attend beaucoup de l’argument économique. En comparaison des « solutions grises », les solutions vertes coûteraient près de trois fois moins cher, pour une meilleure efficacité.
Les solutions vertes nous amènent à envisager un autre mode de gestion de l’eau, ou, comme le dit Lorraine Levieuge, à aménager le territoire pour « vivre avec les inondations plutôt que de lutter contre ».

En partenariat avec : www.reporterre.net*]

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