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Quelles alternatives pédagogiques à l’école numérique ?

Guillaume Gamblin

La numérisation est censée apporter une dimension interactive à l’enseignement, aider à motiver les élèves, lutter contre les inégalités… Mais il existe de nombreux moyens d’atteindre ces objectifs sans passer par le numérique.

La « classe en puzzle », par exemple, est une pédagogie interactive totalement a-numérique mise en place aux Etats-Unis en 1971, comme l’expliquent Philippe Bihouix et Karine Mauvilly dans leur livre Le Désastre de l’école numérique. Chaque élève apprend une partie de la leçon pour la restituer, en groupe, aux autres élèves. Le niveau monte et l’ambiance en classe s’améliore.
Certain·es enseignant·es utilisent Twitter, dans l’idée que les jeunes sont motivé·es par le fait que leurs productions soient lues. Mais d’autres moyens permettent d’écrire pour être lu·e : la réalisation de lettres ou de posters affichés dans l’école, la production de nouvelles pour les journaux locaux…
Contre la violence, de nombreuses pistes existent, relèvent encore les deux auteur·es : tutorat entre élèves de différents niveaux, réveil corporel le matin, « météo des émotions », etc. Des activités manuelles apaisantes comme le jardinage et le contact avec des poules et des lapins (1) peuvent aider.
Pour développer les capacités des jeunes et leur confiance en eux, créer des ateliers de théâtre dans tous les établissements serait plus concluant que de multiplier les heures sur écran, ajoute François, enseignant interrogé dans ce numéro (2).

L’équilibre de la tête et des mains

A l’opposé de la vie sur écran, les « écoles du dehors » se développent pour les enfants pas encore en âge d’aller à l’école primaire. Les jeunes passent leurs journées dans des espaces extérieurs en contact avec le milieu naturel, la forêt, et acquièrent une autre relation avec leur milieu, la motricité, les apprentissages, etc. (3).
Sans aller jusque-là, les sorties à la journée ou en classe verte permettent de rencontrer le monde (naturel, culturel, social) sans passer par l’intermédiaire d’un écran, en faisant de vraies rencontres. Mais, ces dernières années, un contexte social sécuritaire et judiciarisé a presque réduit à néant la possibilité d’organiser des sorties scolaires.
Développer l’équilibre de la tête et des mains est important. La richesse cognitive et sociale du travail manuel a été dévalorisée, ainsi que la relation entre les mains et le cerveau dans le développement du savoir.
L’apprentissage, sous forme de jeu, du calcul mental et des ordres de grandeur permet également d’être plus autonome que lorsqu’on emploie une prothèse électronique pour compter.
Et, concluent Philippe Bihouix et Karin Mauvilly, si les enfants prétendent s’ennuyer sans le numérique, « c’est parfait, ils peuvent alors commencer à penser. Une fenêtre de création s’ouvre ».

GG

(1) Voir le reportage sur l’école élémentaire et maternelle de Bel-Air à Thorcy, dans Silence no 447, juillet-août 2016, p. 5. Notons que cette école mise, quant à elle, sur le développement d’outils informatiques pour développer la transmission et la coopération entre élèves.
(2) S’il faut s’intéresser au numérique, pourquoi ne pas visiter des data centers et des déchetteries pour comprendre le cycle des matériaux, en plus de deux heures maximum hebdomadaires pour apprendre à se prémunir de ses dangers (savoir vérifier l’identité d’un interlocuteur, créer un compte sans donner trop d’informations…), s’interrogent les auteur·es ?
(3) Voir dans ce numéro, « L’île où les enfants ont école dans les bois ».

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