Article Monde Paix et non-violence

En Crête, antimilitarisme et accueil des réfugié-es

Guillaume Gamblin

La base militaire états-unienne de Souda, en Crête, est un lieu idéalement placé pour des interventions en Libye, en Syrie, etc. Les armées du monde entier y envoient des militaires dans le cadre de l’OTAN. Mais le collectif Kanaima s’insurge…

Fondé fin 2015 en Crête, le collectif Kanaima a pour but de raviver l’opposition locale à l’armée. Cela commence par l’information et l’action pour dénoncer le rôle de la base militaire présente sur l’île, dont les pilotes d’avion de chasse viennent parfois siroter un verre en ville après avoir largué des bombes sur la Syrie. Ils dénoncent les violences perpétrées parfois par des militaires ivres (1), ou encore les tentatives de la base pour se faire accepter localement en proposant aux communes de réaliser gratuitement des travaux d’entretien.
Mais la réflexion ne s’arrête pas là. De passage en France (2), deux membres du collectif expliquent combien il est essentiel que la résistance anti-guerre commence par la critique de l’armée grecque elle-même. Un mouvement anti-guerre qui se contenterait de pourfendre les interventions militaires étrangères pour mieux justifier celles de son pays serait soluble dans le discours nationaliste.

Refuser le service militaire pour affaiblir l’armée

Une autre base de leur action est le refus du service militaire, encore obligatoire en Grèce. C’est en 1986 qu’apparaissent les premiers objecteurs politiques, puis en 1990 les objecteurs totaux refusant à la fois le service militaire et le service civil. Mais ils restent aujourd’hui peu nombreux. L’Etat ne fournit aucune information sur la possibilité de réaliser un service civil, qui dure trois ans (3). L’un de ces objecteurs totaux, lors de son passage en France, explique que ce délit est passible de 6000 € d’amende. Et que les jeunes peuvent être appelés jusqu’à six fois par an, ouvrant à chaque fois la voie à des procès et amendes différentes. Et cela, sans fin. (4)
Pourquoi objecter ? « Car j’ai le droit de disposer de mon corps comme je le veux. Car je ne veux pas participer à des institutions hiérarchiques. Car objecter est une action qui affaiblit l’armée dans les faits, et n’est pas une simple démarche idéologique », explique-t-il.

Ces réfugié-es qui désertent les champs de bataille…

La Crête est également un lieu « accueillant » de nombreux réfugié-es issu-es de zones de guerre. Kanaima affiche sa solidarité avec elles et eux. Pas seulement en tant que victimes de guerres, mais aussi en les considérant comme des déserteu-ses des champs de bataille et des régimes militaristes. Alors que certain-es leur reprochent de ne pas rester dans leur pays pour s’engager dans la résistance armée contre la barbarie, ces antimilitaristes veulent au contraire les admirer pour ce refus de devenir soldat-es d’un camp ou d’un autre.

Guillaume Gamblin

(1) Ou en état de choc post-traumatique.
(2) Silence les a rencontrés le 10 septembre 2016 lors d’une réunion publique au Cedrats, Centre de documentation et de recherche sur les alternatives sociales, 27, montée Saint-Sébastien, 69001 Lyon.
(3) Plusieurs milliers de jeunes arrivent cependant à échapper à l’armée en se faisant réformer.
(4) Dans les faits, les quelques 80 à 100 objecteurs totaux de ces dix dernières années refusent tous de payer ces amendes.

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