Dossier Agriculture biologique Alternatives Permaculture

Ecole des jardiniers (l’)

Michel Bernard

Née au sein d’une AMAP de Reims, l’Ecole des jardiniers a pour but de permettre à chacun-e d’apprendre à faire son jardin… Outre des stages de formation, sa principale activité consiste à produire des légumes dans un cadre social.

Lorsque, en 2010, les Michels, maraîchers depuis quatre générations, ont annoncé aux adhérents de leur AMAP l’arrêt de la eur activité pour cause de retraite, Karine Varloteau et Hervé Fleischmann, les fondateurs de l’AMAP, ont aidé à la mise en place d’une association pour continuer à utiliser les terres, qui appartiennent en grande partie à la communauté d’agglomération Reims Métropole. Les discussions montraient que nombre d’adhérent-es auraient aimé avoir leur propre potager mais qu’ils ne savaient pas comment commencer.
Une association a donc repris le terrain disponible — 13 000 m2 dont cinq serres de 250 m2. Au fil des discussions et des pratiques, le projet s’est enrichi et l’association l’Ecole des jardiniers agit désormais selon quatre axes.

L’école du petit jardinier

L’école du petit jardinier a pour but d’accueillir des classes d’enfants et de leur faire découvrir le jardinage de manière ludique.
L’une des parcelles est spécialement aménagée pour cela. Elle présente des cultures différenciées pour que les enfants comprennent l’importance du compost, les différences entre espèces, les besoins en eau, qu’ils sachent différenciers les insectes utiles ou destructeurs. Les enfants peuvent ensuite lancer leur propre projet avec leurs enseignant-es : actuellement, huit jardins ont vu le jour dans des écoles maternelles ou primaires et un dans une crèche.

Sensibiliser le grand public

L’école du jardinier amateur accueille ceux et celles qui veulent démarrer un potager. Un stage se tient un week-end sur deux : désherber malin, économiser l’eau, faire son compost, rôle du paillage, insectes pollinisateurs, bouturage, taille des plantes… Les stages sont très fréquentés, mais les animateurs de l’association constatent que nombre de participant-es ne franchissent pas le seuil de leur propre mise en culture.

Former les professionnel-les

Les terrains dont dispose l’association ne sont pas tous en culture et il est possible, pour quelques futurs maraîchers, de venir se tester en disposant de quelques milliers de m2. Ces débutants disposent d’outils prêtés, gérés collectivement, et de conseils provenant du voisinage avec les cultures des jardins partagés (1).

Des jardins partagés

L’école du jardin partagé, qui occupe la plus grande surface du terrain, permet à des volontaires de faire du maraîchage collectivement, les surplus étant destinés à des structures sociales.
C’est aujourd’hui l’activité la plus importante. Les habitants des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) n’ont pas le droit d’exercer un travail rémunéré, mais rien ne les empêche de faire du maraîchage pour leurs propres besoins, puis d’offrir les excédents à des structures sociales. Une vingtaine de personnes sont ainsi présentes sur place et cultivent généreusement de grandes surfaces de légumes.
François Lesellier, ancien maraîcher qui a été un temps directeur d’une structure socio-culturelle, assure l’encadrement et la communication de l’association. Il est aidé sur le terrain par deux salariés, des réfugiés arméniens qui ont obtenu un statut légal leur permettant de travailler. En 2015, outre la nourriture pour une vingtaine de familles, 4 tonnes d’excédents ont été données à une épicerie sociale.
Cette activité étant une réussite, et le nombre de réfugiés devenant de plus en plus important, elle attire beaucoup de demandes extérieures pour reproduire l’initiative auprès d’autres structures d’accueils de réfugiés, mais également dans des maisons de retraite, dans un foyer de jeunes travailleurs…

Des réfugié-es de toutes les couleurs ?

La venue des réfugié-es montre que la relation avec le jardinage varie fortement d’un pays à l’autre. Ainsi, pratiquement aucun-e Syrien-ne ne passe à l’école des jardiniers : ceux et celles qui demandent le statut de réfugié-e en France sont plutôt des intellectuel-les qui, à l’origine dans leur pays, ne faisaient pas de jardinage. Pour elles et eux, se lancer dans cette activité serait plutôt perçu négativement.
A l’inverse, beaucoup de migrant-es d’Europe de l’Est, issu-es du milieu rural, sont passionné-es par le potentiel qu’offre le jardinage. Cela leur permet de cuisiner des légumes frais.
Les Africain-es sont aussi très intéressé-es, même si on constate un strict partage des tâches : les femmes sont généralement cantonnées aux semis et à la cueillette.

Multiplication des jardins partagés

François Lesellier est submergé par les demandes de collectivités qui veulent mettre en place des jardins partagés sur des terres disponibles. La demande se fait dans un contexte d’interdiction des pesticides (maintenant pour les collectivités, et dès 2017 dans les jardins des particuliers). L’association a mis au point une malette pédagogique pour expliquer les étapes à suivre : de quels outils a-t-on besoin, comment former les jardiniers, comment échanger entre plusieurs jardins, comment animer un groupe de jardiniers amateurs, quelles techniques permettent un travail irrégulier ? La permaculture trouve ici toute sa place.
Les demandes proviennent de lieux de plus en plus éloignés (Grand-Est, Ile-de-France et même Madagascar).
Lors de rencontres organisées pour se coordonner avec différentes structures liées au jardinage social — jardins familiaux de Reims, Jardins du cœur fondés par l’association des Restos du cœur (présents sur des parcelles voisines) —, on échange sur les statuts des jardiniers. Ainsi, aux Jardins du cœur, il s’agit de personnes en réinsertion, tandis qu’à l’Ecole des jardiniers, il n’y a que des bénévoles maintenant encadrés par sept salariés (encadrement du jardinage, animations sur place et à l’extérieur, administration).
Les salarié-es interviennent de plus en plus à l’extérieur, et il manque des bénévoles pour renforcer les activités sur place : seule une quarantaine d’adhérent-es sont acti-ves. Il y a clairement un risque d’épuisement du fait de la trop forte demande extérieure (2).

M. B.

• L’école des jardiniers, Maison de la vie associative, 122 bis, rue du Barbâtre, 51100 Reims, tél : 06 51 83 53 57, http://lecoledesjardiniers.fr
• Terrain ouvert du lundi au samedi, 54, rue Pasteur, 51370 Saint-Brice-Courcelles
• Epicerie sociale et solidaire, 1, rue des Salines, 51000 Reims, tél : 03 26 04 31 75

(1) Quelques ruches ont été installées en partenariat avec un apiculteur pour favoriser la fécondation des plantes.
(3) L’association ne vend pas de légumes. Il y a quelques subventions de Reims Métropole, de l’Agence de l’eau, certains projets sont financés ponctuellement par des fondations, mais ce sont de plus en plus les prestations extérieures qui permettent de boucler un budget atteignant actuellement 180 000 € par an.

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