Dossier Climat Effet de serre Environnement

Que faut-il attendre la COP21 ?

Guillaume Gamblin

Les négociations préparatoires de Genève de février 2015, en amont de la COP21 de décembre 2015 à Paris, permettent-elles d’espérer des décisions politiques réellement à la hauteur du défi climatique ?

« Si le changement ne peut être décrété, il peut être anticipé et accompagné par des décisions politiques, estime Jonathan Palais, membre d’Alternatiba. Compte tenu du texte préfigurant l’accord de Paris, on peut dire qu’il ne permettra pas que soient prises des décisions fermes pour rester en dessous des 2 °C d’augmentation de la température globale. Par exemple, pour atteindre cet objectif, plusieurs rapports établissent qu’il faut laisser sous le sol 80% des réserves fossiles actuellement connues. Or le texte de négociation mentionne seulement, et de manière non contraignante, l’arrêt des subventions aux énergies fossiles. »

Pas d’objectifs chiffrés

L’autre problème majeur, poursuit Jonathan Palais, est l’absence de dispositions chiffrées à court et moyen terme. Il est seulement question de parvenir à zéro émission au milieu ou à la fin du siècle. Or, pour rester en dessous des 2 °C, les émissions de CO2 doivent atteindre 44 gigatonnes (Gt) d’ici 2020, 40 Gt d’ici 2025, 35 Gt d’ici 2030. Cette absence tient au fait que, après la conférence de Copenhague, l’idée d’un accord contraignant a été abandonnée au profit du laisser-faire : les Etats se contentent de déclarations d’intention. L’accord signé entre les Etats-Unis et la Chine est clair : alors qu’ils produisent 40% des émissions mondiales, la Chine s’engage à diminuer ses émissions seulement en 2030, pendant que les Etats-Unis s’engagent à diminuer les leurs de 15% en 2025 par rapport à 1990 !

Le poids des lobbies

Antoine Lagneau, de Quartiers en transition à Paris, n’y croit pas. "Genève a une nouvelle fois démontré que les puissances occidentales n’entendaient absolument pas remettre en cause leur sacro-saint mantra : la croissance. Tout le reste n’est qu’habillage et novlangue diplomatique où l’on fait systématiquement croire que les discussions ont réussi. Or, les accords ne sont jamais contraignants et permettent donc à chacun de préserver ses intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.
Par ailleurs, le poids des lobbies est tel, avec des dirigeants politiques de plus en plus soumis, que l’on ne peut absolument pas espérer une issue favorable à ces sommets. La COP21 à Paris devrait donc nous valoir le même scénario que celui des rendez-vous précédents, démontrant un peu plus que les véritables centres de décisions politiques ne sont plus au sommet des Etats mais au dernier étage des buildings des centres d’affaires. C’est là que désormais se joue l’avenir de notre planète. Pour l’oligarchie économique, cet avenir se mesure en termes de croissance financière et d’enrichissement personne
l.« 

 »C’est un champ de bataille qu’il ne faut pas déserter"

« Malheureusement, vingt ans de négociations n’ont pas suffi pour aboutir à l’accord qu’il nous aurait fallu pour résoudre le problème climatique, estime quant à elle Geneviève Azam, d’Attac. (…) Mais ces négociations pourraient néanmoins aboutir à des mesures, certaines pouvant aller dans le bon sens même en étant insuffisantes, mais aussi d’autres, susceptibles d’empirer la situation, comme celles qui renforceraient les fausses solutions telles que la géoingénierie, les OGM, les agrocarburants ou le nucléaire ! C’est donc un champ de bataille qu’il ne faut pas déserter, ni sur le front du plaidoyer ni sur celui de la pression citoyenne extérieure. »



Qu’est-ce qui bloque politiquement dans les négociations ?

Pour Jonathan Palais, membre d’Alternatiba, « le blocage politique vient du refus de reconnaître la responsabilité historique des pays industriels, et maintenant des pays émergents, dans l’accumulation des gaz à effet de serre. Refus donc d’une dette écologique liée à un modèle capitaliste et productiviste. Pour le reste, le blocage sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre, est d’ordre économique : financement, concurrence, jeu d’intérêts, guerre économique. Mais les négociations ne bloquent pas sur tout : extension des marchés du carbone et de la finance carbone, financiarisation de la nature (forêts, terre, océans). »

Pour Antoine Lagneau, des Quartiers en transition, à Paris, ce qui bloque politiquement les négociations, c’est "une combinaison explosive de relations incestueuses entre dirigeants politiques et économiques. Ce cocktail rend aujourd’hui totalement inutiles les grands sommets où tout est joué d’avance, bien avant le jour J. L’une des meilleures illustrations est sans doute cette invention extraordinaire dénommée ‘compensation écologique’, qui oblige une entreprise ou un aménageur public construisant sur un espace naturel sensible à récréer celui-ci un peu loin. C’est sans aucun doute l’exemple le plus frappant du machiavélisme de l’oligarchie politico-économique, qui tente de faire croire que l’on peut reproduire à l’infini les équilibres naturels et les systèmes écologique locaux.
Le pire est que ces stratagèmes, relayés sans recul par la majorité des médias, fonctionnent et finissent par convaincre les populations mal informées, malgré les lanceurs d’alerte et autres zadistes qui tentent de faire entendre leur voix."


Pour aller plus loin :
« Alternatiba : sauvegarder le climat par le bas ? », Silence no 430, p. 40
« Sortir de la démesure », dossier de Silence no 418
Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Seuil, 2007 et 2009
Le Réchauffement climatique et ses impacts, tomes 1 et 2, Jacques Exbalin, L’Harmattan, 2014

Réseau Action Climat, 2 bis, rue Jules-Ferry, 93100 Montreuil, tel : 01 48 58 83 92, www.rac-f.org
350.org, http://350.org

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