Il soigne ses bêtes avec des plantes et elles s’en portent mieux !

Chaque année, de plus en plus d’éleveurs optent pour des soins doux aux animaux. La médecine vétérinaire à base de plantes permet en effet de prévenir les maladies et renforce la santé des troupeaux. Mais la législation n’est pas favorable aux techniques alternatives.

Gildas Laurant sort de sa réserve des flacons et un bidon d’un liquide orangé. Ces récipients renferment des préparations à base de plantes, que le jeune agriculteur utilise pour soigner ses charolaises. Il a repris la ferme de son père il y a trois ans, une exploitation traditionnelle blottie dans le bocage, près de Châteaubriant.

Les flacons : une partie de la méthode

De l’huile essentielle de lavande en guise de vermifuge, de l’eucalyptus pour les problèmes respiratoires, du ravinsara pour booster un veau un peu faible. La phytothérapie et l’aromathérapie – respectivement le traitement par les plantes et par les huiles essentielles – c’est toute une science. Gildas Laurant ne s’est pas lancé seul dans l’aventure. Il est allé de stage en stage pour apprendre la médecine vétérinaire alternative. En Loire-Atlantique, le Gab (Groupement d’agriculteurs biologiques) et le Civam (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) en organisent régulièrement.
Les flacons et les bidons de mélanges végétaux et d’huiles essentielles ne sont qu’une partie de la méthode. « 95 % du temps, j’apprends aux éleveurs à ne pas utiliser ces produits ni les médicaments ! », s’exclame Gilles Grosmond, vétérinaire et conseiller technique pour le Comptoir des plantes, qui anime régulièrement des formations destinées aux éleveurs. Tout se joue sur le renforcement du système immunitaire des animaux, afin qu’ils se protègent eux-mêmes des maladies.
Ainsi, les vaches de Gildas peuvent aller et venir à leur guise entre les stabulations et le pré. « Le but est d’éviter le confinement, explique-t-il, contre la prolifération de parasites ou de maladies ». La porte des champs est ouverte y compris l’hiver et il n’est pas rare que des veaux naissent dans l’herbe humide et dans le froid. « Ceux-là résistent mieux, en général ! ».

Une méthode qui dérange

La législation qui entoure l’aromathérapie et la phytothérapie est assez complexe. En mars 2013, un règlement de l’Union Européenne retire du marché de l’alimentation animale plus de 250 huiles essentielles (dont celles de chardon, de curcuma, d’aubépine, de pâquerette, etc.).
Quelques mois plus tard, en août 2013, l’Anses rappelle que les produits utilisés pour un usage thérapeutique sont considérés comme des médicaments vétérinaires. Or, pour être vendus, ils doivent être validés par une autorisation de mise sur le marché (AMM), ce qui coûte cher. « Très peu de produits à base de plantes en ont une », dit Sylvie Dartois, de l’Institut technique d’agriculture biologique (Itab). Le vétérinaire peut tout de même prescrire des préparations à base de plantes sans AMM, à condition d’attendre un certain nombre de jours avant de commercialiser le produit animal. Ce délai s’élève à sept jours pour la vente du lait et 28 jours pour la vente de la viande. En agriculture bio, les temps sont doublés : 14 jours pour le lait, 56 pour la viande.
Pourtant, la médecine par les plantes gagne des adeptes, y compris chez les éleveurs dits conventionnels. Le succès de ces méthodes se transmet de bouche à oreille. « Les clients sont curieux, ils veulent essayer, parce qu’ils ont vu que les animaux soignés par les plantes n’étaient plus les mêmes ! », explique Jérôme Dubois, le vétérinaire de Rougé.

Flora Chauveau

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