Peut-on brancher l’écologie sur internet ?

L’ordinateur est en train de devenir un prolongement du corps, une évidence « naturelle » comme le sont devenues l’eau courante ou l’électricité. Nous courons le risque de ne plus questionner ce qui le rend possible ni ce qu’il coûte, en particulier à l’environnement.

Nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser internet, pour le courriel ou la documentation, entre autres à la revue Silence. Cette pratique a un coût écologique et social, les deux étant liés. Silence a déjà commencé à explorer ces questions* et ce dossier cherche à les approfondir pour internet en particulier. Quel poids écologique se cache derrière ce monde virtuel ? A quoi bon courriels, sites, blogs et autres réseaux sociaux ?
Nous avons également essayé de recenser des moyens de diminuer les nuisances. Se passer d’internet, est-ce forcément accepter le déclassement et l’isolement ?
Au final, nous avons des choix importants à faire, et la mouvance écologique ne débat sans doute pas assez de ces problèmes...

Marie-Pierre Najman

* Lire les dossiers « Technologies contre autonomie », n° 338, septembre 2006 et « Technologies et solitude », n° 264, décembre 2000.

En dépit de notre manière d’en parler, internet n’est pas un lieu mais une infrastructure qui assure un trafic, comme les voies ferrées permettent la circulation des trains. C’est un réseau d’ordinateurs, auquel on se connecte pour échanger les flux de 0 et de 1 qui se cachent derrière les « pages » ou les « courriels ». Certains des nœuds de ce réseau sont d’énormes centres de gestion (1) détenus par des entreprises comme Orange ou Facebook.
La Toile (en anglais le « web ») est l’une des couches du trafic assuré par le réseau internet, celle qui utilise les règles dites http permettant d’accéder à des milliers de pages par leur adresse, elle-même appelée url ou hyperlien. En 2008, ses principales utilisations étaient la recherche d’informations sur des biens et services (83 %), et sur des connaissances (69 %) (2). On en serait à presque 2 milliards d’utilisateurs (28,7 % de l’humanité) (3). L’usage commercial est ce qui augmente le plus, démultipliant le transport de marchandises. Et pour ce qui est du trafic de courriels, en 2009, 81 % n’étaient que des pourriels (ou spams), soit une augmentation de 24 % depuis 2008 (4)...
Au final, la Toile est elle-même un réseau dont les pages sont hébergées dans la partie « serveur » d’un ordinateur personnel ou d’un centre de gestion. Ce réseau est de plus en plus centralisé : en juillet 2008, l’index de Google a dépassé le milliard de milliards de pages !
A l’origine de la Toile se trouve Tim Berners-Lee qui, en 1991, s’est servi de l’infrastructure internet sans demander d’autorisation à personne, mais deux autres couches de trafic sont plus anciennes : les courriels et les échanges de poste à poste.

(1) Internet émet déjà 2% du CO2 soit autant que le trafic aérien (source consultants US Gartner). Dans 25 ans, si rien n’est fait, il consommera autant d’énergie que l’humanité de nos jours ! (Source : institut IZT, Berlin.)
(2) Rapport Ecotic p. 85. Voir notre interview de F. Flipo.
(3) Selon le site internetworldstats
(4) Source MacAfee... éditeur d’antivirus : sans protection, un PC sous Windows connecté à internet ne tiendrait que 4 minutes...