Numéro 380 - juin 2010


Les frontières de la non-violence

Les zones grises de la non-violence (de Xavier Renou)
Récit d’une action de fauchage d’OGM (de Guillaume Gamblin)
Nuire aux intérêts, pas aux personnes (de Guillaume Gamblin)
Destination « non-violence » : quelques repères pour agir (de Guillaume Gamblin)

alambic

Yohan Musseau, cueilleur-producteur-distillateur (de Opaline Lysiak)

écol’porteur

Les jardins d’Illas : de la terre à l’assiette (de Jean-Claude Geoffroy)

écoblanchiment

Vers le biocapitalisme ? (de Marie-Pierre Najman)

migrants

Passeurs d’espoir (de Philippe Donnaes)

hommes, femmes, etc.

Rapports de genres, rapports de forces ? (de Yvette Bailly)

Robins des graines

Recette pour un bouquet à lancer… (de Robine Dugrain)

Brèves

paix
agri-bio
alternatives
du vert dans les oreilles
politique
décroissance
société
bidoche
énergie
nucléaire
environnement
vélo
femmes
ogm
agenda
annonces
courrier
livres

Editorial

Terrain vague

La non-violence est l’orientation que choisissent de nombreux militant-e-s pour agir en faveur des causes qu’ils et elles défendent. Ce choix permet d’ancrer des luttes — ainsi que des médias comme Silence — dans une culture politique ainsi que dans un état d’esprit partagé. Dans une dynamique d’actions en création perpétuelle prenant appui sur un riche terreau historique de références communes.

Pour autant, dès que l’on s’approche un peu, les choses ne sont pas toujours aussi claires. Est-on encore dans la non-violence lorsque l’on détruit un bien matériel ? Suffit-il de se revendiquer de la non-violence pour que notre action soit perçue et vécue comme telle ? La non-violence n’est elle pas une logique de sacrifice… et le sacrifice, une violence ? Quelles distinctions faire entre les violences structurelles souvent invisibles, et les actions parfois violentes organisées par des groupes victimes d’un système d’oppression ? Un fauchage d’OGM, une action de blocage de bâtiment public, un patron retenu dans son bureau par des ouvriers… est-ce encore non violent ?

Certains mouvements de paix parlent abondamment de non-violence en prenant ce terme dans une acception timide et finalement faussée : ils s’agit de cultiver la paix intérieure, de lutter contre les violences sociales en négligeant juste de s’en prendre à leurs causes. Cette conception peut aisément converger avec une idéologie réactionnaire. A l’inverse, certains adeptes de la manifestation en « black block »(1) parlent aussi de non-violence car, affirment-ils, il est hors de question pour eux de tuer un autre être humain. Disons-le clairement : ni l’une ni l’autre de ces conceptions ne nous semble acceptable.

Où passe la frontière entre la violence et la non-violence ? Au-delà de l’absence de meurtre, limite essentielle mais notoirement insuffisante, il semble difficile d’identifier des postes frontières objectifs. Une même action peut être vécue de manières opposées. N’est-ce pas, pour une part importante, l’état d’esprit dans lequel l’action est pensée, préparée et accomplie qui va donner à celle-ci sa signification au regard de l’exigence de non-violence ? Si la question des frontières, de l’opposition à des positions « ennemies » ne nous semble pas être une priorité, pour autant une non-violence dont on éviterait d’interroger les contours se dissoudrait rapidement dans une inconsistance qui en anéantirait le sens. Il s’agira donc ici de rechercher du sens tout en évitant de s’enfermer dans des conceptions figées.

Longtemps terra incognita, la non-violence a émergé depuis un siècle pour se faire une place dans les pratiques sociales et politiques à travers le monde. Son aventure ne fait sans doute que commencer. Bon voyage exploratoire dans le « terrain vague » de la non-violence.

Guillaume Gamblin

(1) Les Black Blocks (« blocs noirs ») sont des regroupements éphémères et informels d’individus de la mouvance « autonome » au cours de manifestations, regroupements qui donnent souvent lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre.