Numéro 378 - avril 2010


Apprendre sans école

Apprendre sans école

Apprendre sans école ? (de Jean-Pierre Lepri)
J’ai décidé d’instruire mes enfants à la maison (de Catherine Dumonteil-Kremer)
Le compagnonnage dans le réseau REPAS (de Mimmo Pucciarelli)
Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs : comment çà marche ? (de Claire Héber-Suffrin)

Vivre sans capitalisme

Enric Duran, robin des banques… et décroissant (Entretien par Guillaume Gamblin et Pascal Martin)

Biodiversité

Des sols en danger de mort (Entretien avec Gérard Ducerf par Marie-Pierre Najman)

Villes en transition

La relocalisation de l’alimentation n’est pas chose facile ! (de Michel Bernard)

Reportage en B.D.

Toulon en rade (de Red !)

Inde

Recherche de basse technologie (Entretien avec V. K. Desai par Eva Cantavenera)

Nord-Sud

Que fait l’armée française en Afrique ? (Entretien avec Raphaël Granvaud)

Nourriture

Slow-Food : un arrière-goût… d’incohérence ? (de Christophe Goby)

Non-prolifération nucléaire

Inspections citoyennes

Brèves

alternatives
du vert dans les oreilles
la clementerie
agri-bio
femmes
énergie
nucléaire
société
bidoche
climat
environnement
agenda
annonces
courrier
livres

Editorial

A l’école de la Skholè…

Ce n’est pas parce que l’on est enseigné/formé que l’on apprend(1). Or, ce qui compte, c’est bien, pour ma survie comme pour ma vie, d’apprendre la vie et d’(ap)prendre ma place dans la vie. Ap-prendre, c’est « prendre avec » moi. C’est, physiologiquement et intellectuellement,« saisir »,« faire corps » avec un obstacle, de telle sorte qu’il disparaisse pour moi. C’est ainsi que j’ai appris, que j’apprends, que j’apprendrai.

L’école et les établissements/institutions d’enseignement ou de formation peuvent m’y aider. Je peux y apprendre ce dont j’ai besoin, mais aussi ne pas l’apprendre, apprendre autre chose, l’apprendre mal, et y perdre mon temps et mon énergie(2). Je peux tout aussi bien apprendre ce dont j’ai besoin sans écoles – tout comme ne pas l’apprendre, apprendre autre chose, l’apprendre mal, mais en y perdant, sans doute, moins de temps et moins d’énergie.

La « skholè » (d’où vient le mot « école »(3)) des Grecs désignait le « temps libre », libre pour penser à comment bien vivre et à comment agir pour cela. Cette « skholè » existe encore et partout, hors des écoles — mais, paradoxalement, plus difficilement et plus rarement dans les écoles.

« Retrouvons-nous » un moment à la « skholè », dans le dossier de ce numéro de Silence. Dans cet espace-temps, nous n’irons pas à l’école, nous irons à la « skholè ».

Jean-Pierre Lepri

1. « Moins on est enseigné, plus on apprend, car être enseigné, c’est recevoir des informations, et apprendre, c’est aller les chercher. » (Roger Cousinet, Pédagogie de l’apprentissage, Presses universitaires de France, 1959)
2. « Les enfants doivent être à l’école ; ils apprennent à l’école ; l’école est le seul endroit où ils puissent apprendre ; trois postulats que l’on ne met pas en doute et qui méritent que l’on s’y attarde. » (Ivan Illich, Une société sans école, Seuil, 1971)
3. Via le latin « scola ». Pour Bourdieu, la skholè est un « temps libre et libéré des urgences du monde qui rend possible un rapport libre et libéré à ces urgences, et au monde. » (Méditations pascaliennes, Seuil, 1997)