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Chronologie d'une catastrophe

Novembre 2011

1er novembre

  • Pour rassurer les Japonais, le député Yasuhiro Sonoda a bu un verre d'eau provenant du retraitement d'eau de la centrale nucléaire de Fukushima. Quand on sait l'inefficacité du procédé, reconnu par TEPCO, on ne peut qu'espérer pour lui qu'il s'agisse d'une mise en scène idiote.
  • En début de soirée, TEPCO annonce avoir détecté du Xénon 133 et 135 sur le réacteur n°2. Ces deux produits se dégagent lorsqu'il y a une fission nucléaire, et le Xénon 135 a une période de neuf heures… donc il ne peut s'agir d'un phénomène ancien. Pour essayer de stopper la réaction en cours, un mélange d'eau et d'acide borique a été injecté. Cet événement montre qu'en absence de contrôle, l'accident peut, à tout moment, repartir de plus belle.


2 novembre

  • Le Mexique annonce qu'il renonce à son programme nucléaire (10 réacteurs) et va construire à la place des centrales thermiques au gaz.
  • Le gouvernement japonais a lancé une campagne publicitaire pour inciter à économiser l'électricité pendant l'hiver : pour se réchauffer, mieux vaut cuisiner des plats chauds (gaz) que de monter le chauffage (si électrique), mieux vaut marcher que prendre le métro, mettre un vêtement de plus que de chauffer à plus de 20°C…
  • A Kiev, en Ukraine, un millier de "liquidateurs" de Tchernobyl attaquent le parlement pour protester contre la suppression de leurs aides sociales. 

 

5 novembre

  • Après une série de 1500 analyses d'urine d'enfants de la préfecture de Fukushima, il s'avère que 7 % présentent des traces radioactives, allant jusqu'à 187 becquerels par litre… alors que l'on ne devrait pas avoir de radioactivité.


6 novembre

  • Alain de Halleux, cinéaste, auteur de Nucléaire, rien à signaler et de Chernobyl for ever est au Japon pour faire un film sur l'accident de Fukushima. Il raconte sur son blog les différentes démarches et rencontres qu'il fait. Un couple franco-japonais lui explique que pour la première fois, les Japonais doivent véritablement faire des choix personnels… et que pour le moment, cela réagit nettement plus du côté des femmes que des hommes. Un autre interlocuteur lui explique comment le secteur nucléaire est en lien avec les Yakuzas, la mafia du pays qui collabore étroitement avec les services secrets américains. Se promenant dans les zones non évacuées, il mesure des doses jusqu'à 0,7 microsieverts par heure, alors qu'à Tchernobyl, dans la ville de Pripyat, ville abandonnée, il ne mesurait que 0,4 à 0,6 microsieverts ! Il filme les hôtels fermés de la région : le tourisme a chuté à zéro dans le nord du pays. Il filme une dame de 77 ans qui doute de pouvoir retourner chez elle… dans une trentaine d'années. Il film les enfants qui entrent dans une école, leur dosimètre en pendentif. Des magasins de "luxe" ont vu le jour : ils vendent des produits alimentaires importés garantis sans radioactivité. Il fait des entretiens avec des familles éclatées : le mari qui reste pour ne pas perdre son travail alors que femme et enfants ont déménagé. après la projection de son film sur Tchernobyl, un jeune japonais de 26 ans fait ce commentaire : "si les Ukrainiens n'ont toujours pas réussi à régler le problème avec un seul réacteur, que pouvons-nous faire pour nous en sortir avec quatre réacteurs ?".
  • Les vents du nord rabattent un fort nuage radioactif sur Tokyo. Les habitants de la capitale se plaignent en nombre de picotements des yeux et de démangeaisons inhabituelles.
  • Los Angeles (aux Etats-Unis) annonce avoir eu des pluies radioactives.

 

7 novembre

  • Pour pouvoir intervenir dans des zones inaccessibles pour le moment du fait des taux de radioactivité, une firme a mis au point une tenue de protection en tungstène qui pèse… 60 kg. Pour que le travailleur puisse la porter et bouger, cette tenue est équipée d'un robot qui aide au mouvement (un exosquelette). Les Japonais champions de haute technologie !
  • TEPCO annonce avoir trouvé des zones chaudes dans le réacteur n°3 où l'on atteint 620 millisieverts par heure. Un ouvrier y dépasserait sa dose annuelle d'exposition en moins d'une heure.
  • Après 11 milliards d'euros de perte pour l'exercice 2010-2011, TEPCO annonce qu'il prévoit un nouveau déficit de 5,7 milliards pour le premier semestre 2011-2012.
  • Selon les syndicats, les effectifs d'Areva sont en chute libre : ils seraient passés de 79 000 en 2009 à 41 000 aujourd'hui… et Areva annonce de l'ordre de 3000 licenciements d'ici la fin de l'année.

 

8 novembre

  • "Fukushima n'est pas un accident nucléaire, c'est un tsunami gigantesque". Quel est le négationniste qui ose dire pareille ineptie ? Nicolas Sarkozy cité dans Libération.
  • Le PS propose à EELV un "moratoire sur l'EPR, le temps de faire un audit indépendant". Comme le moratoire de 1981 ? Après 3 mois de suspension des chantiers (une dizaine de réacteurs en construction à l'époque), le programme nucléaire a pu se poursuivre comme si de rien n'était.

 

9 novembre

  • Après la baisse de la demande en uranium, Areva annonce son retrait du projet d'exploitation de mines en République centrafricaine.
  • Eva Joly adresse une lettre ouverte aux syndicats de l'énergie. Elle y dénonce les amalgames d'Henri Proglio concernant les emplois en cas de sortie du nucléaire. Elle reconnaît que cela entraînera la baisse du nombre d'emplois dans le nucléaire (sur une longue durée), mais que cela permettra la création de bien plus d'emplois dans les autres secteurs de l'énergie, comme c'est déjà le cas en Allemagne.

 

10 novembre

  • Les cinq évêques catholiques du Japon demandent la fermeture de toutes les centrales nucléaires du pays.

 

11 novembre

  • Incendie dans un laboratoire de recherche nucléaire à Idaho Falls (Idaho, Etats-Unis). Le laboratoire est dans un désert. Six personnes sont contaminées au plutonium, onze autres ont été contaminées moins grièvement.
  • L'AIEA, Agence internationale de l'énergie atomique, alerte sur la présence d'iode radioactif dans l'air en République Tchèque, sans pouvoir en indiquer l'origine. Les autorités allemande, hongroise, suédoise, slovaque, autrichienne annoncent chacune à leur tour au cours de la journée avoir aussi détecté le nuage radioactif. Pologne, Russie, France, Ukraine, Finlande disent ne rien avoir détecté.

 

12 novembre

  • TEPCO organise un voyage de presse dans la zone interdite. Les journalistes, vêtus de tenues de protection se sont déplacés en car, n'ont pas pu en sortir, et n'ont pas pénétré sur le site même de la centrale. Seule information précise : il y a 3300 salariés qui se relaient sur le site pour essayer d'empêcher les réactions en chaîne de se poursuivre.
  • Après Henri Proglio, PDG d'EDF, c'est Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP qui demande aux socialistes de ne pas signer un accord de sortie du nucléaire avec les écologistes. Cela sent la panique !
  • L'AIEA indique que le nuage radioactif détecté au-dessus de l'Europe contient aussi du césium 134 et du césium 137. Deux centrales sont suspectées pour ses relâchements : soit la centrale nucléaire de Krsko (Slovénie) ou de Paks (Hongrie).
  • 15 000 personnes manifestent à Fukuoka, au sud-ouest du Japon pour demander la fermeture de tous les réacteurs nucléaires.

 

13 novembre

  • La Tribune révèle qu'en interne, EDF s'apprête à renoncer à l'EPR pour ses futurs projets de réacteur. Le quotidien rappelle que la conception de l'EPR a commencé au début des années 1990 et qu'il n'en fonctionne encore aucun. Encore un argument pour renoncer à poursuivre le chantier de Flamanville... où nous n'en sommes qu'à la moitié de la construction.
  • Nicolas Hulot sort de son silence pour réaffirmer que "la sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable".

 

14 novembre

  • Les Echos publie le résultat d'un vaste sondage. En France, seuls 15 % des sondés sont encore pour construire de nouveaux réacteurs, 58 % pour finir d'utiliser ceux qu'on a, 25 % pour fermer les centrales au plus vite. Au Japon, 6 % pour de nouveaux réacteurs, 57 % pour finir d'utiliser ceux qu'on a, 27 % pour fermer les centrales au plus vite… Les pays ayant déjà des réacteurs les plus favorables à la construction de nouveaux réacteurs sont la Chine (42 %), le Pakistan et les Etats-Unis (39 %), le Royaume-Uni (37 %), l'Inde (23 %). Les pays où les populations sont le plus pour une fermeture rapide du nucléaire sont l'Espagne (55 %), l'Allemagne (52 %), la Russie (43 %). Dans aucun de ces pays, la poursuite du nucléaire n'a donc la majorité. Il en est de même dans quatre pays voulant avoir des centrales nucléaires : Chili (3% d'accord) Indonésie (12%), Turquie (21 %), Egypte (31 %). Les journalistes notent une très forte évolution vers l'arrêt immédiat depuis l'accident de Fukushima. Bref, si la démocratie fonctionnait, nous serions tous en train de sortir du nucléaire.

 

15 novembre

  • L'IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français annonce que le nuage radioactif est maintenant au-dessus de la France, mais à des doses extrêmement faibles. Le Réseau Sortir du nucléaire annonce que le nuage a été signalé par la Pologne et l'Ukraine dès le 19 octobre. Il se pourrait donc qu'il provienne de plus à l'est que l'on pensait. La CRII-Rad confirme que pour le moment le niveau de radioactivité est extrêmement faible en France. La CRII-Rad s'inquiète par contre des populations se trouvant près de la source de ce nuage, source pour le moment non identifiée.
  • Un accord électoral est passé entre EELV et le PS. Dans le domaine nucléaire, cet accord prévoit la fermeture de 24 réacteurs nucléaires d'ici 2025 en commençant par Fessenheim tout de suite, l'arrêt du retraitement et de la filière MOX, combustible mixte uranium-plutonium. Aucun nouveau chantier de réacteur ne sera ouvert… mais le désaccord sur l'actuel construction de l'EPR à Flamanville persiste.
  • Nouvelle carte des retombées de césium 134 et 137 au Japon. Il y en a maintenant presque partout sauf dans l'île la plus au sud. Les pluies sont passées par là… Les zones montagneuses sont les plus contaminées… et avec le ruissellement des eaux, cela va maintenant descendre dans les plaines et donc les zones agricoles.


16 novembre

  • Les pressions d'EDF et Areva sur le PS déclenche une tempête médiatique obligeant le PS à faire marche arrière. Cohn Bendit dénonce "un PS au garde-à-vous devant Areva". Eva Joly annonce son retrait provisoire vis-à-vis de cet accord. Noël Mamère se dit "troublé et choqué que le PS soit aussi soumis et servile face au lobby nucléaire. C’est la République à l’envers".
  • EDF annonce supprimer ses publicités dans le quotidien La Tribune après que celui-ci ait donné la parole à des ingénieurs d'EDF qui annoncent la fin de l'EPR. Les pressions continuent… Noël Mamère, député EELV, évoque les pires périodes de l'Union soviétique.

 

17 novembre

  • L'Institut hongrois de recherche sur les isotopes de Budapest (Hongrie) annonce avoir mesuré un taux d'iode radioactif important, mais estime que cela ne peut pas venir seulement de ses installations (il fabrique des isotopes à usages médicaux). Ce laboratoire avait interrompu ses activités en juillet et août 2011 pour restaurer son système de filtration après une augmentation des émissions constatée au premier semestre 2011. Si c'est cet Institut qui est à l'origine du nuage radioactif détecté pratiquement sur tout l'Europe, on peut être inquiet pour les habitants de Budapest qui ont sûrement respiré des doses de radioactivité importantes.
  • L'IRSN rend un rapport de 500 pages sur les conditions de sûreté du nucléaire français. Les conclusions sont plutôt contradictoires : l'Institut estime que les installations nucléaires françaises sont sûres… mais ne résisterait pas à des conditions extrêmes comme celles de Fukushima. L'IRSN demande la mise en place de certains aménagements sans attendre les révisions décennales. Le rapport souligne que sur certains points les réacteurs français ne sont pas aux normes actuelles…! (défauts génériques dénoncés depuis des années par les opposants). Bref, tout n'est pas parfait, ça peut donner un accident grave, mais surtout on n'imposera pas à EDF d'arrêter les réacteurs défectueux.
  • Après avoir tenté de trier la production, le gouvernement japonais y renonce et annonce que le riz de la région de Fukushima est désormais interdit à la vente. Cette région était une des plus grosses productrices de riz.

 

18 novembre

  • Un habitant de la région de Fukushima a envoyé un paquet au ministère de l'environnement japonais avec de la terre de son jardin pour lui demander de mesurer le taux de contamination. Le ministère lui a répondu… et des employés ont ensuite jeté la terre dans une décharge. Cela a provoqué un scandale, cette terre devant être considérée comme un déchet radioactif et elle a été récupérée pour être stockée… Où ? On ne sait pas ! Pour décontaminer la région de Fukushima, c'est donc simple : il suffit de faire des paquets et de les envoyer au gouvernement !
  • Une semaine après l'accord EELV/PS, le titre d'EDF a perdu 12 % en bourse.

 

19 novembre

  • Le conseil fédéral d'EELV valide l'accord EELV/PS par 96 voix pour (74 %), 31 contre, 3 abstentions. Eva Joly précise qu'elle ne sent pas engagée par cet accord qui concerne les législatives et qu'elle continuera à promouvoir la sortie du nucléaire.
  • Selon le Figaro, 160 000 personnes ont été évacuées autour de Fukushima et alors que Tepco aurait promis l'équivalent de 350 000 euros par personne, seul un millier d'entre elles ont pour le moment été indemnisées. Il y a 156 pages de questionnaire à remplir et 7600 personnes travaillent à cette tâche. Le gouvernement incite Tepco à payer, mais ignore par ailleurs ceux qui s'en vont volontairement… dont le nombre n'est pas connu, mais est de plusieurs centaines de milliers de personnes.

 

21 novembre

  • L'AFP annonce qu'Areva prévoit 2700 à 2900 suppressions d'emplois dont la moitié en Allemagne et 1000 en France (10 % des effectifs). La direction annoncerait aussi une baisse des investissements à venir de 40 % d'ici 2016 (7 milliards d'euros au lieu de 12). Areva dément ensuite.
  • Le quotidien japonais Asashi révèle que des expertises indépendantes commandées par des groupes de citoyens ont mis en évidence la contamination des sols de la capitale par du strontium (de 44 à 51 becquerels par kilo). Le strontium (période de 28 ans) se concentre dans les os et y provoque des cancers.

 

22 novembre

  • • Dans le Monde, Eva Joly traite les responsables du PS de "marionnettes de la filière nucléaire". "J'ai été outrée, scandalisée, de l'intervention d'Areva dans les discussions avec le PS. Faire connaître un point de vue est une chose. S'immiscer dans la vie démocratique pour réécrire un paragraphe d'un accord entre partis en est une autre. Au moins, agissent-ils désormais à visage découvert. Pour moi, il y a là une arrogance qui témoigne d'un certain sentiment d'impunité. Que les commentateurs n'aient pas davantage été choqués en dit long sur l'accoutumance à ces mœurs délétères".
  • Le Monde  raconte que pour rassurer la population, le présentateur de télévision Norikazu Otsuka mangeait tous les jours en direct des produits alimentaires provenant de la région de Fukushima. Pas de chance pour lui, il est mort ce jour d'une leucémie foudroyante !
  • Des associations de mères tokyoïtes recensent les problèmes de santé chez leurs enfants. Elles signalent une augmentation rapide des saignements de nez, des diarrhées et des problèmes de thyroïde. Les médecins confirment l'augmentation du nombre de consultations pour ces maladies. Plusieurs associations de femmes demandent au gouvernement d'organiser l'évacuation des deux millions de personnes les plus exposées au lieu de s'en servir comme cobaye pour étudier les conséquences des radiations.
  • Le quotidien japonais Asashi publie une nouvelle étude de la contamination des sols. 8 % (soit 30 000 km²) des terres du Japon présentent un taux de césium 134 et 137 supérieur à 10 000 becquerels par m². 18 préfectures (sur 47) sont concernées.
  • E.ON, un des principaux opérateurs du nucléaire en Allemagne, annonce 11 000 suppressions d'emplois soit 14 % de ses effectifs.
  • Le groupe des députés Verts européens dénonce le processus des stress tests des centrales nucléaires, estimant la méthode biaisée, incomplète, manquant de transparence et d'indépendance. Ils dénoncent notamment l'absence de scénarios nouveaux pour les enchaînements d'accidents. C'est un tel enchaînement imprévu qui est sans doute à l'origine de l'accident de Fukushima. Le terrorisme type 11 septembre n'est toujours pas pris en compte. Enfin, il n'est pas normal que ce soit les opérateurs qui fassent eux-mêmes les tests.

 

23 novembre

  • L'UMP annonce la distribution de plusieurs millions de tracts et de cinq millions d'affiches pour dénoncer l'accord EELV-PS qui va "détruire 400 000 emplois". Ceci est annoncé au moment où Sarkozy se rend en visite à la centrale du Tricastin. Il y dénonce les "gauchistes et les trotskistes" que sont devenus les écologistes. Décidément, le lobby français du nucléaire a très peur !
  • A Valognes, près de Cherbourg, dès l'aube, environ 400 militants s'affrontent avec les forces de gendarmerie pour essayer de bloquer le départ d'un convoi de déchets nucléaires allemands en partance de La Hague pour Gorleben. Sud-Rail a dénoncé la répression et demandé à la SNCF de mettre fin à ce genre de transports.
  • TEPCO s'inquiète en constatant une augmentation des émissions radioactives en provenance du réacteur n°3 (celui chargé en MOX et qui libère donc du plutonium).
  • Le gouvernement japonais annonce que cinq réacteurs nucléaires vont être arrêtés en décembre, officiellement pour maintenance. Les cinq derniers le seront d'ici juin 2012. En fonction de la loi votée sur proposition de Naoto Kan, aucun réacteur ne peut redémarrer actuellement sans avoir rempli les conditions fixées par les stress-tests… et sans l'accord des autorités locales. Les compagnies électriques japonaises anticipent déjà une sortie probable du nucléaire dans les six mois. Le gouvernement japonais annonce des aides pour la construction de centrales… au gaz.

 

24 novembre

  • L'architecte du réacteur n°3 de Fukushima s'inquiète de la montée de la radioactivité et craint que le cœur ne soit passé sous les installations en béton, début d'un enfoncement du corium (cœur fondu) qui pourrait donner lieu à une explosion massive au contact de la nappe phréatique. Selon lui, il y a 94 tonnes de combustibles fondus (par comparaison, Three Mile Island, c'était 20 tonnes et Tchernobyl 50 à 80 tonnes).
  • Des débats entre spécialistes sur les risques des coriums ne portent que sur des spéculations plus ou moins optimistes ou pessimistes. Dans un débat sur internet, l'un d'entre eux rappelle quand même qu'il y a eu au moins un corium qui s'est formé naturellement et dont on a retrouvé la trace au Gabon. D'après les études qui portent sur ce cas de "nucléaire naturel", le corium aurait alors fonctionné pendant… 100 000 ans. (Note du claviste : je ne sais pas si je vais pouvoir tenir cette chronique jusqu'au bout !). Un spécialiste russe explique aussi que l'explosion d'hydrogène qui peut se produire en cas de rencontre avec la nappe phréatique peut suffire pour condenser la matière fissile et provoquer une explosion comme une bombe atomique. A la lecture de ces débats, on se dit surtout que nos plus grands savants ne sont pas même foutu d'imaginer la suite… Quel suspens !

 

25 novembre

  • Lors d'une visite à la centrale nucléaire du Tricastin, Nicolas Sarkozy fait un violent discours contre les socialistes et les écologistes, les accusant de vouloir revenir au Moyen-Age, à la bougie, annonçant un risque massif de délocalisation si le prix de l'électricité augmente… François Hollande a dénoncé les mensonges d'un chef d'Etat qui présente la question énergétique de manière caricaturale selon un schéma ancien. Corinne Lepage dénonce le scandale lorsque Sarkozy fait un amalgame entre les attentats qui ont coûté la vie à Georges Besse, ancien PDG de la Cogéma, abattu par Action directe, avec les antinucléaires. Greenpeace a invité le chef de l'Etat à entrer dans le 21e siècle. L'Observatoire du nucléaire a rappelé que 170 pays se passent du nucléaire et que les voisins de la France y renoncent les uns après les autres (Espagne, Italie, Suisse, Allemagne, Belgique…). Greenpeace appelle l'UMP à prendre conscience de l'immense gisement d'emplois que constituerait le développement des énergies renouvelables.
  • Selon Politis, on trouve dans le staff de Sarkozy qui lui prépare ses discours, Patrick Buisson, ancien directeur de Minute, actuellement journaliste à Valeurs actuelles.
  • Selon un sondage, 61 % des Belges sont pour le maintien d'une sortie du nucléaire avant 2015… et 21 % sont contre.

 

26 novembre

  • Discrètement, les évacuations de population se poursuivent. Pour le week-end du 26 au 27 novembre, le gouvernement a pris en charge le déménagement de 282 familles supplémentaires. Officiellement, on approche les 200 000 personnes évacuées auxquelles s'ajoutent de centaines de milliers de départs volontaires. Il est probable que plus d'un million de personnes ait déjà quitté les lieux.
  • Anne Lauvergeon, ex-présidente d'Areva raconte que quand elle a vu les journaux titrant sur le nucléaire qui emploierait un million de personnes, elle avait pensé que "Proglio a fumé de la moquette". Elle rappelle que c'est autour de 100 000 emplois directs et autour de 400 000 en comptant les emplois indirects.
  • Vrai-faux licenciements à Areva ? On apprend que la direction d'Areva veut licencier… mais que le gouvernement lui a interdit de le faire avant les élections présidentielles.

 

27 novembre

  • De passage en Haute-Savoie, Benoît Hamon, porte-parole du PS, annonce dans une réunion publique sur l'énergie : "Il faut sortir de la dépendance du nucléaire et du pétrole". Il dénonce un président porte-parole des lobbies privés.

 

28 novembre

  • En 2010, un convoi de déchets nucléaires allemand avait mis 92 heures pour aller de La Hague à Gorleben. En 2011, la multiplication des manifestations ont permis de le ralentir encore plus. Plusieurs centaines de personnes ont réussi à retarder son départ de la gare de Valognes (Manche), mais c'est surtout en Allemagne, que les blocages se sont multipliés, le record revenant à des agriculteurs qui ont creusé un trou dans la voie ferrée avant de s'y enterrer sous un dôme de béton : il a fallu 14 h pour libérer la voie ! Plus de 25 000 personnes et 500 tracteurs ont bloqué les 20 km parcouru sur la route. Plus de 1300 personnes ont été interpellées le long des rails, plus de 1800 sur la route. Il a fallu déployer 19000 policiers pour arriver à faire passer le convoi. Lequel aura mis 126 heures pour parcourir 1200 km. Les syndicats de policiers allemands estiment le coût de l'opération à 35 millions d'euros. Il y a eu 320 blessés dont 4 graves (fractures et morsures de chien).
  • François Hollande annonce dans une tribune publiée dans Le Monde (daté du 29) qu'il n'appliquera pas l'accord EELV-PS en particulier en ce qui concerne la sortie du nucléaire et le renoncement au droit de veto à l'ONU. Il s'engage sur un débat sur la question énergétique, la fermeture de Fessenheim (et elle seule), la poursuite de l'EPR (même s'il continue à accumuler les ennuis !) et à ne pas lancer de nouveaux réacteurs.
  • Le directeur de la centrale de Fukushima est hospitalisé et remplacé. Cela va être le début d'une longue agonie pour ceux qui sont sur place depuis le début de l'accident.
  • Depuis quinze jours, une trentaine de "liquidateurs" survivants de Tchernobyl, faisait une grève de la faim devant le parlement ukrainien pour demander le maintien des leurs aides sociales. L'évacuation musclée par la police ce jour a provoqué le décès d'un des grévistes.
  • Un sondage réalisé en France par l'Ademe montre que pour les Français, le risque nucléaire arrive en tête (21 %) au même niveau que le risque de pénurie d'eau potable (21 %), devant le réchauffement climatique (15%) au même niveau de la pollution de l'air (15%).

 

29 novembre

  • Le gouvernement japonais étend la zone d'interdiction de commercialisation du riz. Environ 450 fermes rizicoles sont déjà concernées et 2381 autres sont dans l'attente de contrôles de radioactivité. C'est actuellement 8 % de la surface agricole du Japon qui n'a déjà plus le droit de commercialiser ses produits. Cette mesure intervient après avoir intercepté du riz dont le taux de radioactivité dépasse 2000 becquerels par kilo (limite autorisée : 500).

 

30 novembre

  • Le Monde révèle qu'un autre journaliste de 24 ans de la télévision locale à Fukushima qui mangeait également des produits locaux est également mort d'une leucémie le 16 septembre 2011. Au moins quatre salariés sont déjà morts sur le site ainsi que deux journalistes.
  • La préfecture de Fukushima demande la fermeture définitive de Fukushima Daiichi (accidentée) mais aussi de Fukushima Daini, autre centrale plus près de Tokyo. Cette demande fait suite à un vaste débat engagé avec les élus locaux qu ont estimé plus important de se passer du nucléaire que de continuer à bénéficier des aides financières que cela leur procure.
  • Un 45e réacteur est arrêté au Japon. Il n'en reste que 9 en fonctionnement.
 
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