Menu:

Chronologie d'une catastrophe

Mars 2014

 

1er mars

  • Japon : plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le palais de la justice de Tokyo où les juges devaient se prononcer sur les poursuites à engager concernant l'accident de Fukushima. Selon les statistiques officielles, 1656 personnes sont déjà mortes principalement lors de l'évacuation, mais aussi par suicide. Un avocat des victimes est intervenu pour rappeler qu'un rapport parlementaire avait conclu que ce désastre avait été "provoqué par l'homme", qu'il y a 20 km de zone interdite et que les plaignants demandent que leur soit rendues leurs terres et habitations dans l'état où elles étaient avant le 11 mars 2011. Les plaignants ont décidé de faire appel. Les juges ont estimé qu'il n'y avait pas de fautes ou de négligence. Tout serait la faute du séisme et du tsunami. Le mauvais état de la centrale (dont certains composants avaient plus de 40 ans) n'a pas été retenu, de même que la gestion frauduleuse par Tepco pourtant plusieurs fois condamné auparavant pour ses mensonges, ses omissions… pas plus que les autorisations de construire des réacteurs qui se sont avérés insuffisamment solides pour résister au séisme. Toujours le négationnisme.
  • Japon : environ 2000 personnes se sont rassemblées à Yaizu, une ville portuaire à 170 km au sud de Tokyo pour commémorer le 60e anniversaire de l'essai nucléaire américain sur l'île de Bikini, test dont la contamination avait provoqué la mort d'une quinzaine de pêcheurs japonais pris dans le nuage radioactif.
  • Japon : La voix de la Russie raconte qu'un scientifique russe, Alexeï Iablokov, conseiller auprès de l'Académie des sciences de Russie, s'est rendu à Köriyama, une ville de 300 000 habitants, dans la province de Fukushima, à 80 km à l'ouest de la centrale accidentée. Il a été étonné d'y mesurer un taux de radioactivité supérieur à ce que l'on mesure à la limite de la zone interdite de Tchernobyl. Il a indiqué ne pas comprendre pourquoi cette ville et sans doute d'autres ne sont pas évacuées.
  • Japon : il y a encore 267 000 réfugiés suite au tsunami, au séisme, et à l'évacuation liée au nucléaire dont 136 000 sont considérés comme ayant une "vie difficile".

 

2 mars

  • France : Le Journal du Dimanche publie un rapport d'EDF sur ses investissements futurs. Le prix de la rénovation des réacteurs actuels a encore augmenté pour atteindre maintenant 100 milliards (10 milliards pour la mise aux normes post-Fukushima, 55 milliards pour leur permettre de durer 10 ans de plus et 35 milliards d'entretien habituel, alors que le prix de construction des 58 réacteurs a été estimé à 96 milliards !) et il faudrait également 200 milliards pour construire des EPR en remplacement des réacteurs que l'on arrêterait entre maintenant et 2030. Rappelons que les scénarios alternatifs comme Négawatt coûtent moins cher que cela.
  • Japon : selon une enquête de l'agence de presse Kyodo, seules 37 autorités locales sur 156 (135 communes et 21 provinces) situées dans un rayon de 30 km autour d'une centrale nucléaire donneront leur feu vert en cas de demande de redémarrage des réacteurs, ceci même si l'autorité de sûreté, la NRA, donne son feu vert. 13 le feront sans condition, 24 demanderont des garanties. 66 autorités se disent incapables de prendre une décision et 32 opposées à un redémarrage.
  • Japon : une étude compare deux populations : des enfants évacués après le 11 mars (aussi bien pour cause de tsunami, de séisme ou d'accident nucléaire) et des enfants vivant dans une région loin des zones touchées par le séisme. Le premier groupe présente 33,8 % de troubles liés au stress post-traumatique contre 3,7 % pour la population témoin.

 

3 mars

  • Chine : selon les statistiques du gouvernement, la Chine a acheté 18 968 tonnes d'uranium enrichi en 2013… alors que ses besoins se situent entre 6500 et 7500 tonnes par an. Les analystes pensent que la Chine profite des énormes quantités de liquidités dont elle dispose pour faire des stocks, prévoyant que, dans le futur, le prix de l'uranium sera plus élevé. La Chine aurait déjà stocké de l'ordre de 60 000 tonnes.
  • Japon : Le quotidien Asahi a interrogé 42 maires de la région de Fukushima. 25 d'entre eux pensent que la reconstruction va prendre du retard du fait des importants besoins en main-d'œuvre pour la construction des installations pour les Jeux olympiques de 2020. Ceux-ci sont estimés à 143 milliards d'euros et certains commencent déjà. Depuis l'attribution des JO à Tokyo, le prix du béton a augmenté de 45 %, ce qui pénalise d'autant la reconstruction dans la région de Fukushima.
 
 

5 mars

  • France-Japon : le gouvernement japonais se déclare en faveur d'un partenariat scientifique avec la France pour transformer le surgénérateur de Monju en réacteur expérimental. Rappelons qu'en France, les pro-Superphénix avaient demandé que le surgénérateur français soit transformé en réacteur expérimental et que cela a été refusé notamment à cause du coût. 
  • Japon : un groupe d'habitants d'Iitaté lance le projet d'une immense centrale solaire pour assurer l'autonomie électrique de la commune, à intégrer dans un projet de reconstruction de la commune. Cette commune, bien qu'à 45 km de la centrale de Fukushima, a été évacuée car elle est en plein sur le trajet principal du nuage radioactif. 

 

6 mars

  • France : 29 militants de Greenpeace qui avaient pénétré sur le site nucléaire du Tricastin en juillet 2013 pour montrer les défauts de sécurité du site, ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis pour "violation de domicile" et "dégradations en réunion". 
  • Japon : incendie dans le réacteur n°3 de la centrale de Takahama. C'est un transformateur qui a pris feu. Cela n'a pas de conséquences graves. Mais cela rappelle que même si tous les réacteurs nucléaires sont à l'arrêt au Japon, un accident est toujours possible, car le combustible nucléaire est toujours en place… Le risque étant que la maintenance ne soit pas faite correctement, notamment parce que les ingénieurs sont plus occupés à batailler avec l'administration pour essayer d'arracher une autorisation de démarrage qu'à surveiller les réacteurs.
  • Japon : les cendres et filtres des incinérateurs sont considérés comme des déchets radioactifs quand cela dépasse 8000 Bq/kg. C'est un bon indicateur pour détecter les régions qui ont été touchées par le nuage radioactif. Or à ce jour, le gouvernement publie une liste de déchets radioactifs pour lesquels il n'y a pas de lieu de stockage. On en est à 140 843 tonnes. Parmi ceux-ci, il y a déjà 982 tonnes de déchets provenant d'incinérateurs de la capitale… qui bien sûr, officiellement, n'a pas été contaminée ! 
  • Japon : nouveaux records de radioactivité dans deux puits sur le site de la centrale. Un en aval des réacteurs, l'autre en amont des réacteurs et en aval des cuves de stockage. 

 

7 mars

  • Japon : selon une enquête faite par la chaine NHK auprès de 307 personnes qui sont parties de leur gré en dehors de la zone d'évacuation : 74 % indiquent qu'elles n'envisagent pas de revenir à cause de la radioactivité, 37 % indiquent que leur vie de couple s'est détériorée, souvent parce que l'homme n'acceptait pas d'abandonner son travail, 27 % ont divorcé ou sont en train de le faire, 65 % indiquent que leur situation financière s'est dégradée.
  • Belgique : un rapport de Greenpeace rappelle qu'en cas d'accident grave dans le pays, le niveau d'engagement des assurances ne permettrait de couvrir qu'entre 1 ‰ et 1 % des coûts. Le coût maximum envisagé est en effet de 187 milliards alors que la couverture d'assurance est limitée à 1,2 milliard en Belgique. Le reste serait à payer par l'Etat. Un risque qui augmente avec la décision de poursuivre l'exploitation des réacteurs actuels.
  • Japon : le gouvernement a décidé de maintenir ouvertes les écoles dans les communes où le retour est possible. Cela frôle parfois le ridicule : pour la rentrée 2014 (qui se fait en avril au Japon), à Iwaki, on est passé de 551 enfants inscrits avant l'accident à 4 aujourd'hui (0,7 %). A Namié, il ne reste que 58 enfants (soit 3 % de ce qu'il y avait avant l'accident). A Miharu, il n'y aucun inscrit en cours préparatoire. Dans les zones non évacuées, le nombre d'inscrits dans les écoles maternelles est en baisse du fait de la forte chute de la natalité dans la région. 

 

8 mars

  • Japon : le gouvernement affiche l'objectif de devenir leader mondial du démantèlement nucléaire. C'est l'objectif annoncé avec le projet de scinder TEPCO en deux : une entreprise qui s'occupe de la distribution de l'électricité et l'autre de gérer le "démantèlement", ce qui est nettement moins dangereux qu' "essayer d'arrêter la catastrophe en cours". TEPCO est en train d'acquérir un immense savoir : par exemple que les robots ne fonctionnent pas tous seuls et qu'il faut pouvoir aller les chercher quand ils tombent en panne ou se coincent dans les débris. TEPCO a aussi appris que les cuves peuvent déborder et fuir et qu'il vaut mieux acheter des cuves résistantes que des cuves à bas prix. 
  • Japon : des associations dénoncent le fait que la NRA, autorité de sûreté, passe plus d'énergie à gérer les demandes de redémarrage des réacteurs qu'à contrôler ce qui se passe sur le site de la centrale accidentée. Elles demandent que la priorité soit l'arrêt des émissions radioactives qui se poursuivent depuis maintenant 3 ans.

 

9 mars

  • France-Allemagne : entre 5000 et 9000 personnes bloquent 7 ponts sur le Rhin pour demander la fermeture de la centrale de Fessenheim et l'accélération de la sortie du nucléaire en France, en Suisse et en Allemagne. Une cinquantaine d'autres manifestations se tiennent un peu partout pour marquer le 3e anniversaire du début de l'accident de Fukushima.
  • Japon : plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent une nouvelle fois dans les rues de Tokyo pour demander l'abandon du nucléaire.

 

11 mars

  • France : à l'occasion du 3e anniversaire, tous les médias y vont de leur reportage sur Fukushima. Beaucoup trop se contentent des données officielles de l'AFP et de TEPCO, avec pas mal d'erreurs. Ce n'est pas le cas du Monde qui publie "Dans les villes mortes de Fukushima" ou Libération qui ose "Fukushima : qu'elle est sievert ma vallée". 
  • Japon : l'agence Reuters diffuse un reportage sur les enfants de la région qui, depuis trois ans, ne savent plus ce qu'est une cour de récréation. A Koriyama, à 50 km de réacteurs, les enfants de moins de trois ans ne doivent pas être dehors plus de 15 minutes par jour, ceux de 3 à 5 ans, pas plus de 30 minutes. Les compteurs notent des variations importantes de la radioactivité selon les heures sans explications des autorités. Les autorités refusent d'évacuer les gens en prétextant qu'il est possible, en faisant attention, de rester en-dessous des limites fixées pour la radioactivité. 
  • France : Laura Slimani, présidente des Jeunes socialistes et candidate PS aux élections municipales de Rouen, publie une tribune rappelant la demande de leur mouvement d'engager la sortie du nucléaire. Dénonçant les reculs perceptibles dans le projet de loi sur la transition énergétique, elle conclut : "Le nucléaire n'est pas une filière d'avenir. N'attendons pas un Fukushima français pour s'en rendre compte".
  • Japon : dans un entretien accordé à La Croix, le prix Nobel de littérature Ôé Kenzaburô explique l'élection de candidats conservateurs pro-nucléaires par le fait que ce sont les vieux qui votent ainsi par tradition… alors que beaucoup de jeunes plus engagés ne votent plus.
  • Japon-Etats-Unis : Gregory Jaczkso, ancien président de l’Autorité de Sûreté nucléaire des États-Unis, estime que l’impact de cette tragédie sur l’économie japonaise atteindra 500 milliards de dollars. Pour Tchernobyl, on a dépassé les 1000 milliards.
  • Japon : 4000 personnes principalement du Japon, mais aussi de 32 autres pays, portent plainte contre les trois principales entreprises ayant construit les réacteurs de Fukushima : General Electric, Toshiba et Hitachi.
  • Japon : la télévision publique NHK a présenté les dépenses déjà faites pour la catastrophe de Fukushima. Elle arrive à 80 milliards d'euros, mais ne prend pas en compte les dépenses de l'Etat, ni celles que les particuliers ont dû faire pour se reloger, retrouver du travail...
  • France : selon un rapport de l'Inspection générale de la sûreté nucléaire, 3 ouvriers sont morts dans des opérations de maintenance en 2013 : deux à la centrale de Cattenom et un à la centrale de Chinon.
 

12 mars

  • Canada-Etats-Unis : les analyses d'eau montrent que l'eau radioactive provenant de Fukushima a atteint les côtes d'Amérique du Nord depuis février 2014. C'est pour le moment à des niveaux de radioactivité extrêmement faibles. Ces niveaux devraient augmenter légèrement dans les mois qui viennent selon les projections faites par différents océanologues des Etats-Unis. Cette radioactivité devrait être mesurable (césium 134 et 137) ensuite pendant plusieurs années, d'autant plus que les rejets en mer se poursuivent au Japon. Le vrai risque pour ces scientifiques serait que des déchets solides flottants provenant de l'explosion des réacteurs viennent se déposer sur les côtes. Ce qui a une forte chance de se produire. Les autorités des Etats-Unis ont lancé une alerte pour que les promeneurs ne touchent pas les déchets qu'ils peuvent trouver sur les plages.
  • Japon : alors que 48 réacteurs à l'arrêt sont théoriquement susceptibles de redémarrer un jour, l'autorité de sûreté nucléaire indique n'avoir reçu les dossiers de demande de redémarrage que pour 17 réacteurs. Nombreux sont en effet les réacteurs qui ne redémarreront jamais car soit situés sur une faille, soit nécessitant des travaux de mise aux nouvelles normes trop coûteux, soit parce que les plans d'évacuation portés de 10 à 30 km concernent une population trop importante. Sur les 17 réacteurs, le gouvernement en a mis deux en avant (centrale de Sendaï, Kagoshima) qui pourraient être autorisés rapidement à redémarrer. Le quotidien Asahi a interrogé les différents exploitants à ce propos. Il semble acquis que, pour 30 réacteurs, aucun dossier de demande de redémarrage ne soit en cours.
  • Japon : depuis l'extension de 10 à 30 km de la zone potentielle d'évacuation, des plans doivent être mis au point. Selon un pointage d'Asahi auprès des hôpitaux et des maisons de retraite, seuls 7 % ont un plan d'évacuation au point, 40 % reconnaissent ne pas en avoir et les autres cherchent à en mettre un au point. Sans ces plans, aucun réacteur ne peut être autorisé à redémarrer... sauf si le gouvernement met en place des dérogations.
  • Japon : dans le Japan Times, Gregory Jaczko, ancien président de l'autorité de sûreté nucléaire des Etats-Unis, la NRC, en visite au Japon, rappelle que même avec les nouvelles normes de sûreté, un accident restera possible. Il a aussi dénoncé le lenteur de TEPCO a donner les bonnes informations. Il cite par exemple la situation de la piscine du réacteur n°4 dont il n'arrivait pas à savoir si elle perdait son liquide ou pas, lorsqu'il a dû s'exprimer devant le Congrès, le 16 mars 2011. Il conclut l'entretien en disant qu'aucun réacteur dans le monde ne peut être amélioré pour aller vers un état sans accident, qu'il faudrait les remplacer par de nouveaux réacteurs où l'accident ne soit pas possible et que si cela n'est pas faisable, alors il faut se passer de cette énergie.

 

13 mars

  • Japon : fort séisme dans le sud du pays (magnitude 6,3). Il y a une vingtaine de blessés. Deux centrales nucléaires sont proches de l'épicentre. Comme toutes les autres, elles sont à l'arrêt.
  • Belgique : suite à une question d'un député écologiste, les élus apprennent presque par hasard que le gouvernement vient de signer des autorisations pour poursuivre le fonctionnement de Tihange 1 jusqu'en 2025.
  • Japon : alors que le nombre de suicides est en baisse pour la 4e année consécutive, il est en hausse dans la province de Fukushima où il est passé de 10 en 2012 à 23 en 2013. Sur ces derniers, dans 16 cas, il y avait une lettre précisant que le suicide avait pour cause l'accident de Fukushima.
  • Japon : pour la rentrée scolaire, le nombre d'inscrits dans la province de Fukushima est en baisse de 80 % depuis 2011. 38 établissements ont été reconstruits en dehors des zones évacuées, 7 ont été fermés.

 

14 mars

  • Japon : le province de Kagoshima où se trouve la centrale de Sendaï (deux réacteurs) a budgétisé une somme de 86 000 € pour communiquer en faveur du redémarrage de la centrale.
  • Japon : une centaine de travailleurs du site de Fukushima manifestent à Tokyo devant le siège de TEPCO. Employés d'une usine sous-traitante, ils protestent contre le fait qu'on les a fait travailler pour un salaire de misère dans des zones très exposées aux radiations. C'est une première ! Le gouvernement craint que cela entraîne encore plus de difficultés pour trouver de la main d'œuvre, car du fait des doses reçues, il faut sans cesse renouveler les intervenants.

 

15 mars

  • Japon : plus de 5000 personnes manifestent à Tokyo pour demander l'abandon de l'énergie nucléaire, avec en tête le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oé. Au moins 6000 personnes ont également manifesté devant la centrale de Sendaï pour demander qu'elle ne soit pas redémarrée. Des manifestations se sont également tenues devant presque tous les autres réacteurs.
  • Japon : le gouverneur de la province de Niigata où se trouve la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, estime que les plans d'évacuation fournis par certaines communes ne sont pas réalistes. Il s'interroge sur les doses que recevraient les chauffeurs de bus et les secouristes et demande que la législation leur prévoie un statut spécial... car s'ils sont considérés comme le grand public, ils ne pourront pas évacuer les gens du fait des limites de doses et s'ils sont considérés comme du personnel nucléaire (doses 20 fois plus élevées), il n'est pas sûr d'avoir le nombre de volontaires nécessaires.
  • France : une cinquantaine de petites manifestations se tiennent en différentes villes de France pour marquer le 3e anniversaire du début de l'accident de Fukushima.
  • Etats-Unis : rapport d'enquête sur l'incendie qui s'est déclaré le 5 février dernier dans un centre d'enfouissement des déchets à 430 km au sud d'Albuquerque (Nouveau-Mexique). Six ouvriers sur les 86 présents ont été hospitalisés après avoir respiré des nuages toxiques. L'incendie qui s'est déclaré à la profondeur de 655 mètres a été arrêté, mais aucune équipe n'a encore pu se rendre sur place pour mesurer l'étendue des dégâts.

 

16 mars

  • Japon : Selon le Japan Times il y a, dans la province de Fukushima, 530 appareils de mesure de la radioactivité mis à la disposition du public pour vérifier la dose présente dans la nourriture. D'avril 2013 à janvier 2014, sur dix mois, il y a eu 126 626 mesures faites... à comparer à plus de 2 millions d'habitants x 300 jours x 3 repas. Autant dire que presque personne ne sait ce qu'il mange. Le gouverneur de la province annonce qu'il va augmenter le nombre de ces appareils de mesure...

 

17 mars

  • Japon : TEPCO annonce avoir retiré 506 assemblages sur 1533 de la piscine de combustible du réacteur n°4.
  • Japon : il est impossible de "filtrer" le tritium dans l'eau contaminée et les quantités de tritium stockées dans les cuves représentent déjà 40 ans d'autorisation de rejets en mer. Le gouvernement a nommé un groupe de travail sur la question. Différentes pistes sont envisagées : passer outre la norme et rejeter l'eau en mer (solution la moins coûteuse et donc la plus probable, même si elle sera combattue par les pêcheurs), injecter l'eau dans le sous-sol (aléatoire), la vaporiser dans l'air (solution la plus folle car l'eau contient beaucoup d'autres nucléides radioactifs), la fixer dans un élément solide (sûr, mais très coûteux), la maintenir en cuve comme maintenant (la solution assez sûre, mais la plus longue dans le temps : il faudrait stocker l'eau plus d'un siècle).
  • Japon : la commune de Yamakita est découpée en deux zones : une à plus de 50 mSv/an est classée en "retour difficile", l'autre entre 20 et 50 mSv/an en "retour à moyen terme". Des habitants ont attaqué en justice pour demander que la commune soit intégralement placée en zone de "retour difficile" et a obtenu gain de cause, ce qui oblige TEPCO à racheter l'ensemble du foncier au prix d'avant l'accident.
  • Japon : officiellement, les 9 communes situées dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Sendaï annoncent avoir bouclé leurs plans d'évacuation. Cela concerne 220 000 personnes. Reste à évaluer la valeur de ces plans, notamment sur la question des personnes vulnérables, des embouteillages, des équipes de secours...
  • Japon : le gouvernement annonce la mise en place d'une prime de 3200 euros pour inciter les aide-soignants à accepter de venir travailler dans la province de Fukushima. Il n'y a actuellement qu'un demandeur d'emploi pour 3,74 postes offerts.
  • Japon : selon une enquête du New York Times, de nombreux ingénieurs de TEPCO sont partis travailler sur le redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. D'autres sont pris par le lobbying auprès du gouvernement et de la NRA pour faire avancer le dossier de cette centrale. Résultat : il y a un manque d'encadrement sur le site de Fukushima, avec des ouvriers de plus en plus mal formés, ce qui explique la multiplication des problèmes. Une des raisons évoquées par TEPCO pour justifier le départ des ingénieurs est qu'ils ont atteint leur limite de dose. TEPCO n'avait évidemment pas prévu un nombre d'ingénieurs en fonction de ce que demande la gestion d'un accident de cette envergure.

 

18 mars

  • France : pas moins de 56 militants de Greenpeace pénètrent sur le site de la centrale de Fessenheim à 5h30. Certains arrivent à monter sur le toit du réacteur n°1 et à y déployer une banderole géante demandant l'arrêt des réacteurs. Ils sont tous arrêtés à 14h30... donc neuf heures après ! Le gouvernement annonce un projet de loi... pour renforcer les sanctions contre Greenpeace. Voilà qui sera sans doute efficace le jour où se seront des terroristes et non pas des militants non-violents.
  • Japon : le dispositif ALPS qui permet de piéger dans des résines certains radionucléides présents dans l'eau, est totalement en panne. Un seul circuit sur trois fonctionnait à l'essai depuis des mois. Il s'avère aujourd'hui qu'il filtre de moins en moins bien. Le directeur de TEPCO a reconnu devant la presse se sentir "un peu démuni" devant l'accumulation des problèmes rencontrés. On en est à 435 000 m3 d'eau stockés sur le site.
  • Japon : une enquête du bureau du travail à Fukushima a porté sur 660 entreprises sous-traitantes de TEPCO. Pour 446 d'entre elles, il a été constaté des violations du droit du travail concernant les contrats de travail et les rémunérations. Pour 363 d'entre elles, le non respect des règles de protection des travailleurs, manque de masque, de vêtements adéquats, de dosimètres, pas de suivi médical...
  • Japon : sondage réalisé pour le quotidien Asahi à l'occasion des 6 mois sans aucun réacteur en route : 59 % des Japonais sont contre le redémarrage actuel des réacteurs, 28 % sont pour. 77 % sont pour que le gouvernement adopte un plan de sortie du nucléaire, 14 % sont contre. 95 % considèrent que l'absence de solution pour les déchets est problématique.
  • Japon : les sacs de stockage des déchets issus de la décontamination des sols ne sont garantis que trois ans. Des associations s'inquiètent de ce que vont devenir ces sacs dont certains approchent la limite de garantie.

 

19 mars

  • Japon : reportage du quotidien Maïnichi sur les réunions publiques qui se tiennent avec les habitants du district de Miyakoji, district où il sera possible de venir habiter à partir du 1er avril 2014. Le journaliste montre comment les autorités manipulent les données, comment la grande majorité des habitants ne sont pas contents des explications. Selon une enquête, 47 % souhaitent que cette décision d'autorisation de retour soit reportée d'au moins un an, 39 % sont pour revenir dès cette année, les autres ne savent pas. L'opposition au retour s'est exprimée autour du manque de décontamination à un niveau suffisant, sur l'absence de services disponibles sur place (manque de commerces, de médecins...), sur la fin de l'indemnisation... Rappelons que seules les maisons et les rues sont décontaminées pour descendre en-dessous de 20 mSv/an, mais pas la totalité des jardins et encore moins les forêts... et que la norme pour le public est normalement non pas de 20 mais de 1 mSv/an. Le journaliste annonce que le gouvernement a fixé un calendrier de retour, lequel est fixé en fonction de conditions financières et non pas de santé. Il s'agit aussi de faire croire que le retour se fait rapidement pour pouvoir annoncer la fin de l'accident nucléaire et ainsi justifier que l'on peut redémarrer les autres réacteurs.

 

20 mars

  • Niger : plusieurs milliers de jeunes manifestent dans la capitale (plus de 2000 selon la police), Niamey, dénonçant les accords opaques entre le gouvernement et Areva. D'autres manifestations se sont tenues dans plusieurs autres villes du pays. Ces manifestations organisées par l'Union des étudiants nigériens, dénoncent les versements d'Areva qui devraient enrichir le pays alors qu'il n'en est rien. Areva devait selon l'accord de 2006, verser une taxe qui passait de 5,5 à 12 % de son chiffre d'affaires, cette progression de la taxe n'ayant jamais été effective.
  • Monde : selon une étude de Global Electrification citée dans La Croix, la part du nucléaire dans l'électricité mondiale a atteint son maximum en 2001 avec 17 % de la production. En 2010, avant l'accident de Fukushima, ce n'était déjà plus que 13,5 %, aujourd'hui, c'est moins de 12 %.
  • Japon : le ministère de l'environnement donne suite aux demandes de nombreuses personnes évacuées qui demandent que soit poursuivie la décontamination pour faire encore baisser le seuil d'exposition dans les zones où le retour est envisagé. Il dit qu'il va examiner ces demandes au cas par cas.
  • Japon : l'eau passée dans la machine de "traitement" ALPS, 900 tonnes, a été stockée dans des cuves d'eau "peu contaminée". Or l'analyse de cette eau montre aujourd'hui que l'eau a très peu perdu de sa radioactivité... et a contaminé les 15 000 tonnes d'eau peu contaminée présente dans les mêmes cuves. 21 cuves classées peu contaminées deviennent ainsi fortement contaminées.
  • Japon : la NRA demande à TEPCO de faire revenir ses ingénieurs en priorité sur le site de Fukushima pour mieux maîtriser les opérations en cours et d'arrêter de travailler sur le redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. Comme TEPCO fait la sourde oreille, la NRA annonce qu'elle ne traitera pas le dossier de Kashiwazaki-Kariwa tant que les incidents se multiplieront à Fukushima.
  • Japon : les relevés dans les puits sur le site montrent une extension de la surface du sous-sol contaminé, les puits lointains affichant des taux records de pollution radioactive.

 

21 mars

  • France : dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique, le CSA réalise un sondage pour le compte des industriels de l'éolien. Le sondage indique que 87 % des sondés se sentent concernés par ce débat. S'ils devaient investir personnellement dans le secteur de l'énergie, seuls 23 % investiraient dans les énergies fossiles (nucléaire, gaz, charbon) contre 65 % qui investiraient dans les renouvelables (éolien, solaire). Sondage qui ne proposait malheureusement pas d'investir dans les économies d'énergie.
  • Etats-Unis : dans son éditorial, le New York Times dénonce les conditions de travail, les faibles revenus des travailleurs, le manque de qualification, l'amateurisme, les dysfonctionnements, les erreurs humaines. Il demande au gouvernement japonais de prendre ses responsabilités en contrôlant mieux ce qui se passe à Fukushima avant de se focaliser sur le redémarrage des autres réacteurs.

 

22 mars

  • Allemagne : environ 30 000 personnes ont manifesté à Berlin et dans les capitales régionales pour protester contre la baisse du soutien aux énergies renouvelables. Une nouvelle loi prévoit une baisse des aides pour l'éolien terrestre et la biomasse, sans remettre en cause pour autant les grands engagements : arrêt du dernier réacteur nucléaire en 2022, 80 % d'électricité renouvelable en 2050.

 

24 mars

  • Japon : TEPCO reçoit une nouvelle aide financière de 470 millions d'euros.
  • Japon : un groupe de résidents de la ville de Tomioka a fait réaliser par des professionnels un plan pour la reconstruction de cette commune de 14 000 habitants. La nouvelle ville se concentrerait autour de la gare, zone la moins contaminée, mais qui a été inondée lors du tsunami. Ce même groupe demande aux élus d'organiser des activités réalisables à distance pour recréer du lien social entre les habitants dispersés maintenant dans tout le Japon.
  • Japon : TEPCO essaie de redémarrer deux des unités de la station de traitement de l'eau ALPS. Cela fonctionne pendant 6 heures avant de retomber en panne.
  • Japon : pour construire la centrale de Fukushima, la falaise a été arasée, ce qui faisait que les réacteurs se trouvent sur le trajet des eaux souterraines. Avant l'accident, il fallait pomper 1000 m3 par jour en amont de la centrale pour éviter que l'eau ne coule au pied des réacteurs. Les cuves de stockage sont en haut des falaises. TEPCO vient d'annoncer la mise en place d'un nouveau plan de pompage en amont des cuves pour pouvoir rejeter l'eau qui arrive en mer avant qu'elle ne soit contaminée. Elle a présenté cela aux coopératives de pêche pour avoir leur accord.
  • Japon – Etats-Unis : un accord est rendu public qui prévoit que le Japon renverra aux Etats-Unis les stocks de plutonium et d'uranium enrichi fournis à l'époque de la guerre froide pour éventuellement pouvoir se doter de l'arme atomique. Le Japon a essayé de conserver ce stock en prétextant la possibilité de l'utiliser dans les surgénérateurs, mais cette filière est aujourd'hui à l'abandon.

 

25 mars

  • Belgique : arrêtés pendant l'été 2012, suite à la découverte de milliers de microfissures dans les cuves, les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 avaient été autorisés à redémarrer le 15 juin 2013. Ils viennent d'être arrêtés en urgence par suite d'une série de tests de résistance sur un échantillon de métal semblable à celui des cuves, tests qui se sont avérés peu rassurants.
  • Japon : le quotidien Maïnichi révèle que le gouvernement n'a pas rendu certaines mesures publiques dans des villages où la population peut revenir car les chiffres sont trop élevés et vont à l'encontre du discours sur la normalisation de la situation. Selon le reportage, des dosimètres ont été laissés plusieurs jours dans des écoles, des maisons, des rues, des jardins, dans la forêt, des villages de Kawauchi et Iitaté. Il s'agissait de calculer la dose reçue par des personnes qui reviendraient habiter là seulement 8 h par jour à l'extérieur et 16h par jour à l'intérieur. Alors que le gouvernement espérait pouvoir annoncer des doses de 1 à 2 mSv/an, le résultat donne entre 2 et 6,6 mSv/an.
  • Japon : le gouvernement avait ouvert, en mai 2013, 7 agences dans la région de Fukushima pour favoriser le retour dans les villages évacués. Le gouvernement annonce qu'après 10 mois, ces agences ont aidé au retour de... 18 personnes !
 

26 mars

  • Japon : Le conseil municipal de Hakodaté sur l’île de Hokkaïdô a voté à l'unanimité pour porter plainte contre la reprise de la construction de la centrale nucléaire d’Ôma située à 23 km. Les travaux arrêtés en 2011 ont repris en 2012. Le réacteur était déjà construit à 96 % et devrait être totalement construit d'ici l'automne 2014. Prévu pour fonctionner avec du Mox, il n'a évidemment pas pris en compte les nouvelles normes de sûreté, ce sur quoi va s'appuyer la commune pour essayer d'empêcher toute tentative de démarrage.
  • Japon : une alarme a signalé un problème sur le pont roulant servant à sortir les assemblages de la piscine du réacteur n°4. Cela a interrompu les opérations heureusement à un moment où aucun assemblage n'était en position suspendu. L'opération reprend le 31 mars après vérifications.
  • Japon : après contrôle des données de TEPCO, le ministère de la santé a relevé des erreurs et au moins 142 personnes ont reçu des doses en 2011 plus élevées qu'annoncées. Une a même atteint 180,10 mSv au lieu des 90,27 annoncés et surtout de la limite qui est à 100 pour 5 ans. Sur les 142 personnes, 24 sont employées de TEPCO, les 118 autres sont des sous-traitants de 18 compagnies différentes.
  • Japon : TEPCO annonce que les circuits d'eau de secours mises en place à Fukushima comportent environ 5000 vannes qui normalement doivent toutes avoir une étiquette précisant à quoi elles servent. Cela n'a pas été fait dans l'urgence des premiers mois et maintenant TEPCO met les étiquettes. Elles seront toutes en place d'ici fin juin 2014, ce qui devrait limiter les erreurs.
  • Japon : TEPCO annonce que les rejets en mer des eaux d'infiltration captées en amont du site devraient pouvoir commencer en mai.

 

27 mars

  • Japon : un ouvrier meurt sur le chantier de la centrale, enseveli sous de la terre alors que le creusement d'un réservoir était en cours pour l'entreposage de gravats radioactifs. Des ouvriers débraient et manifestent dénonçant l'absence de moyens de secours sur place pour venir en aide aux blessés. L'ouvrier inconscient a été évacué par une ambulance qui a dû faire 40 km pour rejoindre un hôpital hors de la zone interdite. Il y a eu trois heures entre le moment de l'accident et l'arrivée à l'hôpital.
  • Japon : la NRA débordée demande au gouvernement de sélectionner seulement 10 réacteurs sur les 17 dont le dossier de redémarrage a été déposé pour commencer par les prioritaires. La NRA estime qu'elle n'aura pas le temps d'en traiter plus d'ici l'été 2014.
  • Japon : les relevés de radioactivité dans les puits montrent que la pollution radioactive des eaux souterraines s'étend et augmente toujours.

 

28 mars

  • Japon : Tôhuku électrique est la compagnie qui alimente la province de Fukushima alors que la centrale de Fukushima de TEPCO alimente la province de Tokyo. La première a décidé d'attaquer la seconde en justice, listant tout un tas de préjudices financiers : maintien de ses réacteurs nucléaires à l'arrêt, impossibilité de poursuivre la construction d'un réacteur à Namié, qui se trouve en zone interdite, dégradation de son image… Jusqu'à maintenant, les compagnies électriques s'étaient serré les coudes.
  • Japon : TEPCO annonce vouloir construire de nouvelles centrales… thermiques. Principalement des centrales au charbon et au gaz, ceci pour une puissance de 6 000 MW. Selon Reuters, ce n'est pas la seule compagnie à annoncer des investissements dans le thermique : les demandes de permis dépassent actuellement 11 000 MW, preuve que l'on s'oriente sans le dire vers la fermeture d'un grand nombre de réacteurs nucléaires, peut-être tous.

 

30 mars

  • Etats-Unis : Arnie Gundersen, expert nucléaire, critique la décision d'inciter les familles à retourner dans les zones contaminées jusqu'à des doses de 20 mSv/an. Pour lui, cela signifie que "dans dix ans, une fillette sur dix sera cancéreuse".
  • Japon : En 2007, le maire de Toyo (Kôchi, sur l’île de Shikoku) s'était porté volontaire pour accueillir un centre de stockage de déchets radioactifs. Il voulait ainsi améliorer les finances de sa commune. La population ne l’a pas accepté et il a perdu son poste. En 2012, le nouveau maire a décidé de construire une centrale solaire de 45 000 m2 sur le terrain prévu à cet effet. Cette centrale vient d’être reliée au réseau.