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Chronologie d'une catastrophe

Janvier 2014


1er février

  • Japon : l'intégration du rayonnement X dans les mesures globales du site font qu'à la limite du site, on est maintenant à 8 mSv/an contre 1 mSv/an au début de l'accident. Cette augmentation de la radioactivité sur le site provient du stockage toujours plus important des eaux radioactives dans des cuves qui n'arrêtent pas la radioactivité, et dont les métaux favorisent ce rayonnement. La NRA a demandé à TEPCO de trouver une solution pour redescendre à 1 mSv/an car cela expose les travailleurs à des doses trop fortes, mais TEPCO n'a pas su quoi répondre. Depuis le début de l'accident, — sur les conseils d'Areva, rappelons-le — TEPCO annonce qu'elle va filtrer la radioactivité de l'eau, mais aucun procédé n'a fonctionné depuis maintenant presque 3 ans.
  • Japon : des fonctionnaires rendent publics des documents conservés au secret par les ministères : du strontium a été trouvé dans différentes analyses jusqu'à 150 km au sud de la central, et plus précisément dans les banlieues nord de Tokyo. Selon ces mesures, les taux sont imprévisibles : cela dépend des vents et des pluies, et parfois les chiffres sont plus élevés à 150 km qu'à 1 km du site.

 

2 février

  • Japon : le site Fukushima Diary annonce que l'Université de Yokohoma, qui gère les statistiques des malformations néonatales pour l'ensemble du pays, ne publie plus ces données depuis fin 2011. Là aussi, loi du secret.
  • Japon : au moment où TEPCO essaie de négocier avec les pêcheurs l'autorisation de rejeter en mer une partie de l'eau de refroidissement, une étude montre qu'en moyenne le site de Fukushima rejette en mer 15,5 fois plus de tritium que les limites autorisées, et ceci de manière continue depuis le début de l'accident. TEPCO promet que l'eau rejetée sera dans les normes, mais on ne voit pas bien comment cela serait possible… à moins de diluer cela fortement avec de l'eau pompée en mer !

 

3 février

  • Japon : Le conseil municipal de la commune évacuée d'Iitaté prévoit la reconstruction d'un centre ville dans une zone décontaminée, la mise en place d'une centrale solaire et un retour de la population en 2016. Optimiste.
  • Japon : TEPCO publie un récapitulatif des doses reçues par les 31 383 personnes qui ont travaillé sur le site en 2013 (4086 employés de TEPCO et 27 297 sous-traitants). Officiellement, depuis la date de l'accident, seules 6 personnes ont reçu une dose dépassant 250 mSv. Les associations font toutefois remarquer que la triche est fréquente au niveau du port des dosimètres, que certains ne savent pas les faire fonctionner, que la plupart des sous-traitant logent en zone non évacuée… mais que les dosimètres ne sont mis en marche que pendant leurs heures de travail (soit environ ¼ du temps passé en zone radioactive).
  • Japon : un suivi de radioactivité dans 16 écoles de la commune de Kamakura, à 50 km au sud de Tokyo, et donc à 200 km au sud de la centrale de Fukushima, montre que le taux de césium 137 présent dans le sol des cours de récréation a été en augmentation en 2013. Il y a par endroits jusqu'à 137 bq/kg, ce qui est supérieur à la limite fixée à 100 bq/kg. Cela augmente parce que les réacteurs continuent à cracher des gaz radioactifs qui retombent ensuite lorsqu'il pleut. Normalement, les enfants ne devraient plus jouer sur ces sols… et on peut supposer que les contaminations dans des cours d'école plus au nord, donc dans la capitale, sont encore plus fortes.

 

4 février

  • Japon : Le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales, annonce la création d'un groupe de travail qui doit mener une étude sur la santé des travailleurs qui sont intervenus à la centrale accidentée. Les résultats relèveront-ils de la loi du secret ?

 

5 février

  • France : selon France-inter, la future loi sur la transition énergétique ne porterait plus la part du nucléaire dans l'électricité de 75 % à 50 % d'ici 2025, mais d'ici 2028. Un nouveau recul qui n'engage pas grand-monde car d'ici là, bien des changements politiques peuvent avoir lieu.
  • Japon : TEPCO vient de publier un diagnostic sur les dégâts provoqués sur le réacteur n°3, d'où il ressort que sa résistance aux séismes a été réduite de moitié. La piscine de ce réacteur est inaccessible pour les humains et comprend du combustible MOX (mélange uranium-plutonium) beaucoup plus toxique que le combustible traditionnel.
  • Japon : TEPCO évoque la loi du secret pour ne pas communiquer les taux de radioactivité que prennent les ouvriers en train de sortir les assemblages de combustible de la piscine du réacteur n°4. Ce qui laisse supposer que cela doit être élevé.

 

6 février

  • France : alors que le gouvernement a beaucoup de difficultés à trouver de l'argent pour les énergies renouvelables, il annonce un fonds d'aide à l'industrie nucléaire d'un montant de 133 millions d'euros. Protestation d'EELV, pourtant toujours dans ce gouvernement.
  • France : le secrétariat général de la défense et de la sûreté nucléaire publie un document de 118 pages présentant 8 scénarios en cas d'accident grave en France, document qui envisage la possibilité qu' "Une zone de territoire peut se trouver polluée pour plusieurs décennies" et évidemment "Un accident nucléaire non maîtrisé peut avoir des conséquences, du fait des effets immédiats de l’accident (décès, atteintes traumatiques, irradiation), mais aussi du fait des effets à long terme qui peuvent conduire à augmenter le risque de survenue de pathologies radio-induites (certains cancers par exemple)". Bizarrement, l'information ne fait pas la une des médias.
  • Japon : le gouvernement annonce qu'il pourrait laisser reprendre la construction de réacteurs. Il y en avait 3 au moment de l'accident : un à Higashidôri (Aomori), qui appartient à TEPCO et qui devait initialement être construit pour 2017, un autre presque terminé à Shimané et un tout juste commencé à Ôma (Aomori). L'autorité de sûreté nucléaire, la NRA, n'a pas encore commencé à étudier le cas de ces trois chantiers, donc cette annonce n'a guère de sens.
  • Japon : la NRA s'inquiète des doses reçus par les travailleurs qui sont chargés d'évacuer le combustible de la piscine du réacteur n°4. Elle demande qu'ils portent des protection en plomb pour limiter les doses reçues. Aucun chiffe n'est donné, mais il semble que TEPCO ait sous-estimé le danger.
  • Japon : la NRA, à propos des zones évacuées, rappelle que la limite de dose normale pour la population est bien de 1 mSv par an et que la décision du gouvernement d'aller jusqu'à 20 mSv par an ne peut être que provisoire. Problèmes : dans les zones où sont dépensés des millions dans des essais de décontamination, la radioactivité ne baisse quasiment pas et, à part les plus âgés, presque personne n'accepte de revenir habiter là ; dans les zones non-évacuées où l'exposition est comprise entre 1 et 20 mSv/an, pour le moment rien n'a été fait. Le gouvernement refuse de se fixer un cadre contraignant. Ce qui laisse augurer du pire au niveau des conséquences futures sur la santé, et ceci pour plusieurs millions de personnes.
  • Japon : des fuites dans les médias japonais indiquent que le Ministère de l'industrie étudierait avec TEPCO comment diluer l'eau radioactive avant de la rejeter en mer, seule solution avancée pour le moment. Mais que l'on dilue avant de rejeter en mer ou que l'on rejette en mer directement l'eau contaminée, c'est pareil : cela ne change pas la quantité de produits radioactifs rejetés en mer ! Simplement, cela permet de passer en-dessous des limites. Une astuce qui a déjà été utilisée de nombreuses fois.

 

7 février

  • Japon : dans le cadre de la définition de sa nouvelle stratégie énergétique, des médias affirment que le gouvernement annoncerait l'arrêt définitif du surgénérateur de Monju. Ce petit frère de Superphénix — abandonné en France en 1997 —n'a jamais réussi à fonctionner et a déjà coûté plus de 12 milliards d'euros. Se pose alors la question de l'usine de "retraitement" de Rokkasho, qui n'a jamais réussi à commencer de fonctionner. Cette usine — équivalent de l'usine Areva de la Hague — devait extraire du plutonium pour alimenter les futurs surgénérateurs et pour fabriquer du Mox. Ce dernier, un combustible mixte uranium-plutonium, était en phase de test dans le réacteur n°3 de Fukushima… et l'accident montre qu'il est beaucoup plus dangereux à manipuler que le combustible habituel à l'uranium enrichi.
  • Japon : le quotidien Jiji press annonce que 8 nouveaux cas de cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués chez des enfants de la région de Fukushima. Cela porte à 33 le nombre de cas avérés. Tous ont subi une ablation de la thyroïde. Il y a 75 autres cas suspects sur 270 000 enfants contrôlés, 47 filles et 28 garçons. Par rapport à avant l'accident, le taux de cancers de la thyroïde chez les filles est supérieur officiellement de 68 % (d'autres sources médicales avancent de 100 à 300 %). Officiellement, on conteste le lien avec l'accident de Fukushima en argumentant qu'à Tchernobyl, les cancers ne sont apparus que 4 ans après l'accident. D'après eux, ce serait donc trop tôt. Ils n'envisagent pas que c'est seulement que les enfants ont reçu des doses plus importantes !
  • France : Médiapart publie un document interne d'EDF qui s'inquiète de l'usure prématurée des gaines qui entourent les barres de combustibles. EDF refuserait d'obéir à l'ASN, autorité de sûreté nucléaire, qui exigerait leur remplacement. Cela obligerait EDF à fermer provisoirement 25 réacteurs sur les 58. Cela obligerait aussi EDF à revoir sa stratégie : actuellement les barres de combustibles ne sont renouvelées que tous les 4 ans, alors qu’elles devraient rester moins longtemps… ce qui aurait un impact sur le prix final de l'électricité.
  • Japon : TEPCO reconnaît que les mesures communiquées sur les pollutions au strontium sont fausses depuis le début. Alors que cet élément émet des rayonnements bêta, le total de la contamination bêta ne peut qu'être plus élevé que le taux du strontium seul, ce qui n'est pas le cas. Après avoir étudié la question, TEPCO pense maintenant que c'est le cumul du rayonnement bêta qui est mal calculé… depuis au moins 2003 ! Se pose donc la question de savoir si toutes les mesures données jusqu'à maintenant sont fausses également… TEPCO annonce reprendre à zéro toutes les mesures publiées depuis le début de l'accident ! Comme d'habitude quand on découvre ce genre d'erreurs, c'est toujours dans le sens d'une minoration ! De là à penser que ces erreurs ont été volontaires…
  • France-Niger : le tribunal correctionnel de Paris a condamné le président de l'Observatoire du nucléaire, Stéphane Lhomme, à 1000 € d'amende avec sursis pour avoir, en décembre 2012, qualifié de "corruption" le fait qu'Areva ait versé 26 millions d'euros au budget national nigérien, dont 15 millions directement pour l'acquisition d'un avion pour le président du pays. Stéphane Lhomme a fait appel.
  • Japon : des médias ont trouvé les chiffres d'exposition des ouvriers près de la piscine du réacteur n°4 : 0,1 mSv/h. Un travailleur y atteint donc sa dose annuelle en 200 h.
  • Japon : une jauge a gelé, 600 litres d'eau radioactive débordent d'une cuve. TEPCO annonce que cela représente 1,7 millions de becquerels.
  • Japon : après contrôle de 19 000 intervenants sur le site par des services médicaux, il s'avère que près de 2000 ont encaissé des doses supérieures à 100 mSv… ceci est en totale contradiction avec les données de TEPCO qui affirme respecter strictement la limite d'exposition de 20 mSv/an.

 

8 février

  • Japon : chose rare, des entreprises sous-traitantes protestent : elles travaillent à la construction d'un mur pour stopper les eaux souterraines, et découvrent que l'eau dans laquelle les ouvriers pataugent contient 5 millions de bq/l. Réponse du responsable chez TEPCO : "Je suis désolé".
  • Japon : deux séismes de magnitude 5 et 4,8 dans la région de Fukushima.

 

9 février

  • Japon : Tokyo élit son gouverneur. Onze millions d'électeurs. 53 % d'abstention. 16 candidats dont 13 de plus de 60 ans. Zéro candidate. C'est un vote à un seul tour : celui qui arrive en tête gagne quel que soit son score. C'est le candidat du parti pro-nucléaire au pouvoir qui l'emporte avec 45 % (2,11 millions de voix). Il devance les deux candidats opposés au nucléaire, un ancien ministre de centre-droit (0,98 million de voix) et un avocat soutenu par le parti communiste (0,96 million de voix), soit environ 20 % chacun.
  • Japon : TEPCO reconnaît avoir mesuré des taux de strontium dans un puits de contrôle en juillet 2013 à une concentration de 5 millions de bq/l. Les médias font l'hypothèse que ces informations ont été cachées à l'époque pour ne pas nuire à la candidature de Tokyo pour les Jeux olympiques.
  • Japon-Etats-Unis : une modélisation du nuage radioactif qui est sorti des réacteurs accidentés montre le passage d'une radioactivité élevée sur Hawaï le 21 mars 2011, dix jours après le début de l'accident.
  • Japon : des experts de l'IRSN (organisme français) révèlent avoir mesuré du plutonium dans des échantillons prélevés à 20 km de la centrale.

 

10 février

  • Japon : l'agence Reuters publie un reportage sur les milliers d'ingénieurs du nucléaire qui ont été détachés de leurs centrale nucléaire pour venir s'installer dans des hôtels de Tokyo et faire du lobbying auprès de la NRA, répondre aux questions, argumenter en faveur de la relance du nucléaire… Rien que Mitsubishi Heavy Industry, principal constructeur des parties métalliques des réacteurs, a déplacé ainsi 2800 salariés.

 

11 février

  • Japon-France : lancement d'une pétition contre la tenue d'un forum pro-nucléaire au sein de la Maison franco-japonaise à Tokyo à l'occasion du 3e anniversaire du début de l'accident à Fukushima.
  • France : Denis Baupin, vice-président de l'Assemblée nationale, élu EELV, demande à Philippe Martin, ministre de l'écologie, d'intégrer dans la loi Energie et Climat, des moyens de contrainte plus efficients pour que l'ASN puisse obliger EDF à respecter les demandes qui lui sont faites au niveau de la sûreté. Ceci pour que cessent les différentes demandes sans suite de l'ASN.
  • Japon : nouveau report pour l'annonce du programme énergétique du gouvernement. Le parti au pouvoir se déchire sur la question du nombre de réacteurs à redémarrer, mais aussi sur ce qu'il convient de faire pour stocker les déchets, sur le potentiel des énergies renouvelables, sur les conséquences de l'ouverture du marché de l'électricité en 2016…
  • Japon : TEPCO annonce avoir retiré 308 assemblages de la piscine du réacteur n°4.

 

13 février

  • France : Henri Proglio, PDG d'EDF, sur Europe1, estime que le gouvernement n'a pas d'autre choix que de se lancer dans la construction de nouveaux réacteurs pour remplacer les existants à partir de 2025.
  • France : l'Autorité de Sûreté nucléaire s'inquiète des délais de maintenance chez EDF, en forte hausse. Elle craint que cela ne débouche sur des négligences.
  • Japon : TEPCO fore un nouveau puits de contrôle à 50 m de la mer, le 1-13 et y trouve un taux record de radioactivité.
  • Japon : le ministère de l'environnement annonce l'organisation d'un séminaire à Tokyo sur le cancer de la thyroïde. Tous les intervenants sont des pro-nucléaires.
  • Japon : le pays est classé au 59e rang par Reporters sans frontières qui dans son rapport annuel dénonce la censure exercée autour de la question de Fukushima.

 

14 février

  • Japon : selon le ministère de l'industrie, au moment des pires froids de l'hiver, la demande en électricité a atteint 93 % des capacités de production… sans aucun recours au nucléaire.
  • Japon : TEPCO annonce un record de contamination dans le nouveau puits 1-13 et un autre dans un puits en amont des réacteurs du fait de la pollution provoquée par les fuites des cuves. La pollution est quand même 200 fois plus importante dans le sol entre les réacteurs et la mer qu'entre les cuves de stockage de l'eau contaminée et les réacteurs. Ce sont ces derniers qui provoquent de loin, l'essentiel de la pollution radioactive du sous-sol.

 

16 février

  • France : EDF reconnaît que 18 réacteurs (les plus récents : Flamanville, Penly, Paluel, Cattenom, Nogent, Belleville et Golfech) présentent un défaut générique au niveau des disjoncteurs électriques ce qui, selon un rapport de l'IRSN du 27 septembre 2013, entraîne "un accroissement non négligeable du risque de fusion nucléaire". Evidemment, le gouvernement PS-EELV a annoncé l'arrêt immédiat des réacteurs jusqu'à changement des appareils défectueux. Ah non.
  • Japon : la pénurie de main-d'œuvre est une réalité : pour la deuxième fois un appel d'offres pour la construction de logements en dur pour les personnes évacuées, ne trouve pas preneur. Il y a 4890 maisons à construire et des terrains ont déjà été trouvés pour 2360, mais il n'y a pas d'entrepreneurs disponibles.

 

17 février

  • Japon-Chine : selon Chine nouvelle, le gouvernement chinois aurait demandé des explications au gouvernement japonais sur le retour de 330 kg de plutonium militaire depuis l'usine de retraitement de Sellafield en Grande-Bretagne. La Chine s'inquiète de la non réponse du Japon aux Etats-Unis qui ont demandé à pouvoir neutraliser ce stock.
  • Japon : la NRA inspecte le site de Kashiwazaki-Kariwa qui est géré par TEPCO. Il y a 23 failles sous les réacteurs. TEPCO estime qu'elles ne sont pas actives… alors que deux réacteurs ont été endommagés lors d'un séisme en 2007. Le gouverneur de la région a demandé combien de temps il est possible de maintenir les gaz confinés dans un réacteur en cas d'accident. TEPCO estime que cela peut attendre 18h. Ce qui est loin d'être suffisant pour évacuer la population.
  • Japon : après les fuites des cuves, TEPCO annonce avoir découvert sept fuites sur les murets mis en place pour retenir l'eau des fuites des cuves.
  • Japon : le ministère de l'environnement annonce que 80 000 habitations ont été décontaminées sur 58 communes hors du périmètre d'évacuation total, cela représenterait 59 % du travail à réaliser.
  • Japon : le gouvernement annonce que le surgénérateur de Monju pourrait devenir un centre d'expérimentation sur la transmutation, une méthode qui théoriquement pourrait permettre d'accélérer la baisse de la radioactivité, mais que l'on n'arrive pas à développer. A noter que cela avait été envisagé pour Superphénix, en France, avant que l'on y renonce car cela ne change rien aux dangers de l'installation.

 

18 février

  • Japon : selon le quotidien Asahi, les compagnies d'électricité ont prévu d'investir pour environ 12 milliards d'euros pour mettre les réacteurs aux nouvelles exigences de sûreté. C'est 60 % de plus qu'envisagé il y a un an. Toutes les centrales ne sont pas concernées : les plus vieilles ne redémarreront jamais.
  • Japon : sept communes de la région de Shizuoka, situées entre 21 et 30 km du réacteur de Hamaoka demandent à être intégrées dans les négociations avec l'électricien Chubu Electric du fait que les zones de situation d'urgence ont été portées de 20 à 30 km des réacteurs.

 

19 février

  • Japon : la NRA valide un rapport d'expertise qui conclut que les failles sous les quatre réacteurs de la centrale d'Ohi ne sont pas actives… contrairement à ce qu'avaient conclut auparavant d'autres experts. C'est le premier site où l'expertise est validée.
  • Japon : TEPCO annonce avoir découvert une importante fuite au niveau d'une citerne : 100 tonnes d'eau radioactive se sont échappées : alors que la cuve était en remplissage, personne n'a vu qu'une vanne d'évacuation était restée ouverte. L'eau est extrêmement radioactive : 230 millions de becquerels par litre soit un total de 23 000 milliards de becquerels. L'incident a été classé 3 sur 7 sur l'échelle des risques.
  • Japon : TEPCO annonce que 750 cuves de stockage de l'eau dont l'étanchéité n'est pas garantie dans le temps, vont être remplacées entre mars 2014 et mars 2015. Encore beaucoup de pompages à prévoir pour passer des anciennes aux nouvelles cuves.
  • Japon : la direction de TEPCO estime que l'indemnisation des victimes dépassera les 35 milliards d'euros.

 

20 février

  • Japon : pour excuser ses erreurs, TEPCO annonce qu'il faut gérer 1960 tonnes d'eau contaminée par jour : 350 tonnes qui sont injectées dans les réacteurs pour les refroidir, mais aussi l'eau souterraine qui s'infiltre dans les bâtiments en provenance de l'extérieur (750 tonnes), la reprise de l'eau stockée et de l'eau qui s'est accumulée avec le temps… car dans les faits, TEPCO n'arrive pas à suivre le rythme.
  • France : inculpée pour avoir transporté des militants dans une camionnette le 12 septembre 2013, militants qui ont bloqué l'entrée d'une usine produisant du tétrafluorure d'uranium, près de Narbonne, la conductrice a bénéficié d'un dispense de peine. Le procureur a reconnu en effet que la situation était spéciale : le Réseau Sortir du nucléaire a déposé plainte contre cette usine pour fonctionnement illégal, plainte qui n'est pas encore passée au tribunal. 8500 personnes avaient demandé au tribunal à être inculpées. 
  • Japon : TEPCO annonce qu'il ne reste plus qu'un seul thermomètre en fonctionnement à la base du réacteur n°2, l'un des deux restant venant de tomber en panne. En fonctionnement normal, il y a 9 thermomètres.
  • Japon : un groupe de chercheurs japonais et états-uniens vont étudier l'impact de la radioactivité sur des vaches restées dans la zone évacuée. Ils compareront leur ADN à celui de vaches vivant plus au sud du pays et avec des mesures faites dans la zone interdite de Tchernobyl.
  • Japon : les mesures sur les poissons au large de la centrale montrent que les taux de contamination reste trop élevés dans un rayon de 20 km et parfois au-delà.

 

21 février

  • Japon : après la fuite de 100 tonnes d'eau, TEPCO annonce que non seulement il y avait des erreurs de vanne mais que le système d'alarme était défectueux.
  • Japon : On en est à 520 000 m3 d'eau stockée dans les cuves : 340 000 fortement contaminée pour être passée près des réacteurs, et le reste étant des eaux de pluie, moins fortement contaminées mais qui ont lessivé les sols.

 

22 février

  • Japon : 5000 habitants de la ville de Fukushima, qui n'a pas été évacuée, portent plainte contre TEPCO et demandent une indemnité plus importante et qui soit versée régulièrement jusqu'au retour au taux de radioactivité antérieur à l'accident. Les personnes de la région non évacuées ont pour le moment eu droit à une indemnité unique de 120 000 yens (860 euros) pour le stress subi et rien d'autre alors que le taux de radioactivité reste élevé depuis trois ans. Les plaignants demandent 1 million de yens (7000 euros), le double pour les enfants, pour les trois premières années et une indemnisation mensuelle pour la suite.
  • Japon : alors que 85000 produits distincts entre dans l'Union européenne en provenance du Japon, la Commission européenne annonce un allègement de la surveillance radioactive. Seuls les produits venant de certaines régions seront encore contrôlés. La mafia japonaise sait donc comment écouler sa marchandise : il suffit de changer le lieu de départ des produits.
  • Japon : l'enquête de la NRA montre qu'il fallait à la fois que 3 vannes soient mal positionnées et que l'alarme dysfonctionne pour que se produise la grave fuite d'eau de 100 m3 découverte le 19 février. La NRA se demande comment autant d'erreurs simultanées sont possibles.
  • Japon : une autoroute qui traverse la zone interdite est rouverte après avoir été décontaminée. Des panneaux informent les automobilistes audacieux du taux de contamination instantané.

 

23 février

  • Japon : les autorités autorisent les habitants de Miyakoji à rentrer chez eux (358 personnes avant l'accident). Une indemnité leur sera encore versée jusqu'au 1er avril 2015. Reste à savoir combien accepteront de le faire… car les taux de radioactivité frôlent encore la limite de 20 mSv par an. Derrière le discours du gouvernement sur la soi-disant décontamination, la liberté de pouvoir choisir son lieu de vie… se cache en fait la question de diminuer les indemnités à verser aux victimes. Trois familles ont annoncé vouloir reprendre leur activité… d'agriculteurs ! Ils n'envisagent pas qu'ils ne vont produire que des produits contaminés.

 

24 février

  • France : désinformation de l'AFP qui a diffusé un communiqué sur le retour des habitants de Miyakoji, annonçant qu'une dose de 20 mSv par an, ce n'est pas grave puisqu'une simple radio représente 10 mSv d'un coup… mais l'AFP s'est trompé, ce ne sont pas des millisieverts, mais des microsieverts… soit 1000 fois moins ! Cela a été largement repris dans les grands médias et personne n'a ensuite corrigé. L'ACRO, laboratoire indépendant (www.acro.eu) a protesté en rappelant que seuls les scanners atteignent ce taux d'irradiation et que ce n'est pas du tout inoffensif.
  • Japon : après une visite à la centrale de Higashidôri dans la province d'Aomori, les experts de la NRA sont partagés sur le fait qu'une faille soit active ou non. Le gouvernement va-t-il devoir encore changer la composition de la commission d'experts pour que les failles deviennent inoffensives ?
  • Japon : alors que TEPCO avait déclaré que seuls 178 travailleurs avaient reçu une dose dépassant 100 mSv dans les premiers jours de l'accident, le chiffre vient d'être revu à la hausse : ils sont maintenant 1972. Ceux-ci font faire l'objet d'un examen de contrôle pour détecter d'éventuels dysfonctionnements de la thyroïde.

 

25 février

  • Japon : le gouvernement présente les grandes lignes de son projet de politique énergétique. Le nucléaire y est présenté comme étant l'énergie qui doit assurer la production électrique de base. Les réacteurs pourraient donc redémarrer lorsque les conditions de sûreté seront satisfaisantes. Le texte qui devait être présenté en janvier a évolué vers une position moins pro-nucléaire, mais son abandon n'est toujours pas envisagé. Devant l'opposition à ce texte, y compris au sein du parti au pouvoir, le gouvernement a surtout mis l'accent sur un important programme d'aide aux énergies renouvelables pour les trois années à venir.
  • Japon : suite à une fausse manœuvre ayant provoqué une coupure d'électricité, les opérations de retrait des assemblages de combustible de la piscine du réacteur n°4 ont été interrompues pendant 4 heures. A ce jour, 374 assemblages sur 1533 ont été évacués.
  • France : Greenpeace publie une étude de WISE sur le coût de la prolongation du parc de centrales. Alors qu'EDF estime que le coût de la restauration serait de l'ordre d'un milliard d'euros par réacteur, l'étude montre que c'est largement sous-estimé. Selon l'étude de WISE, il faudrait investir 1,35 milliard par réacteur pour assurer un niveau de sûreté "préservé" et jusqu'à 4,35 milliards pour un niveau "renforcé" intégrant les nouvelles contraintes liées à l'accident de Fukushima. La différence entre les deux s'explique en partie par le coût élevé de la mise aux normes des piscines de stockage du combustible. WISE rappelle que l'ASN lors d'une audition à l'Assemblée nationale a demandé que cette mesure soit prise. La conclusion de Greenpeace est que l'on ferait mieux d'investir cet argent ailleurs et d'arrêter les réacteurs quand ils atteignent 40 ans.
  • Japon : le gouvernement reconnaît qu'il y a un imbroglio juridique concernant les autorisations de fonctionnement des réacteurs nucléaires : celles-ci ont été délivrées avec des plans d'évacuation portant sur un rayon de 10 km alors que depuis le début de l'accident de Fukushima, la zone s’est étendue à un rayon de 30 km. Des maires des communes nouvellement concernées demandent que soient reprises à zéro les autorisations… ce qui prendrait des années.
  • Japon : l'eau en ruisselant sur des sols contaminés se charge de radioactivité. Il y a 3730 retenues d'eau pour des usages agricoles dans la province de Fukushima ; 1939 ont été contrôlées par le Ministère de l'agriculture et 576 présentent un taux de radioactivité en césium trop important (plus de 8000 bq/kg). La dose de 8000 bq/kg est la limite au-delà de laquelle un produit est considéré comme un déchet radioactif. 14 lacs ou étangs dépassent les 100 000 bq/kg et le record est à Futaba avec 390 000 bq/kg. Seules 108 de ces retenues d'eau sont en zone évacuée ! Les autres ont servi depuis trois ans à irriguer les cultures, notamment les rizières. Ministère de l'agriculture et ministère de l'environnement se renvoient la balle pour savoir qui va devoir supporter le coût pour évacuer ces énormes quantités d'eau et savoir où les stocker.
  • Japon : TEPCO annonce qu'il va faire appel à des experts internationaux pour essayer de recalculer les taux réels de contamination depuis le début de l'accident après avoir découvert de nombreuses sous-estimation du fait de la saturation des appareils de mesure.
  • Etats-Unis –Canada : L'institut océanographique de Bedford, à Vancouver, au Canada, annonce que des déchets radioactifs arrivent maintenant sur les côtes du Canada et des Etats-Unis. La présence de césium 134 indique une pollution assez récente. Des simulations prévoient un maximum de pollution radioactif pour la mi-2015. Celle-ci ne devrait heureusement pas dépasser 27 Bq/m3 dans l'eau. Par contre, c'est plus difficile de prévoir ce qu'il en sera pour les poissons.
  • Japon : le docteur Nishio, spécialiste du cancer de la thyroïde, déclare dans l'émission "Pièces à conviction" de France3 que les contrôles actuellement fait sur la population ne sont pas fiables et qu'il faut s'attendre à une "épidémie" de cancers.

 

26 février

  • Japon : des chercheurs japonais qui ont suivi la population de la commune de Tamano, dans la préfecture de Fukushima, commune non évacuée, car à plus de 20 km de la centrale, de mars 2011 à septembre 2012, en arrive à la conclusion que les doses de radioactivité reçues auront une incidence sur le taux de cancer. Une incidence plus forte chez les filles que chez les garçons, plus forte chez les jeunes que chez les vieux. Ils notent aussi que les doses reçues varient énormément d'une personne à l'autre, du fait des différences dans les déplacements, que l'exposition externe est la plus importante le plus souvent, mais que la seule ingestion d'un aliment contaminé peut modifier largement le résultat.
  • Japon : le gouvernement annonce qu'il va inaugurer le 11 mars, pour le 3e anniversaire de l'accident, un mur souterrain qui doit permettre de geler les sols à -40 °C et ainsi, espère-t-il, arrêter l'écoulement de l'eau contaminée dans la mer. Pour le moment, seuls 100 m2 sont opérationnels et les scientifiques ne savent absolument pas si cela peut être efficace (beaucoup pensent que l'eau va contourner l'obstacle, d'autres que cela ne va pas fonctionner longtemps…). Mais au moins, ça permet de dire que l'on prend des mesures et de communiquer de manière positive.
  • Japon : malgré un budget communication multiplié par 4, la province de Fukushima reconnaît que ses produits agricoles se vendent toujours aussi mal.
  • Japon : TEPCO annonce toujours faire des essais de décontamination de l'eau. L'usine ALPS mise en place traiterait actuellement 250 m3/jour. Mais que veut dire "traiterait", c'est bien flou.

 

27 février

  • Etats-Unis : De la radioactivité a été mesurée en surface au-dessus du site de stockage de Carlsbad dans le Nouveau-Mexique. Ceci alors que le site est fermé, supposé stable et que les déchets reposent à 655 m de profondeur. Dans un premier temps, le gestionnaire du site WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) a assuré que personne n'avait été contaminé… puis lors d'une nouvelle déclaration il a été annoncé que treize employés ont été contaminés à l'américium-241, un isotope particulièrement toxique issu de la désintégration du plutonium.
  • Japon : La Recherche de mars 2014 présente un dossier sur la situation à Fukushima, avec notamment une étude sur la contamination des forêts : celles-ci couvrent 70 % de la région et ont fixé 95 % de la radioactivité. Progressivement, la radioactivité glisse des feuillages ou des aiguilles de résineux vers les sols dont la contamination ne cesse d'augmenter. Des essais de décontamination sont en cours. Plusieurs options ont été envisagées, mais pour le moment aucune ne donne de résultats satisfaisants. Enlever les feuilles mortes et les aiguilles permettrait d'éviter la concentration au sol… mais priverait les forêts de leur première source de nourriture. Pour le moment, la seule solution trouvée est donc l'interdiction de pénétrer dans les forêts… ce qui signifie que 70 % de la province non évacuée est de fait elle aussi interdite.

 

28 février

  • Japon : TEPCO publie ses statistiques sur janvier 2014 : 5813 personnes ont travaillé sur le site, dont 924 salariés de TEPCO. Aucun de ces derniers n'a pris plus de 5 mSv… alors que c'est le cas pour 247 sous-traitants. 32 034 personnes sont déjà passées sur le chantier.

 

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