Menu:

Chronologie d'une catastrophe

Février 2013

 

1er février

  • Japon : selon Asahi, le gouvernement étatsunien a envisagé un temps l'évacuation de ses 90 000 ressortissants au moment de l'accident puis a donné la consigne de quitter une zone de 80 km autour de Fukushima… pendant que le gouvernement japonais, lui, évacuait à seulement 20 km.

 

2 février

  • Japon : séisme de magnitude 6,9 dans le nord du Japon. Il a été ressenti jusqu'à Tokyo. Les centrales de la région (toutes à l'arrêt) et l'usine de retraitement nucléaire de Rokkasho (pas encore en activité) auraient bien résisté selon les compagnies électriques.
  • Japon : les compagnies électriques qui gèrent des réacteurs nucléaires (toutes n'en ont pas) se disent toutes en difficulté financière, officiellement parce qu'elles doivent acheter des combustibles fossiles pour remplacer le nucléaire, mais en fait parce que cela s'ajoute à l'entretien des réacteurs à l'arrêt. Dans ce contexte, on voit difficilement comment elles pourront financer les travaux de mises aux normes demandées par la NRA. La NRA ne fait que demander le respect des normes mises en place par l'AIEA en 1996, jamais appliquées jusqu'alors au Japon. Kepco (de la région de Kyoto) a estimé à 2,3 milliards d'euros la mise aux normes pour ses 11 réacteurs.
  • Japon : Tetsuo Nayuki, un des directeurs de la NRA, est licencié pour avoir rencontré et transmis des documents - non confidentiels - aux dirigeants de la compagnies Japan Atomic Power Co. Le règlement de la NRA interdit les rencontres individuelles avec l'industrie nucléaire, hors urgence. Or c'est au moins la septième fois que ce directeur est surpris en train de rencontrer des électriciens. 

 

3 février

  • Chine : le gouvernement annonce vouloir construire des réacteurs nucléaires CAP1400 selon un modèle acheté à Westinhouse (USA) pour pouvoir ensuite les exporter… et concurrencer les EPR français.

 

4 février

  • Grande-Bretagne : la société Centrica annonce son retrait du secteur nucléaire du fait des coûts excessifs. Elle avait pris 20 % des parts dans EDF Energy (2,5 milliards d'euros). EDF a annoncé essayer de négocier le rachat de ces parts par électricien chinois CGNPC.
  • Japon : le gouvernement est obligé de renflouer une nouvelle fois Tepco en lui accordant une aide de 5,6 milliards d'euros. Cela porte l'aide totale à 26 milliards d'euros.

 

5 février

  • Belgique : les tests de vérification des cuves de Doel 3 et Tihange 2 vont se poursuivre au moins jusqu'à la fin mars avant de prendre une décision ou non de redémarrage.
  • France : un train de déchets radioactifs en provenance des Pays-Bas est bloqué à deux reprises lors de son passage dans la région de Lille, par des militants écologistes présents sur les voies. 

 

6 février

  • Japon : les données officielles de la contamination de l'eau montrent que les côtes sont contaminées sur des centaines de kilomètres, bien au-delà vers le sud que Tokyo… et que la concentration est toujours forte près de la centrale accidentée, preuve que de l'eau radioactive s'écoule en permanence du site.
  • Japon : dans son éditorial, le Japan Times demande à la NRA de ne pas céder aux électriciens qui demandent à pouvoir redémarrer les réacteurs même si les travaux de mise aux normes ne sont que planifiées et non réalisés.
  • France : l'Institut de sûreté nucléaire a évalué le coût d'un accident grave en France : 430 milliards d'euros ! Par comparaison, Tchernobyl est aujourd'hui au-delà des 1000 milliards et un accident de type AZF à Toulouse ne coûte "que" 2 milliards.

 

7 février

  • Japon : les autorités de la région de Fukui, province qui compte 14 réacteurs nucléaires, annonce qu'elle va étudier comment éventuellement les remplacer par des centrales au gaz.
  • Japon : le ministère de l'environnement publie une étude sur la contamination des aiguilles de pin : sur les résineux, les taux de radioactivité sont encore par endroit très importants et comme la durée de vie d'une aiguille est de trois ans, toutes ne sont pas encore tombées au sol, ce qui signifie que les opérations de décontamination dans les forêts doivent se poursuivre.

 

8 février

  • France-Allemagne : Peter Altmaier, ministre fédéral allemand de l'environnement et de la sûreté nucléaire (ministre de droite), est audité dans le cadre du débat national sur la transition énergétique. L'occasion de confirmer que la fermeture de 8 centrales nucléaires en Allemagne a pu se faire sans importation d'électricité ni construction de centrales thermiques : la consommation d'électricité baisse lentement (2 % en 2012) et le reste a été compensé par le développement des énergies renouvelables. Les 9 centrales encore en fonctionnement seront fermées d'ici 2022. Le ministre a profité de son voyage à Paris pour signer un accord de coopération dans le domaine des énergies renouvelables.

 

9 février

  • Japon : le quotidien Maïnichi révèle que des réunions secrètes se sont tenues entre experts pour le suivi sanitaire des populations. Le média révèle que des procédures ont été mises en place pour limiter le suivi des expositions thyroïdiennes aux seuls enfants restés sur place… écartant volontairement ceux qui ont été évacués ou qui ont déménagé. Les procédures ont été telles que les contrôles de thyroïde n'ont commencé qu'en novembre 2012, soit 20 mois après l'accident.

 

10 février

  • Japon : le pays passe de 22e à la 53e place concernant la liberté de la presse selon le classement de Reporters sans frontières. L'ONG insiste sur la difficulté pour les médias d'enquêter et publier sur la catastrophe de Fukushima.

 

11 février

  • Finlande : TVO annonce que le démarrage de l'EPR d'Areva n'aura pas lieu avant 2016. Cela porte ainsi le retard à 7 ans ! Le réacteur vendu à TVO par Areva pour 3,2 milliards devrait finalement coûter autour de 8,5 milliards. La différence sera couverte par la Coface, un organisme de l'Etat qui garantit nos exportations, ce sont donc les Français qui paient cet échec technique et commercial.

 

12 février

  • Ukraine : A Tchernobyl, une partie des murs et du toit de l'enceinte de confinement du réacteur 4 s'effondrent, à cause d'une accumulation de neige. Des poussières radioactives en suspension pouvant être dégagées, les ouvriers de Bouyghes et Vinci sont évacués. Ces derniers sont sur place pour installer une enceinte de protection avant que la construction provisoire ne s'effondre. Trop tard !
  • Japon : la NRA publie un rapport sur la présence de plutonium dans l'eau de mer près de la centrale accidentée. TEPCO affirme que ce n'est pas forcément lié à l'accident.

 

13 février

  • Japon : les autorités régionales de Fukushima annonce la découverte de trois cas de cancer de la thyroïde chez des enfants. 7 autres enfants sont suspectés d'avoir commencé un cancer sur 38 000 contrôlés. Moyenne d'âge : 15 ans, 3 garçons, 7 filles. L'information fait la une des journaux. Moins de deux ans pour avoir un cancer, c'est le signe que la contamination par l'iode radioactive a été très importante, et donc un signe que l'on va avoir un grand nombre de cancers par la suite. A Tchernobyl, le pic du nombre de cas détectés pour les cancers de la thyroïde a été observé cinq ans après l'accident.

 

14 février

  • Inde : François Hollande est en Inde et il joue les VRP en emmenant des chefs d'entreprise français. Au menu : la négociation de deux réacteurs EPR. Greenpeace dénonce le manque de sûreté du projet, qui devrait se faire dans la région de Jaitapur soumise à un risque sismique élevé. Par ailleurs on promet aux Indiens un coût de 5,4 milliards d'euros pour les deux premiers réacteurs alors qu'en France le seul EPR en est déjà à 8,5 milliards d'euros. En rognant sur la sûreté ? Plusieurs centaines de manifestants antinucléaires ont été arrêtés sur le trajet de François Hollande.
  • Japon : la NRA a inspecté le surgénérateur de Monju, quasiment toujours en panne. 9800 irrégularités ont été relevées.
  • Japon : les autorités ont recensé 316 353 évacués de la zone radioactive. Cela augmente lentement au fur et à mesure que les gens trouvent comment partir, car quasiment aucune aide financière n'est versée.
  • Ukraine : selon l'IRSN, Institut de la sûreté nucléaire français, les mesures réalisées depuis l'effondrement d'une partie du toit du réacteur n°4 (environ 600 m2) montrent que la radioactivité ambiante a peu variée : elle serait toujours de l'ordre de 1000 fois les limites autorisées.

 

15 février

  • France : le Figaro rend public un rapport du ministère de l'intérieur, daté du 30 janvier 2013, qui considère que "les mouvements de défense de l'environnement, qui peuvent être amenés à conduire des 'actions fortes' sur les thèmes du nucléaire ou du gaz de schiste, doivent faire l'objet d'une veille permanente".

 

16 février

  • Etats-Unis : le site de recherche militaire de Hanford (Etat de Washington, au nord-ouest) renferme dans ses sous-sols 149 citernes de stockage de produits radioactifs. Six d'entre elles laissent actuellement échapper des nuages radioactifs sans que l'on sache vraiment ce qui se passe dans le sous-sol. Des particules de plutonium ont été détectées. Le réservoir le plus problématique contient 1692 m3 de boues radioactives. Construit dans les années 1940, il avait déjà fait l'objet d'une restauration en 1995. Une situation qualifiée d'inquiétante par le secrétaire américain à l'énergie : ces cuves étaient prévues pour durer des centaines d'années, mais semblent avoir atteint leurs limites, et personne ne sait comment les vider.

 

18 février

  • Japon : nouveau sondage par le quotidien Asahi. 70 % des Japonais sont pour l'arrêt du nucléaire, 13 % tout de suite, 24 % avant 2030, 22 % dans les années 2030, 12 % après les années 2030. 18 % veulent garder le nucléaire, 11 % ne se prononcent pas.
  • Japon : une coopérative de pêcheurs située à Chôshi, à plus de 200 km de l'accident, découvre pour la première fois un poisson qui dépasse les limites (130 bq/kg, limite : 100). Signe que la pollution continue à s'étendre en mer.
  • Japon : la NRA estime que la faille située sous la centrale de Higashi-Dôri est active, ce qui pourrait condamner ce site. A Ohi, où fonctionnent les deux seuls réacteurs du pays, une nouvelle tranchée est entamée pour essayer d'avoir plus de précision, les experts n'étant toujours pas d'accord.
  • Italie : saisie de 10 000 tonnes de granulés de bois pour le chauffage, après la découverte d'un taux de radioactivité important en césium. Le bois d'origine venait de la région de Tchernobyl.
  • Chine : mise en route du premier réacteur nucléaire fini de construire après l'accident de Fukushima.

 

19 février

  • Japon : Greenpeace publie un rapport sur les enjeux financiers montrant que c'est l'Etat (et donc les contribuables) qui ont tout payé, alors que les actionnaires des compagnies électriques ne paient rien.
  • France : Greenpeace compare deux chiffres : l'IRSN estime qu'un accident pourrait coûter jusqu'à 430 milliards… alors qu'EDF n'est responsable que jusqu'à un montant de 91,5 millions. Ce serait donc l'Etat qui paierait la différence. Greenpeace fait remarquer que si EDF devait garantir la somme totale en s'assurant, le prix du kWh deviendrait prohibitif. Le gouvernement réagit en annonçant que la responsabilité civile d'EDF devrait être revue à la hausse à hauteur de 700 millions.

 

20 février

  • Japon : publication d'une actualisation du secteur nucléaire par le quotidien Asahi. Avant le 11 mars 2011, il y avait 54 réacteurs regroupés dans 18 centrales. 4 ont été déclassés après la catastrophe, 18 à eau bouillante (sur 30) sont aujourd'hui probablement définitivement à l'arrêt (plus de 40 ans, faille active, endommagé par le séisme), 9 à eau sous pression (sur 20) sont aussi probablement à l'arrêt définitif. Il reste donc potentiellement 23 réacteurs qui pourraient redémarrer… si on arrive à les mettre aux nouvelles normes. Asahi précise que 60 % du parc thermique est lui aussi en zone séismique et que l'approvisionnement du pays en électricité reste donc très fragile.

 

21 février

  • Japon : la NRA donne son feu vert pour que TEPCo expérimente une nouvelle technique pour décontaminer l'eau de refroidissement. Selon TEPCo, on en est à 230 000 m3 stockés dans des réservoirs et 100 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs.
  • France : annonce que les prix de l'électricité devrait augmenter de 30 % d'ici 2017. Ceci officiellement pour financer l'entretien du réseau électrique, le développement des énergies renouvelables et pour suivre l'évolution des prix sur le marché international. Pour les industriels de l'éolien, il est faux de dire que cette hausse est liée au développement des renouvelables : cela ne justifie que 1 % de hausse… le reste étant le fait des énergies non renouvelables.

 

22 février

  • Japon : TEPCo reçoit une nouvelle aide de l'Etat de 1,7 milliard d'euros.

 

24 février

  • Japon : selon un décompte de TEPCo, environ 3000 personnes travaillent sur le site de Fukushima et comme il faut faire des rotations pour éviter de trop fortes doses d'exposition, ce sont environ 25 000 personnes qui sont intervenues sur le site depuis deux ans.

 

25 février

  • France : le groupe EELV au Parlement demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les échecs successifs de l'EPR.
  • Japon : la géothermie pourrait aider à la sortie du nucléaire. Une étude estime que le pays dispose d'un potentiel de 23 000 MW (une vingtaine de réacteurs nucléaires) alors que seuls 520 MW sont pour le moment exploités.
  • Japon : séisme de 6,2 de magnitude au niveau de Tokyo. Les autorités annoncent qu'il n'y a pas de conséquence sur les centrales nucléaires.

 

26 février

  • France : Greenpeace rend publique l'information sur la préparation d'un départ de navires de Cherbourg qui prévoit la livraison de MOX (combustible mixte uranium-plutonium) par Areva au Japon. Areva annonce qu'il s'agit d'un contrat en cours. Le seul réacteur qui fonctionnait avec du Mox au Japon avant le 11 mars 2011 était le réacteur n°3 de Fukushima aujourd'hui en perdition.
  • Japon : la ville de Namié a publié un annuaire pour que ses habitants qui sont partis volontairement puissent rester en contact. Cette commune, irradiée mais non interdite, a vu les effectifs de son collège passer de 600 à 59 élèves. La ville de Kawauchi évacuée initialement a été autorisée à faire revenir ses habitants en septembre 2011. Alors que la commune comptait 3000 habitants avant l'évacuation, seuls 400 sont revenus (dont 80 % ont plus de 50 ans) et 700 autres y passent pour entretenir leur maison.
  • Japon : Kepco, compagnie de la région de Kyoto a annoncé que les pointes de consommation électrique pendant cet hiver ont baissé de 6 % par rapport à 2010. 


27 février

  • Japon : un navire transportant 28 conteneurs de déchets nucléaires à haute activité est arrivé de Grande-Bretagne. Ces déchets originaires du Japon sont restitués car la Grande-Bretagne ne fait plus de "retraitement" (comprendre "conditionnement") et qu'en principe c'est l'usine japonaise de Rokkashô qui doit prendre la relève. Usine qui n'a jamais réussi pour le moment à fonctionner.
  • France : les importations d'électricité en provenance de l'Allemagne ont atteint un record en janvier 2013 selon RTE. 

 

28 février

  • Japon : l'OMS, organisation mondiale de la santé, placée sous le contrôle de l'AIEA, Agence internationale de l'énergie atomique par un accord datant de 1959, publie un rapport sur les risques pour la santé provoqués par l'accident de Fukushima. Le rapport évoque le risque élevé d'avoir un cancer pour les personnes qui travaillent sur le site ;  un risque d'augmentation des cancers de la thyroïde pour les personnes évacuées de la zone des 20 km (+70 % pour les bébés de sexe féminin), mais pratiquement aucun risque pour ceux qui vivent à l'extérieur de cette zone. Cela revient à dire que dans des zones où la radioactivité peut être jusqu'à 200 fois la normale, cela n'aurait aucune conséquence ! De même le fait que les habitants du grand Tokyo vivent maintenant dans un environnement radioactif n'aurait aucune conséquence. Du négationnisme qui vise à protéger l'industrie nucléaire… et surtout à justifier que l'on ne fera sans doute pas de suivi épidémiologique large alors que plus de 30 millions de personnes devraient être suivies médicalement. Une honte pour le monde médical ! 
  • Japon : interrogé sur le suivi des doses des travailleurs du site, Tepco affirme qu'elle n'a pas d'obligation légale de le faire. De fait aucun bilan n'a été présenté depuis l'accident. Interrogée par le ministère de la santé, la compagnie a répondu que de toute manière, il faut du temps pour collecter ces informations. Le recours à un très grand nombre d'intérimaires (80 % des personnes présentes sur place) recrutés par de nombreux niveaux de sous-traitance, pas toujours déclarés, avec des dosimètres qui ne sont pas toujours utilisés, rend effectivement un suivi de la santé des travailleurs difficile à estimer.
  • Japon : un poisson pêché au large de la province de Fukushima présente un taux de contamination de 510 000 bq/kg (soit 5100 fois la limite !)… nouveau record. 
  • Allemagne : le ministère de l'environnement estime que le coût de la sortie du nucléaire sera de l'ordre de 1000 milliards d'euros d'ici 2022. Un chiffre qui semble affolant, mais les députés écologistes ont vite repris les calculettes pour chiffrer que si l'on maintenait les centrales actuelles, nucléaires et thermiques, cela coûterait encore plus cher : 1600 milliards. 
  • France : un isolateur présent sur un pylône proche de la centrale de Tricastin a cessé de fonctionner provoquant un immense arc électrique puis la coupure de la ligne. Ceci entraîne l'arrêt automatique du réacteur n°1. Michèle Rivasi, députée EELV, rappelle que ces arrêts brutaux contribuent à provoquer des fissures dans les cuves des réacteurs… or des fissures nombreuses ont déjà été détectées sur ce réacteur. 
> Suite (mars 2013)